Culture

Attention, l'abus de pop culture peut déclencher de drôles de symptômes

Marie Kock et Hugo Lindenberg et Stylist, mis à jour le 11.02.2017 à 14 h 10

La liste des effets secondaires est ici.

Slenderman | Look Catalog via Flickr CC License by

Slenderman | Look Catalog via Flickr CC License by

Avant, vous ne compreniez pas pourquoi vous ressembliez à Winona Ryder aux SAG Awards dès que vous vous descendiez un pot de Lemon Curd en moins de vingt minutes.

Et puis la science a trouvé le concept de Sugar Rush et donné à votre folie passagère une explication si limpide qu’elle en devenait à peu près normale. Aujourd’hui, votre compulsion a migré sur internet et sur la pop culture, avec les interrogations qui s’ensuivent –notamment cette nuit où, devant une photo de Jimmy Fallon tenant un mug sur lequel on voyait Justin Timberlake tenir un mug sur lequel on voyait Jimmy Fallon tenir un mug etc., vous ne saviez pas si vous deviez rire bêtement ou vous féliciter d’avoir éprouvé le Big Bang dans le tréfonds de votre être.


Jusqu’à ce que vous lisiez au détour d’un forum qu’il s’agissait d’un effet «vache qui rit» et que, enfin sereine, vous avez pu retourner à vos rêveries nocturnes (celles où le mug, c’était vous). Parfois, les mots vous manquent? Il y a toutes  les chances que la pop culture ait trouvé  le concept qui vous fait défaut pour expliquer l’inexplicable.

1.L'effet Mandela

Vous vous souvenez précisément que Dark Vador dit «Luke, je suis ton père» ou que le manifestant de la place Tian’anmen s’est fait écraser par un tank? Vous êtes victime de l’effet Mandela, un faux souvenir commun, théorisé en 2005 par Fiona Broome, une auteure spécialisée en paranormal. Elle s’est rendu compte que, comme elle, plusieurs personnes partageaient le même souvenir de Mandela mort derrière les barreaux de sa prison alors qu’il est mort à domicile, neuf ans après sa libération (et que Dark Vador dit: «Non, je suis ton père» et que l’étudiant chinois a été sorti manu militari par les autorités).

Cet automne, comme l’a raconté fin décembre le magazine anglais New Stateman, un fil Reddit a réuni plusieurs centaines de personnes persuadées d’avoir vu dans les années 1990 le film Shazaam, avec le comédien de stand-up Sinbad, un film qui n’a… jamais existé. Le comédien ayant pourtant annoncé qu’il n’avait jamais joué dans ce film, on trouve encore sur le fil Reddit une offre de récompense de 1 000 dollars à quiconque pourrait trouver une copie VHS de l’œuvre.

L’effet qui nous manque: l’effet Trump, pour décrire un truc que tout le monde a vu mais qui est tellement inimaginable que personne n’y croit vraiment.

2.L'effet Streisand

Si vous ne voulez pas qu’on parle d’un truc, évitez d’en parler vous-même. Si Barbra Streisand avait écouté ce conseil, son nom ne servirait peut-être pas aujourd’hui à expliquer ce phénomène. Demandez à un Millennial s’il connaît «Woman in Love». Peu probable. En revanche, on est prêts à parier notre fortune en bitcoins qu’il maîtrise parfaitement l’effet Streisand.


Explications: en 2003, 12.000 vues d’hélicoptère de la côte californienne sont publiées sur californiacoastline.org. Un site confidentiel qui s’intéresse à l’érosion du littoral. Par hasard, sur l’une d’elles, on voit l’immense propriété de Streisand juchée sur une falaise de Malibu. Invoquant la loi anti-paparazzi, la chanteuse attaque le site à qui elle réclame 50 millions de dollars. Non seulement elle perd son procès, mais la photo qui n’avait été téléchargée que six fois (dont deux par ses avocats) s’affiche désormais partout sur le web et dans les journaux. Un effet d’amplification qui frappe inlassablement tous ceux qui tentent de censurer quelque chose sur la Toile.

