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Pour réduire les inégalités, rien ne vaut la peste noire ou une guerre mondiale

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 04.02.2017 à 18 h 03

Repéré sur The Washington Post, VoxEU, The Chronicle of Higher Education, The Wall Street Journal

Le milieu du XIVe siècle et le début du XXe siècle ont été les seules périodes de l'histoire européenne où les inégalités de richesse ont diminué.

Danse macabre, via Wikimedia Commons.

Danse macabre, via Wikimedia Commons.

«Vous voulez réduire les inégalités? Essayez la peste noire.» Sous ce titre provocateur, l'éditorialiste conservateur du Washington Post George Will chronique le récent ouvrage d'un historien de Stanford, Walter Scheidel, intitulé The Great Leveler: Violence and the History of Inequality from the Stone Age to the Twenty-First Century:

«En tuant entre 25% et 45% des Européens au milieu du XIVe siècle, la peste bubonique a, explique Scheidel, radicalement changé le rapport de valeur entre la terre et la force de travail, au bénéfice de cette dernière.»

Dans un récent article, l'économiste italien Guido Alfani, emprutant notamment aux données sur les inégalités compilées par Thomas Piketty, retrace d'ailleurs la proportion de la richesse détenue par les 10% d'Européens les plus riches depuis 1300. Après la Peste noire, celle-ci tombe de plus de 65% à moins de 50% en un siècle environ, et ne revient à son point de départ qu'au début du XVIIIe siècle; elle atteint ensuite son apogée au début du XXe siècle (même si, entretemps, l'étendue géographique de l'Europe prise en compte à changé), à environ 90%, avant de chuter sous les 60% au milieu du siècle. Elle est depuis remontée, pour atteindre à peu près le niveau qu'elle avait avant la Peste noire.


Selon Alfani, le déclin des inégalités lors de cette dernière s'explique notamment par deux facteurs: l'augmentation des salaires des travailleurs, puisque l'offre de travail était moins forte (en moins d'un siècle et demi, la population de l'Angleterre a par exemple été divisée par trois); et la fragmentation des patrimoines, due à leur redistribution à travers les héritages.

La peste bubonique constitue un exemple de ce que Scheidel appelle, comme il l'explique dans un texte publié par The Chronicle of Higher Education, les «quatre cavaliers de l'apocalypse», ces événements –guerres mondiales, révolutions, effondrements des États, pandémies– qui rebattent si profondément les cartes d'une société qu'ils réduisent massivement les inégalités. Comme l'écrit l'économiste Gregory Clark, qui chronique son livre pour le Wall Street Journal, «l'auteur croit que les sociétés stables et installées manifestent une tendance inévitable à des inégalités plus fortes. Les seules forces qui peuvent contrecarrer de manière substantielle ce phénomène sont les mauvaises nouvelles. [...] Le remède est pire que la maladie. Dans le récit de M. Scheidel, Lénine, Hitler et Gavrilo Princip ont fait plus que l'avènement de la social-démocratie pour faire du XXe siècle une ère d'égalité».

Or, nous vivons aujourd'hui, selon Walter Scheidel, dans un «monde sans cavaliers de l'apocalypse» (encore que...), ce qui fait qu'il revient aux gouvernements de tenter d'aplanir les inégalités... ce qui est une tâche beaucoup plus compliquée.

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