Dubaï comme une piqûre de rappel
La quasi faillite de Dubaï n'a pas créé de panique sur la planète financière. Mais l'euphorie des derniers mois laisse place à un sérieux doute.
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La surprise est venue de l'inaction des Emirats Unis qui a contraint les autorités de Dubai de différer de six mois la dette de Dubai World, un de ses fonds publics. Certes, ensuite, une fois que l'odeur de brûlé avait fait le tour du monde, les banques centrales locales ont agit. D'où le calme revenu dès le lendemain sur les marchés mondiaux. Mais les investisseurs internationaux n'ont pas compris pourquoi Khalifa Al Nahyan d'Abou Dhabi a pris le risque de ne pas venir immédiatement au secours du cousin. L'opacité et la complexité des circuits financiers de la région ne les ont pas aidés à percer le mystère. Mais la vraie raison est historique et politique, relative à la préséance au sein des Emirats. Et voilà qui cause le trouble: la politique, la petite politique parfois, fait basculer les tours les plus hautes. L'ordre économique ne résiste pas à la beauté du nez de Cléopâtre. Et ce nez fait peur aux banquiers.
Dubaï n'aura pas créé de panique faisant replonger l'économie mondiale. Juste un avertissement. Mais, il a été entendu. Au sein des marchés financiers, le doute est profond: et si la reprise depuis six mois n'était pas solide? Les banquiers trainent les pieds pour adopter les régulations du G20 et dans le même temps leurs traders sont repartis comme avant dans la course pour inventer, titriser et multiplier les produits miracles. La liquidité redevenue abondante leur permet. Et si le retour à ces pratiques financières d'avant-crise des banques n'était pas synonyme de la «sortie de crise» mais de la préparation de la suivante? Dubaï vient de leur brûler les moustaches et leur montrer la fragilité de ce qu'ils échafaudent.
Voilà, en vérité, quelques semaines que le climat est, disons, interrogatif dans la finance mondiale. N'a-t-elle pas été trop optimiste? Le plafonnement des cours de bourse depuis début septembre en est l'expression.
Première question: et si la reprise était plus faible qu'attendue? Les marchés financiers et les banques ont tenu un discours très positif depuis mars dernier: dire que la récession était terminée allait dans leur intérêt, celui de faire reprendre un peu de couleur aux actifs toxiques encore détenus dans les coffres. La réalité a été conforme: grâce à l'Asie, la récession s'est en effet arrêtée au printemps en Europe et après l'été aux Etats-Unis. La croissance est de retour.
Mais avec quelle vigueur? Les économistes ont été prudents mais les marchés ont cru à une forte reprise, évoquant même un schéma en V. Aujourd'hui, ils doutent. Est-ce si sûr? Les calculs macro-économiques outre-Atlantique montrent que toute la reprise est due aux plans de relance. Quand ceux-ci vont être démantelés, à mi-2010, quand on va retirer les béquilles, comment se portera le malade? Doute. Les marchés ne savent pas et ils n'aiment pas ne pas avoir de direction.
Deuxième question: les fameuses dettes souveraines. Les pays industrialisés vont lever 15 000 milliards de dollars cette année et la suivante pour financer les plans de relance. Une hausse de 30%. N'est-ce pas trop? Ne faut-il pas commencer à y regarder de plus près, comme il aurait fallu le faire à Dubaï?
Pour l'heure, les emprunts souverains sont considérés comme sans risque. Le marché des dettes publiques a été calme. Les cas d'Etats qui font défaut sont rares, comme la Russie ou l'Argentine. Dans la tourmente, les bons des Trésors sont des havres de sécurité. Pourtant, les marchés commencent à s'interroger. Ils fabriquent à tour de bras des «dérivés» pour se couvrir contre les dettes des pays qui feraient défaut (les fameux CDS).
Après Dubaï, à qui le tour? La Grèce, l'Irlande? L'Espagne, L'Italie? Les pays de l'est-européen? Lequel va mettre les clés sous la porte comme l'Emirat vient de le faire? L'examen se fait précis: il s'agit non pas seulement de savoir si ces pays ont les capacités financières de rembourser. Analyse économique classique. Mais de savoir si leur gouvernement a les moyens politiques d'imposer à sa population les mesures d'austérité qui en découleront. Nous revoici dans la politique. Réapparaît le nez de Cléopâtre.
Le problème des dettes gigantesques laissées par la crise a été repoussé à plus tard. Attendons avant de s'en préoccuper que la reprise se confirme, soulignent le FMI (Fonds monétaire international), Obama ou Sarkozy. Ils ont raison. Et puis ce renvoi à l'avenir du paiement ne gênait pas trop la communauté financière, elle croyait s'en sortir par une politique de crête: «juste assez d'impôts» et «juste assez de retour de croissance» et tout ira bien, comme le dit justement Gilles de Margerie. Mais aller sur une crête, c'est risqué. Les aléas sont très nombreux: les contribuables accepteront-ils? Les jeunes ne vont-ils pas se révolter contre cette dette qu'on leur laisse?
Les banquiers savent qu'ils ont reconstruit leur business sur une réponse optimiste à toutes ces questions. Dubaï a, un instant, mis le feu à ces scénarios roses. Un instant seulement puisque la chute a été vite enrayée. Mais il reste comme une odeur de brûlé...
