Monde

Obama avec l'Afghanistan comme Johnson avec le Vietnam?

Daniel Vernet, mis à jour le 30.11.2009 à 6 h 47

Le Président des Etats-Unis est-il naïf et faible ou habile et patient? Il est encore un peu tôt pour apporter une réponse.

Barack Obama doit annoncer, mardi 1er décembre, la décision la plus difficile de sa première année de présidence: l'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, avec, espérons-le, l'annonce d'une stratégie d'ensemble pour ce pays et le Pakistan voisin, qui ne se limite pas à l'emploi de la force. Avec des critères précis pour mesurer le succès (ou l'échec), à défaut d'un calendrier de retrait.

On a comparé Barack Obama à John Kennedy pressé au début des années 1960 par ses généraux d'envoyer des troupes au Vietnam. C'est plutôt à Lyndon Johnson, le successeur du président assassiné en 1963, qu'il ferait penser: les réformes sociales de Johnson, connues sous le nom de Grande société, ont été enfouies dans l'enlisement vietnamien parce que la Maison blanche a cédé aux injonctions des militaires qui voulaient de plus en plus d'hommes pour gagner la dernière bataille.

On n'en est pas encore là en Afghanistan. Confronté à ce parallèle avec Johnson, Barack Obama a répondu: «je connais mon histoire». Mais le président s'est promis de «finir le job» dans une guerre qu'il a appelé lui-même «de nécessité», contrairement à celle de George W. Bush en Irak, qui était une «guerre de choix». Il serait excessif de dire qu'il joue son mandat ou l'avenir de toute sa politique étrangère sur cette décision mais elle pèsera lourd.

Une fois encore, c'est le vieil Henry Kissinger (cité par Roger Cohen dans le New York Times) qui a trouvé la formule résumant la situation d'Obama: «Il me fait penser, a déclaré l'ancien secrétaire d'Etat de Nixon et Ford, à un champion d'échec qui joue six parties en simultané et qui n'en finirait aucune». Barack Obama a ouvert tous les fronts à la fois. Il a tenu sa promesse de retirer progressivement les troupes américaines d'Irak; il a tendu la main à l'Iran; il a accepté le G20 comme instance de gouvernance mondiale; il a «remis à zéro» les relations avec la Russie en espérant signer un accord sur la limitation des armements stratégiques avant la fin de l'année; il a essayé de définir des rapports de coopération avec la Chine et dès son arrivée à la Maison blanche, il s'est investi - pas assez? - dans la relance du processus de paix israélo-palestinien. Il va se rendre à la conférence de Copenhague sur le climat pour montrer l'engagement des Etats-Unis.

Toutes ces initiatives sont un écho aux grands discours fondateurs qu'il a prononcés à Prague, sur le désarmement nucléaire, au Caire sur les relations avec l'islam, à Accra sur l'Afrique et le développement. Son discours d'acceptation du prix Nobel de la paix devrait être l'occasion d'une synthèse de ses conceptions de politique étrangère. Dans ce catalogue, il manque un grand discours, à l'adresse des Israéliens qui se demandent à la fois s'ils peuvent compter sur les Etats-Unis et s'il ya une autre issue que la force face aux Palestiniens.

The Economist pose crûment la question: Barack Obama est-il «intelligent ou faible»? Le temps passé à soupeser toutes les options en Afghanistan est-il une marque d'indécision ou une manifestation de sagesse? Nicolas Sarkozy avait déjà interrogé un journaliste américain connu pour ses entrées dans le monde politique de Washington: «Obama est-il un faible?»

Ou ignore-t-il, comme le disait Raymond Aron à propos de Valéry Giscard d'Estaing, que «l'histoire est tragique», en pesant que les plus beaux discours et les gestes de bonne volonté suffiront à faire fléchir les adversaires ?

Peut-être n'est-ce pas la bonne manière de poser la question. Après les terribles certitudes de George W. Bush, Barack Obama cherche à redéfinir la place de son pays dans un monde où l'Occident - et d'abord les Etats-Unis - ne sont plus les seules puissances dominantes. Les tâtonnements sont inévitables; les revers aussi, et de l'Iran à l'Afghanistan, en passant par le Proche-Orient, ils sont nombreux. Mais il est trop tôt, après moins d'un an d'exercice du pouvoir, pour porter un jugement définitif. La partie qui se joue est complexe, les partenaires-adversaires roués. A Téhéran, Moscou, Pékin ou Jérusalem, il y a aussi des bons joueurs d'échecs.

Daniel Vernet

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Image de Une: Barack Obama devant le cercueil d'un soldat américain tombé en Afghanistan Jim Young Reuters

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