France

Les phrases les plus surréalistes de la conférence de François Fillon

Vincent Manilève, mis à jour le 06.02.2017 à 20 h 34

Un François Fillon «irréprochable», une Penelope Fillon «discrète», et des médias qui posent un «problème démocratique».

Francois Fillon à son QG, le 6 février 2017 à Paris | Martin BUREAU / AFP

Francois Fillon à son QG, le 6 février 2017 à Paris | Martin BUREAU / AFP

Lundi 6 février au matin, la sphère médiatico-politique s'agite. Le camp de François Fillon annonce que le candidat de Les Républicains à la présidentielle compte s'exprimer à 16 heures à propos des multiples affaires qui mettent à mal sa campagne, sa compagne Penelope Fillon et ses enfants. Un temps, certains ont cru qu'il allait renoncer. Puis qu'il allait rembourser les sommes perçues par sa femme et ses enfants. Il n'en est rien. Arrivé en retard devant 250 journalistes, il a parlé pendant plus d'une heure et répondu aux questions à coup de petites phrases, toutes plus surréalistes les unes que les autres.

Concernant les accusations du Canard enchaîné. «Je ne peux pas accepter les accusations infondées qui me prennent pour cible après trente-deux ans de vie politique, trente-deux ans sans aucun problème judiciaire, trente-deux ans d'éthique irréprochable.» François Fillon assure que tous les faits sont «légaux et transparents». Est-ce moral néanmoins? Selon lui, ce sont aux Français de décider «et à eux seuls». Hors de question donc de renoncer à l'Élysée pour celui qui estime subir une «violence inouïe», du «jamais vu sous la Ve République».

Concernant la rémunération de sa femme. François Fillon a évoqué une rémunération moyenne sur quinze ans de 3.677 euros net, un «salaire parfaitement justifiée pour une diplômée de droits et de lettres». 

Grâce à un coup d'échec magistral, il a expliqué que les sommes évoquées par la presse étaient des sommes brutes, et donc que la somme perçue était moins importante qu'on ne le dit. «On brandit un montant d’un million d'euros, annoncé d'un seul tenant, pour faire sensation alors que les sommes sont en euros brut. [...] Il n'y a que pour la famille Fillon qu'on se livre à un tel exercice.»

Le Canard enchaîné évoque lui une somme de 831.440 euros bruts, et des salaires allant jusqu'à 10.167 euros par mois (bruts!) début 2007, sans compter l'emploi à La Revue des deux mondes qui n'a pas été évoqué lors de la conférence de presse. À titre de comparaison, quinze ans de Smic équivalent à 266.448 euros. Quinze ans de salaire moyen à 430.000 euros. Il s'est engagé à «publier sur  internet, dans la soirée un tableau des rémunérations perçues par son épouse ainsi que la déclaration telle que je l’ai transmise à la Haute autorité pour la transparence de la vie politique en décembre».

Concernant le travail de sa femme, euh… de sa «compagne de travail». Fillon a balayé les accusations d'emplois fictifs. «Je vois et j’entends aujourd’hui tous les prétendus experts décréter ce que doit ou ne doit pas faire un collaborateur parlementaire. [...] C’est elle, avec ma secrétaire, Sylvie Fourmont, qui a géré le courrier que l’on m’adressait. C’est elle aussi qui a tenu mon agenda. Pour les événements locaux, les inaugurations, les manifestations sportives et culturelles, les remises de décorations, c’est elle qui a travaillé sur mes interventions dans la Sarthe. Elle m’a représenté dans des manifestations culturelles locales. C’est encore elle qui a reçu et renvoyé vers les entreprises de la région les CV et les demandes d’emplois que les Sarthois m’adressaient. C’est toujours elle qui a traité les réclamations de ces derniers lorsqu’ils rencontraient des difficultés administratives. Et la liste de ce qu’elle a fait ne s’arrête pas là.»

À la question d'une journaliste, il ajoutera que son épouse n'a pas été sa collaboratrice «à l'insu de son plein gré».

Concernant l'interview accordée au Sunday Telegraph reprise dans l'émission «Envoyé spécial» et la «pudeur» de sa compagne. «On s’appuie sur une ancienne interview en anglais, là aussi sortie de son contexte, dans laquelle elle explique qu’elle n’a “jamais été mon assistante”. Oui, elle n’a jamais été ma subordonnée. Elle a toujours été, d’abord et avant tout, ma compagne de travail, ma collaboratrice. [...] Alors ne tirons pas d’une interview toute en pudeur un jugement qui détruit trente ans d’engagement à mes côtés.»

À la question d'une journaliste, Fillon ajoutera que les propos ont été repris hors de leur contexte et que la journaliste britannique qui avait appelé Penelope Fillon pour lui dire qu'elle avait été choquée de l'utilisation qui en avait été faite par «Envoyé Spécial». Deux informations démenties depuis par l'intéressée.