Eric Le Boucher
Lire également sur Dubai: Dubai, la deuxième vague de la crise financière.
Image de Une: Tour de Babel Brueghel 1563
Mis à jour le 30/11/2009 à 10h31












































Le monde a évolué depuis des centaines d'annnées sur des crises des dettes construites et résorbés par des guerres. Une bonne chose il ne semble pas que l'on s'oriente enfin pour le moment à résoudre les dettes en faisant la guerre. Ouf...Ca peut changer. Alors il va falloir payer, c'est le nouvel ordre mondial, la règle du jeu ou nous les petits francais avons pris de mauvaise habitudes, comme d'autres d'ailleurs de vivre au dessus de nos moyens. Pour autant il va falloir qu'il se passe quelque chose...Ca recommence à puer fort dans les salles de marché, gardez bien votre or il pourrait bien attiendre des sommet himalayen.
Encore une fois, des explications claires, et du plaisir à vous lire, pour mieux réfléchir.
Maintenant, et cela manque un peu dans vos articles, quelles sont les solutions ??
Forcer les gouvernements à rembourser leurs dettes ?? (quitte à se faire lyncher aux prochaines élections)
Suivre la "doctrine Krugman" (cf dernier article du NYT, à traduire d'urgence sur Slate...) : plus de dépenses, pour plus d'emplois, en attendant que la reprise ne les crée elle même ? et rembourser ensuite.
Ou alors la doctrine Sarkosy : des patchs là où ça râle trop, surtout pas trop taxer les plus riches, de craintes qu'ils ne s'en aille voir ailleurs si l'herbe de l'imposition est plus verte, et peu de vision moyen terme.
Mon penchant Gaucho-Keynésien me pousserai à suivre la solution du plus de job temporaires. 60 Milliards d'euros permettraient de créer entre 500 000 et 800 000 emplois sur 3 ans, réduisant ainsi le chômage de manière artificielle certes, mais avec des conséquences sur les budgets sécu, assurance chômage, etc. plutôt intéressant (500 000 personnes en plus qui cotisent à la sécu, c'est un trou moins béant... 500 000 personnes à qui il n'est plus besoin de verser les alloc chômages/RSA, c'est de l'argent "d'économisé").
Et cela sans parler des bénéfices sur la consommation des ménages, vu que 500 000 ménages pourraient recommencer à mieux consommer. Le moral des Français s'en trouverait amélioré.
Pourquoi cette solution, pourtant de bon sens, car elle permettrait d'aider l'économie pour un rapport cout/bénéfices plus qu'intéressant, et permettrait aussi de sortir de la spirale du chômage longue durée de nombreuses personnes, tout en offrant à la police, à l'éducation nationale, à l'armée, aux hopitaux et aux associations des emplois certes temporaires, mais qui permettrons de faire rentrer dans la vie active et dans la recherche d'emploi avec un état d'esprit positif nombre de personnes sinon au chômage.
Je vous pose donc la question, Mr Le Boucher (en espérant qu'un jour vous ferez un article détaillé et didactique comme vous savez si bien les faire sur le sujet) : pourquoi en France, les politiques et économistes voient cette proposition comme un tabou inabordable ? Alors qu'il s'agit d'une stratégie de sortie de crise (à mon avis) plus que pertinente une fois le système bancaire/financier "sauvé", permettant de fluidifier le retour à la croissance créatrice d'emploi, et qui ne coute pas plus cher que les plans de relances actuels (tout en boostant l'économie et les caisses de sécurité sociale).
Ah oui, je terminerai en disant que pour 500 000 emplois de plus les 3 prochaines années, pourquoi ne pas proposer une imposition exceptionnelle aux véritables coupables de cette crise, ces banquiers financiers dont l'utilité n'est pas à démontrer, mais dont leur cynisme mériterait qu'ils participent, les 3 prochaines années, grandement à la sortie de crise. Un million d'emploi en plus -> 2012, Sarkosy passerait pour le sauveur de la France, je suis même étonné qu'il ne se soit pas lancé là dedans. Si Guaino lit le NYT, peut être que...
:)
Le problème avec le « potentiel problème de la dette souveraine » c’est qu’elle ne se pose pas vraiment ex ante mais toujours ex post « la dette n’est pas soutenable que quand elle n’a pas été soutenue la semaine dernière » dixit un nobel d’économie. Le taux d’impot qui ramènerait la dette publique de l’Italie, de La France, de la Grèce, de l’Espagne pour rentrer dans les clous de Maastrich (ce lit de Procuste jadis trop grand pour certains, trop petit pour d’autres et au final inconfortable pour tous) est de fait plus proche de l’usure que de l’imposition. L’intelligence et le pragmatisme qui suivra cette crise feront sans doute que la barre des 60% se mouvra (verbe mouvoir) et la raison de l’homo oeconomicus qui l’a emmenée à l’idée d’équivalence ricardienne lui fera comprendre que cette équivalence est sujette à « une critique de type Lucas ». nous irons réellement vers une crise de la dette publique quand l’idée anxiogène (et surréaliste) que de gros Etats existant depuis des siècles (au contraire de Dubai) peuvent faire faillite… alors qu’ils disposent d’armée puissante. Autant dire que y aura crise de la dette, que quand y aura crise de la dette