France

Emmanuel Macron, sa femme, ma belle-mère et moi

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 07.02.2017 à 11 h 27

[BLOG] Depuis que je sais que la femme d'Emmanuel Macron est de vingt ans son aînée, mon regard sur ma belle-mère a radicalement changé.

Emmanuel Macron | OFFICIAL LEWEB PHOTOS via Flickr CC License by

Emmanuel Macron | OFFICIAL LEWEB PHOTOS via Flickr CC License by

C'est plus fort que moi mais désormais quand je vois Emmanuel Macron, je pense à ma belle-mère. Non pas que cette dernière se soit entichée de la nouvelle coqueluche des Français au point de se mettre en marche et d'assister, comme une groupie acharnée et non pas décharnée, à toutes ses réunions. Encore que... sait-on jamais avec belle-maman.

Simplement, l'autre jour, en équeutant mes haricots verts à la nuit tombée, alors que je discernais mon pâle reflet dans la fenêtre, et à travers lui le couple d'en face occupé à dresser la table, j'ai réalisé que si j'avais à établir une sorte de parallèle entre ma vie conjugale et celle du sémillant jeune premier de la politique hexagonale, à mon âge bientôt quinquagénaire, je vivrais avec une femme qui, tout comme ma belle-mère tant aimée, serait en train d'aborder les rives de la septantaine.

(Pour le cancre de service non abonné à Paris-Match et qui n'a pas été convoqué par son dentiste récemment, Madame Macron a vingt ans de plus que son tendre époux. )

Sur le moment, j'avoue j'ai ressenti comme un léger vertige au point de devoir m’asseoir –oui j'équeute mes haricots verts debout, j'ai de la sorte une bien meilleure assise pour trancher leurs extrémités– et de me servir un grand verre d'eau. Puis un deuxième suivi d'un troisième.

En un éclair, je me suis vu à côté de ma belle-mère, non pas plongé dans la bienheureuse atmosphère d'un repas dominical où je suis parfois hélas convoqué, mais lors des mille et unes aventures de la vie au quotidien, du réveil jusqu'au soir, du soir jusqu'au matin, dans cette intimité propre à la vie de couple.

Je n'ai pas été bien loin: il m'a suffit de m'imaginer me réveiller auprès d'elle pour pousser un cri d'épouvante d'une puissance telle qu'il a provoqué l'irruption inquiète de sa fille et sa demande toute aussi inquiète de justification pour cette éructation affolée. «Qu'est-ce qui t’arrive à hurler de la sorte? Le chat t'as encore mordu ou quoi?»

J'ai regardé le chat, le salaud roupillait dans le salon comme un nouveau-né.

J'ai répondu m'être coupé avec un haricot au fil particulièrement tranchant et me suis replongé aussitôt, sans demander mon reste, dare-dare et derechef, dans mon travail d'équeutage. Je n'en menais pas large, je dois dire. J'avais le visage de ma belle-mère qui dansait devant moi, je la voyais se lever de notre lit conjugal, pénétrer dans la cuisine affublée de sa nuisette encore toute froissée par nos ébats nocturnes et me demander, d'une voix ensommeillée, si le café était prêt.

Horreur à la mesure de nerfs de géants!

Il faut dire que ma belle-mère n'a pas du tout la même plastique que Brigitte, la sylphide épouse d'Emmanuel: disons pour faire bref et grossier qu'elle a oublié de se mettre au régime depuis au moins un bon demi-siècle au point d'avoir un embonpoint aussi impressionnant que son couscoussier, planté comme un étendard sur le réchaud de sa gazinière.

Tout de même ai-je pensé pendant que j'achevais mon équeutage, comment il se débrouille Monsieur Macron pour vivre avec une femme de vingt ans son aînée? C'est tout de même extraordinaire comme situation! Autant l'inverse provoquerait chez moi envie et jalousie, autant là je restais perplexe, circonspect même devant cet écart dont les années ne manqueraient pas de souligner la délicate divergence de leurs besoins intimes, réflexion je l'admets bien volontiers digne d'un esprit des plus étriqués, voire même constipés quand ce ne serait pas là l'émanation de la pensée d'un magnifique crétin, un crétin comme on en fait plus, un crétin d’appellation contrôlée –moi en la circonstance présente.

J'ai fini mon équeutage.

À travers la fenêtre, le couple avait fini de dresser la table: une bouteille de vin avait été débouchée, un concerto de piano laissait entendre sa douce mélodie, de la fumée s'échappait de la cuisine, l'homme et la femme se regardaient sans rien dire, dans la pénombre du soir qui tombait...

Quand on a que l'amour, nous avons tous le même âge.

Même ma belle-mère!

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Laurent Sagalovitsch
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