Concernant le travail de ses enfants. «En travaillant avec ma femme et mes enfants, j’ai privilégié cette collaboration de confiance qui aujourd’hui suscite la défiance. C’était une erreur. Je le regrette profondément et je présente mes excuses aux Français. Comme beaucoup d’autres parlementaires, j’ai agi selon un usage, certes légal, mais dont il est clair que nos concitoyens ne veulent plus. J’en ai tiré moi-même les conclusions, il y a plus de trois ans, en cessant toute collaboration avec des membres de ma famille, contrairement à beaucoup de ceux qui, dans le théâtre politique actuel, me font la leçon.»

À la question d'un journaliste, il précise: «Mon fils n'a pas participé à la campagne présidentielle. Il a constitué une base documentaire pour me permettre de préparer le projet [...] qui m'a servi en tant que Premier ministre.» «Ma Fille a travaillé sur beaucoup de sujet et en particulier la base documentaire qui m'a permis d'écrire mon livre.»

Concernant la «séparation des pouvoirs». «Personne n'a le droit de juger du contenu du travail des attachés parlementaires. Le député est seul maître du travail et des sommes attribuées dans la limite de l'enveloppe qui lui est attribué. [...] La justice n'a pas le droit de juger le contenu du travail.»

Concernant le complot du «système». «Le système veut, comme pendant les primaires, décider du résultat à la place des électeurs. Manifestement, mon programme dérange le désordre établi. Il est qualifié de conservateur, alors qu’il est le seul en rupture; on parle  de casse sociale, alors qu’il est le seul à pouvoir redresser la France et redonner fierté aux Français. Le vrai danger est de voir confier notre avenir aux dérives d’une extrême droite portée par cette famille d’intouchables du domaine de Montretout ou à l’aventure d’une politique sans programme depuis des mois, composée d’un agrégat de personnalités fascinées par un gourou issu du système qu’il dénonce aujourd’hui.»

C'était ensuite le tour des questions avec les journalistes après que François Fillon a prévenu qu'il ne répondrait pas aux «questions sur les enquêtes en cours».

Concernant le «problème démocratique» posé par… les médias. «Pourquoi monter maintenant cette opération contre moi? […] On est dans quelque chose qui ressemble à une opération montée» Il a ainsi dénoncé «une campagne de presse d’une violence inouïe orchestrée pile au moment où la droite ne peut pas avoir d’autre candidat crédible», mais également une opinion publique déformée par «une dizaine d’heures de télévision» et des médias qui l'ont «lynché, assassiné politiquement». «Vous en avez trop fait, cela pose un problème démocratique», a-t-il lancé aux journalistes, leur proposant même de consacrer du temps pour comprendre comment les attaques à son encontre ont été mises en place.

Concernant Mediapart. Quand la journaliste Ellen Salvi a posé sa question, le candidat a répondu avec un coup sorti de nulle part sur le combat qui oppose Mediapart aux impôts: «Vous êtes de Mediapart? Moi je n'ai jamais eu de redressement fiscal.»

tacle par derriere c'est rouge pic.twitter.com/aBRawmJSAl

— Philippe (@philousports) February 6, 2017

Ellen Salvi lui demandait s'il avait menti lors de son interview sur TF1 après les premières déclarations deu Canard enchaîné. Fillon n'avait pas précisé que Penelope Fillon était déjà son assistante parlementaire entre 1988 et 1990, des faits établis depuis. «Jamais je n'avais pensé être accusé sur ce sujet, s'est défendu Fillon. J'ai été destabilisé parce que je ne pouvais pas imaginer et m'y attendre. Il m'a fallu attendre cinq jours pour avoir les fiches de paie de tous mes collaborateurs.»

Concernant les reliquats d'enveloppes parlementaires qu'aurait secrètement encaissées Fillon, selon Mediapart. Soit 20.000 euros. «Ce sont les pratiques de la vie politique qui sont très anciennes et qui ne sont plus acceptées. Est-ce que je suis à l'origine de ces pratiques? Non. Est-ce que je suis poursuivi aujourd'hui pour ces pratiques? Non. Est-ce qu'elles doivent cesser, oui.»

Concernant le parquet national financier. «Encore faut-il que ce soit les bonnes instances judiciaires qui soient saisies ce qui ne semble pas être le cas», a lâché François Fillon. Le candidat a précisé que ses avocats avaient écrit au parquet national financier pour contester sa légitimité à enquêter dans cette affaire. D'après RTL, ses avocats viennent de soulever un vice de procédure.

Concernant un éventuel plan B chez Les Républicains. «On a vu qu'il n'y avait pas" de "plan B"», ou alors qu'il s'agissait d'un «plan B comme bérézina». «Rien ne me détournera des vrais enjeux de cette élection présidentielle, a-t-il finalement lâché avant de promettre une «nouvelle campagne», dès ce soir. 

Vincent Manilève
Vincent Manilève (351 articles)
Journaliste
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