France

Macron, Mélenchon, Le Pen: trois imaginaires politiques, trois manières d'être populiste

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 06.02.2017 à 13 h 27

En ce début du mois de février, trois des candidats à l'élection présidentielle donnaient un meeting à Lyon, proposant le temps d'un même week-end trois rapports à l'avenir bien distincts.

Emmanuel Macron lors du meeting au Palais des Sports de Lyon, le 4 février 2017 | JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Emmanuel Macron lors du meeting au Palais des Sports de Lyon, le 4 février 2017 | JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Il fallait réellement utiliser le deuxième écran, voire le troisième, pour suivre le week-end politique des 4 et 5 février. Alors qu'Emmanuel Macron organisait un grand meeting à Lyon samedi, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont pris la parole le lendemain dans la même ville, à la même heure, chacun devant ses militants. Si chacun a évidemment commencé à dévoiler tout ou partie de son programme, ce premier tour de meeting était surtout une manière pour l'internaute-électeur de comparer trois imaginaires de la société, trois registres de langage, trois façons de s'adresser au peuple, trois rapports à la politique.

1.Emmanuel MacronLes marcheurs aux portes du pouvoir?

Le plus grand club de randonnée de France continue de recruter de nouveaux membres. Emmanuel Macron met habilement en scène le rassemblement des bonnes volontés autour de sa personne, dans une démarche de mise en avant de la société civile et des vraies gens qui rappelle souvent les audaces politiques de Ségolène Royal. En Marche!, son mouvement, ratisse large et le meeting de Macron avait aussi pour objectif de le faire savoir. Ne dites donc plus que c'est une «bulle», car les marcheurs lyonnais étaient nombreux pour voir leur champion.

A des lieues du FN qui parle non pas au nom du peuple mais «au nom de leurs aigreurs», l'anti-systémisme d'en haut d'Emmanuel Macron lui vaut les ralliements de la France optimiste, sans pour autant lui aliéner un électorat populaire que le ni-droite, ni-gauche peut séduire. C'est du moins le difficile équilibre que vise le macronisme. Autre difficulté: faute d'occuper un espace bien identifié, Emmanuel Macron doit tirer dans toutes les directions, sans pour autant attaquer frontalement ses adversaires. «On ne se rassemble pas sur des sifflets», prévient Macron, qui se veut candidat «de l'espérance», quand la salle s'échauffe: la colère d'En Marche! est polie et contenue. Un atout ou un plafond de verre?

2.Jean-Luc MélenchonLe mélenchonisme du futur est-il daté?

C'était évidemment l'attraction politique que tout le monde attendait. En meeting à Lyon, Jean-Luc Mélenchon est intervenu simultanément à Paris grâce à un hologramme, donnant des airs d'Obi-Wan Kenobi au leader de la France insoumise, dont les choix de chemises ne laissent d'interroger sur l'imaginaire politique qu'il souhaite entretenir.

L'artifice technique était le moyen pour Mélenchon d'attirer l'attention sur le thème de son meeting: le futur ou, selon ses termes, «les nouvelles frontières de l'humanité». On commence à connaître la méthode Mélenchon: l'alliance du fond et de la forme. Après le coup de la recette de la salade de quinoa pour évoquer les questions d'élevage et d'alimentation, voilà l'hologramme comme prétexte à prendre position sur le numérique, les GAFA, la conquête spatiale ou l'économie maritime. Pas «des questions de bobos», assure le candidat, mais des questions centrales que doivent se poser les électeurs. L'hypothèse sous-jacente étant qu'ils soient suffisamment bien disposés vis-à-vis de l'avenir pour suivre un propos politique qui pouvait paraître compliqué sinon abstrait. «L'avenir en commun», son programme, pose un rapport au temps inversé à celui de Marine Le Pen, dont Mélenchon continue à vouloir faire une adversaire privilégiée.

Encore une fois, et comme en 2012, Mélenchon enchaîne les dispositifs originaux et s'affirme plus encore que Macron comme le candidat communicant de 2017, dans la foulée de son succès inattendu sur Youtube. Mélenchon est le seul candidat à croire à «la force des idées». L'hologramme devait en plus de son aspect racoleur, exprimer l'idée de la lumière opposée à l'obscurantisme du Front national. Il est à craindre pour le candidat que ce dernier ne passe à côté de l'électorat qu'il cible, à force d'être dans la démonstration de ce qu'il veut incarner, un populisme peut-être trop esthète et savamment mis en scène.

3.Marine Le Pen«On est chez nous»: le FN sur ses fondamentaux

Le clou du spectacle pré-électoral de ce week-end de février était évidemment le premier meeting de Marine Le Pen, et les chaînes d'info en continu ne s'y étaient pas trompées. Elles ont toutes décider de retransmettre en direct le meeting de «Marine», au grand dam des soutiens de Mélenchon dont le candidat déroulait son programme du futur simultanément.

Après avoir présenté son programme lors des assises du parti, la candidate du Front national s'est reposée sur deux repoussoirs dans son discours: le «mondialisme» et le «fondamentalisme islamique», pour présenter en creux sa vision de la France, débarrassée de l'un comme de l'autre. Dans une salle peuplée d'adhérents du FN, la base militante surchauffée a déclamé des «On est chez nous!» très explicites à intervalles réguliers, qui laissent peu d'ambiguïté sur les ressorts profonds du coeur électoral frontiste.

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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