L’effet qui nous manque: l’effet Alain Minc, selon lequel il suffit de prédire un truc afin que l’inverse se produise.

3.Le «Jump the shark»

Tout le monde a déjà connu ce moment déchirant où les scénaristes d’une série gâchent tout en inventant des situations absurdes, ou en faisant évoluer des personnages de manière incohérente. Ce moment de rupture qui fait dire que la série aurait dû s’arrêter là. Comme l’arrivée d’Olivia dans le Cosby Show, la mort de Bobby qui n’était qu’un rêve dans Dallas, la fumée noire dans Lost et l’élection de Donald Trump.


Ça s’appelle Jump the Shark. Une référence à un épisode d’Happy Days diffusé en 1977 dans lequel Fonzie, en voyage à Los Angeles, saute en jet-ski par-dessus un bassin dans lequel nage un requin. L’épisode, le troisième de la saison 5, est un succès (30 millions de spectateurs) et la série n’est pas du tout sur le déclin (6 saisons suivront), mais pour l’animateur de radio Jon Hein et ses copains, c’est un moment décisif.


En 1997, il lance le site jumptheshark.com qui recense tous ces moments où une série franchit la ligne rouge du mauvais scénario. Le succès du site consacre l’expression à laquelle vient s’ajouter en 2008, Nuke the Fridge, son équivalent pour les franchises de films. Un clin d’œil à Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, dans lequel l’aventurier vieillissant réchappe à une explosion nucléaire, caché dans un frigo.

L’effet qui nous manque: le vlog the fuck, pour décrire ce moment où une YouTubeuse beauté commence à nous lasser (souvent à 00:01).

4.Le paradoxe des jumeaux

Et si Luke Skywalker était l’innovation anti-âge? C’est en tout cas la question que se sont posée les étudiants de Leicester –bon, pas en ces termes, vous connaissez les universitaires– cet été. En se basant sur L’Empire contre-attaque (1980), ils ont calculé que bien qu’étant le jumeau de la princesse Leia, Luke est à la fin de cet épisode de Star Wars plus jeune que sa sœur de presque deux ans.

Quel est son secret? Un principe énoncé dès 1911 par le physicien français Paul Langevin:si un jumeau A reste à terre pendant que le jumeau B fait un voyage spatial, B reviendra plus jeune que A. En termes simples, le temps s’écoule moins vite à bord du vaisseau que sur Terre, parce que le temps se dilate quand on est proche de la vitesse de la lumière. Puisque dans cet épisode de Star Wars, Luke passe plus de temps en vol que sa sœur, il arrive sur la planète Bespin plus jeune que Leia (qui a certes d’autres soucis à gérer, genre affronter Dark Vador). Dans la vraie vie, le paradoxe des jumeaux a été testé sur les frères Kelly dont l’un a passé 340 jours dans l’espace. Mais vu que la station spatiale n’allait qu’à 7,7 km par seconde (way too far de la vitesse de la lumière), à son retour sur Terre, Scott n’avait gagné que 10 millièmes de seconde sur son frère terrestre.

Ce qui nous manque: l’effet Kylie Jenner, pour décrire une femme de 20 ans qui se tartine tellement le visage qu’elle en fait 40 facile.

5.L'effet Family Guy

Vous avez sûrement une copine qui est votre référent de tendance. Enfin plutôt de la fin de tendance: si elle s’y met, c’est que c’est vraiment devenu mainstream (là, par exemple, elle est en train de découvrir PNL).


Vous manquez d’un mot pour décrire son incroyable pouvoir? Pas la pop culture, qui a inventé en 2009, le Family Guy effect pour décrire la fin annoncée d’un mème (il meurt dès qu’il arrive dans la série animée américaine, qui le rend aussi trop populaire pour être encore marrant) et par extension, une blague qui soûle tout le monde à mesure qu’elle est répétée (Bazinga!). Enfin, le Family Guy effect peut désigner le malentendu sur l’origine de ces mèmes. Certains spectateurs sont persuadés que c’est la série qui a inventé le Rickroll ou les blagues de Chuck Norris (autant vous dire que ça les a pas fait rigoler chez 4chan).


