France

Thomas Legrand: Sarkozy, président de tous les Français?

Thomas Legrand, mis à jour le 30.11.2009 à 6 h 50

Le président a lancé la campagne des régionales comme s'il dirigeait l'UMP.

Nicolas Sarkozy a lancé la campagne des élections régionales samedi 28 novembre lors d'une réunion de l'UMP au port d'Aubervilliers. En réalité, cela fait une semaine que le Président a lancé et nationalisé la campagne, d'ailleurs toute la presse titrait déjà mercredi «le Président lance la campagne » au lendemain du périple de Nicolas Sarkozy mardi en banlieue pour parler sécurité... C'est donc un fait acquis, considéré comme tout à fait normal. Mais cette phrase, «le Président lance la campagne des régionales», devrait être en soi un objet de plus de commentaires, si ce n'est de protestations... C'est tout simplement une incongruité institutionnelle qui d'ailleurs en gène plus d'un au sein de l'UMP.

L'UMP qui, soit dit en passant, est censée être le parti descendant du gaullisme. Le Président a été élu par plus de 50% des citoyens, c'est-à-dire par une part de la population qui dépasse de très loin l'assiette électorale du parti dont il se fait aujourd'hui le porte-parole. Une fois élu, Nicolas Sarkozy avait d'ailleurs sacrifié à la tradition républicaine qui veut que (depuis 1962) le candidat élu s'adresse à tous les français et qu'il prononce des phrases du genre «je suis le Président de tous les Français, il n'y a plus, pour moi, les Français de gauche ou de droite»...bref, quelque chose d'un peu pompeux et rassembleur, nécessaire après une campagne forcement porteuse de division.

Nicolas Sarkozy l'avait fait, et bien fait, sous la plume républicaine et gaullienne d'Henri Guaino, au soir de son élection devant ses partisans réunis salle Gaveau. Ces phrases étaient prononcées, les valeurs qui nous unissent étaient bien rappelées ainsi que le message universel de la France. Le boulot était fait. Et puis, quelques mois après l'élection, le Président convoque les parlementaires UMP et Nouveau Centre à l'Elysée pour une réunion de recadrage de la majorité... Les vieux gaullistes s'étranglent devant un tel affront à l'esprit de la 5éme République, quelques commentaires s'étonnent de cette entorse à la règle qui veut que le Président ne se mêle pas trop de la politique partisane mais, les réunions de ce genres se multiplient et imperceptiblement s'installe l'idée que cette façon de faire est moderne, que, finalement Nicolas Sarkozy ne se réfugie pas, comme ses prédécesseurs, dans le confort hypocrite de sa fonction et assume ses choix.

Il est vrai que François Mitterrand et Jacques Chirac ne se désintéressaient pas non plus de la vie de leur parti mais ils ne faisaient pas campagne ouvertement. L'épisode des pourparlers autour du lieu de la candidature de Rama Yade, dans les Hauts-de-Seine plutôt que dans le Val-D'Oise nous a aussi révélé que le parton exécutif de l'UMP était bien le Président et personne d'autre. Tous les Français non UMP qui ont voté pour Nicolas Sarkozy, tous les Français qui avaient écouté le discours rassembleur de la salle Gaveau, peuvent à bon droit se demander si le «Président de tous les Français» a vraiment du temps à perdre à s'occuper de la composition des listes pour les régionales du Val-D'oise!

Sous les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy, le Premier ministre assurait vraiment le rôle de chef de la majorité et pesait beaucoup plus dans la vie politique. Le premier ministre est responsable devant le Parlement. Il est comptable devant la majorité qui peut théoriquement le renverser. Et puis, souvenez-vous, le grand message de Nicolas Sarkozy en matière de gouvernance, pendant la campagne présidentielle de 2007, s'était d'en finir avec une attitude trop partisane du chef de l'Etat. Le candidat Sarkozy disait ceci, un mois avant de devenir Président: «Je veux une République irréprochable, le Président de la République c'est l'homme de la Nation, ce n'est pas l'homme d'un parti, ce n'est pas l'homme d'un clan. Je veux être le Président de tous les français» (spot TV de campagne, avril 2007)

A l'évidence, ces phrases d'arbitre impartial ne vont pas avec le fait d'aller lancer la campagne devant les candidats UMP pour les régionales...

Voilà pour les principes mais même en terme d'efficacité politique, c'est douteux. Les socialistes font d'ailleurs mine de ne pas être troublés par ce positionnement du Président. Ils font le calcul que plus le président impopulaire nationalise une campagne régionale, plus ce sera efficace pour eux. D'ailleurs ceux, comme François Bayrou, qui avaient nationalisé la campagne européenne en avaient été pour leurs frais. Si les régionales ne sont pas une réussite pour la majorité...que fera le Président qui aura mené campagne? Changer le Premier ministre? Vu le poids politique laissé au locataire de Matignon, c'est un peu comme si Nicolas Sarkozy décidait de ne plus mettre de cravates mais des nœuds papillon. Ce serait presque ridicule et surtout l'effet politique serait proche de zéro.

Thomas Legrand

Lire également: La mauvaise gouvernance mine le sarkozysme, Véme ou VIéme république, Nicolas Sarkozy va devoir choisir, Pourquoi la méthode Sarkozy ne fonctionne plus et Sarkozy, deux ans à l'Elysée: le cap manquant.

Image de Une: Nicolas Sarkozy à Aubervilliers Gonzalo Fuentes / Reuters

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