Son ancêtre dans les années 1990 était le Seinfeld effect qui a désigné une blague empruntée à la subculture tellement popularisé par la série que les fans finissaient par penser que Seinfeld en était l’auteur (aujourd’hui, il serait en constant procès pour plagiat et appropriation culturelle).

Ce qui manque: l’effet Obs. S’ils trouvent ça cool, c’est que c’est déjà trop tard. La preuve, votre papa qui vous demande qui est cette nouvelle petite jeune qui monte (en parlant de Beyoncé).

6.L'effet papillon

La pop culture n’a pas inventé ce terme –on le doit au météorologiste américain Edward Lorenz qui a introduit sa conférence sur la prédictibilité en 1972 par la phrase:«Le battement des ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas?» Mais c’est bien chez elle qu’on retrouve la façon dont elle va être digérée et diffusée puisque dès 1952, l’écrivain de science-fiction Ray Bradbury décrit dans la nouvelle «Un coup de tonnerre», le bordel monstre causé par un voyageur temporel perdu dans le Jurassique (à 60.000 millions d’années de son époque) et qui écrase 
par accident un papillon.


Ce phénomène mathématique de la théorie du chaos –une petite action peut créer des conséquences imprévisibles– n’a jamais été validé dans le monde réel. Mais peu importe, la pop culture s’est jetée sur ce concept pour décrire comment une simple action (courir après sa bien-aimée dans les couloirs d’un aéroport) peut changer tout un destin (se retrouver marié sans job dans un bled du Kerala) mais aussi pour rassurer les spectateurs sur la médiocrité de leur vie (si la tartine de Mamie Claudette était tombée du côté confiture, ils seraient sûrement astronautes et pas techniciens d’un call-center). En revanche, on ne sait toujours pas ce qui a déclenché le navet L’Effet Papillon, avec Ashton Kutcher en 2004.


L’effet qui nous manque: l’effet Afida Turner, peu importe ce que tu fais, tout le monde s’en fiche.

7.Le Creapypasta

Non, ça n’a rien à voir avec une soirée spaghettis qui tourne mal. Ou alors seulement si son récit hante les cachots du net et fait flipper les gamins qui la lisent sous la couette à la lueur de leur smartphone. Un creapypasta, c’est la version web de la légende urbaine. Le terme est né en 2007 sur 4chan, le forum d’où serait parti le mouvement Anonymous. C’est la contraction de «creepy» (terrifiant) et de «copy-paste» (copié-collé) pour souligner l’aspect viral de leur diffusion. Il en existe des centaines, du simple récit qu’on se partage de blog en blog à la mise en scène chiadée. Comme ce clip «original» de Disney retrouvé récemment, mais qui a quand même eu le temps de faire une dizaine de millions de vues sur YouTube, et qui, d’après la légende, aurait poussé de nombreux internautes au suicide (alors qu’on y voit juste Mickey première génération marchant dans une ville grise sur une musique angoissante). Ambiance.


Mais la star des creepypastas est sans aucun doute Slender Man, un bourreau d’enfants aux bras trop longs, apparu sur le site Something Awful en 2009. Devenu une référence pop, il a même eu droit à sa série sur YouTube, Marble Hornets, et a inspiré une tentative de meurtre en 2014 dans le Wisconsin, où deux ados de 12 ans en ont poignardé une troisième à 19 reprises pour prouver l’existence du personnage.

L’effet qui nous manque: le pastapasta, pour décrire ces blogs food aux recettes sans intérêt.

Marie Kock
Marie Kock (21 articles)
Journaliste
Hugo Lindenberg
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Rédacteur en chef adjoint chez Stylist
Stylist
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Mode, culture, beauté, société.
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