France

Le Front national est très loin d'être épargné par les affaires

Grégor Brandy, mis à jour le 22.02.2017 à 20 h 10

Si le parti d'extrême droite reste discret sur l'affaire qui touche François Fillon, c'est sans doute parce qu'il fait de son côté l'objet de différentes enquêtes judiciaires.

Marine Le Pen au Parlement européen, le 15 décembre 2016. FREDERICK FLORIN / AFP

Marine Le Pen au Parlement européen, le 15 décembre 2016. FREDERICK FLORIN / AFP

Cet article a été mis à jour le 22 février, après que la cheffe de cabinet de Marine Le Pen a été mise en examen pour recel d'abus de confiance. Le 16 février Marine Le Pen avait reconnu avoir salarié fictivement un de ses assistants parlementaires pendant trois mois, au Parlement européen.

On a peu entendu les responsables du Front national sur l'affaire Penelope Fillon, où la femme du candidat de la droite à l'élection présidentielle se retrouve accusée d'avoir bénéficié d'un emploi de complaisance, voire fictif, pendant plusieurs années aux côtés de son mari. Mais il y a une raison qui explique que le Front national, d'habitude si prompt à dégainer sur toutes les affaires qui touchent ses adversaires, a choisi de rester silencieux, expliquait dès le début de l'affaire le Huffington Post: c'est parce qu'il doit plus ou moins faire face au même problème au Parlement européen.

«Le service antifraude européen (Olaf), a demandé à Marine Le Pen et son père Jean-Marie de rembourser respectivement 340.000 et 320.000 euros pour couvrir les salaires de leurs assistants parlementaires, dont les preuves de travail au sein de l'institution européenne sont jugés insuffisantes.»

Marine Le Pen a refusé de procéder à ce remboursement avant le 31 janvier 2017 comme il lui était demandé, et va donc voir ses prochaines indemnités de députée européenne «largement ponctionnées pour rembourser la somme», relate Le Monde, qui souligne par ailleurs qu'une enquête judiciaire est également en cours côté français.

«Saisi en mars 2015 par le Parlement européen, le parquet de Paris a ouvert une instruction judiciaire en décembre 2016. Il soupçonne une “escroquerie en bande organisée” pouvant s’assimiler à du financement illégal de parti politique.»

Quand cette affaire avait été révélée au début de l'année 2017, Marine Le Pen n'avait visiblement pas apprécié, et s'était positionnée en martyre politique:

«En pleine campagne électorale, c'est caricatural et cela révèle clairement un agenda strictement politique. Les vieilles méthodes politiciennes de persécution des opposants ont la peau dure.»

Et finalement, ce 16 février, on apprend avec la publication d'un rapport de l'Olaf par Médiapart et Marianne, que la présidente du Front national a reconnu devant les enquêteurs que l'un de ces deux assistants, son garde du corps, avait bien été salarié fictivement entre octobre et décembre 2011, pour une somme de 41.554 euros. Selon elle, c'était pour «obtenir du Parlement la régularisation de dépenses de salaires et charges antérieures qui n'avaient pas été payées par ce dernier». Catherine Griset, la cheffe de cabinet de Marine Le Pen a été mise en examen mercredi 22 février pour recel d’abus de confiance dans cette affaire.

Surfacturation des dépenses de campagne

Mais c'est loin d'être la seule affaire dans laquelle se retrouvent impliqué le parti et ses membres. Il est également soupçonné d'avoir surfacturé ses dépenses de campagne en ayant mis «en place un système de financement frauduleux pour toutes ses campagnes électorales depuis l’arrivée de Marine Le Pen à sa présidence», le 16 janvier 2011, continue Le Monde.

«Si les personnes et les structures suspectées varient d’une élection sur l’autre, le mécanisme serait toujours le même: pour imprimer leurs tracts ou construire leurs sites web de campagne, les candidats frontistes font appel à des prestataires proches du FN (Riwal et Les Presses de France, les sociétés de Frédéric Chatillon et Axel Loustau, deux proches de Marine Le Pen). Ces prestations seraient largement surfacturées aux candidats –ce qui permettrait à ces prestataires d’empocher de fortes marges (et d’en détourner une partie vers des paradis fiscaux). Cela ne coûte rien aux candidats, puisque l’Etat rembourse les frais de campagne à condition de réaliser un score convenable.»

Des pratiques qui rappellent en partie celles reprochées à feu l'UMP dans l'affaire Bygmalion et qui font l'objet d'instructions judiciaires pour escroquerie, recels d'escroquerie, abus de biens sociaux, recels d'abus de biens sociaux et blanchiment.

Patrimoines sous-estimé

Les patrimoines de Jean-Marie Le Pen, le président d'honneur du parti, et de Marine Le Pen font également l'objet d'une enquête préliminaire du parquet national financier, qui a été saisi par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

«L'organisme de contrôle met en avant “une sous-évaluation manifeste de certains actifs immobiliers” que le père et la fille détiennent en commun, notamment leur propriété de Montretout à Saint-Cloud, et d'“omission de biens mobiliers” par Jean-Marie Le Pen, expliquent Les Échos. Les sous-évaluations sont estimées à plus de 1 million d'euros pour Jean-Marie Le Pen et plusieurs centaines de milliers d'euros pour Marine Le Pen.»

À l'époque, les Le Pen s'étaient élevés contre cette décision de la Haute autorité. Marine Le Pen y voyait «une volonté de nuire désormais systématique et outrancière», et son père estimait de son côté que cela «participe à l'offensive de harcèlement républicain. C'est à dire le harcèlement des adversaires du gouvernement et de l'establishment».

En mai dernier, le Conseil d'État avait rejeté les recours de Jean-Marie et Marine Le Pen car ils avaient été «portés devant une juridiction incompétente». Un procès et une éventuelle condamnation pourraient avoir des conséquences très lourdes pour la carrière politique de Marine Le Pen, puisqu'elle risque trois ans de prison, 45.000 euros d'amende et dix ans d'inéligilibité, rappelle Le Monde.

Compte en Suisse

Les Échos évoquent par ailleurs une autre affaire à laquelle est confrontée Jean-Marie Le Pen: celle de son compte en Suisse, «à travers un trust placé sous la responsabilité légale de son majordome, Gérald Gérin». En avril 2015, le parquet de Paris avait confirmé des révélations de Mediapart selon lesquelles le quintuple candidat à la présidentiel possédait un compte en Suisse jusqu'en mai 2014, sans toutefois confirmer si les montants révélés par le site d'investigation (2,2 millions d’euros, dont 1,7 million en lingots et pièces d'or) étaient les bons ou non. Le parquet national financier a ouvert une enquête en juin 2015 pour blanchiment de fraude fiscale, après avoir reçu un signalement de la cellule anti-blanchiment de Bercy, Tracfin.

«Dans son signalement, Tracfin évoque l'existence d'un trust basé aux Iles vierges britanniques et géré à Genève pour le compte de Gérald Gérin. Le compte aura été clôturé en 2014 et les fonds transférés dans une banque aux Bahamas.

 

Une précédente enquête ouverte par le parquet de Paris visait déjà le patrimoine de Jean-Marie Le Pen et un enrichissement de 1,1 million d'euros entre 2004 et 2009, années de début et de fin d'un de ses mandats de parlementaire européen. Cette procédure, dans laquelle la question de la prescription pourrait se poser, est désormais associée à l'enquête du parquet national financier.»

Implication d'une banque russe

Mais il n'y a pas qu'en France que le parti et ses membres sont inquiétés par la justice. On a appris au début du mois de janvier 2017 que l’agence d’assurance des dépôts bancaires russes réclamait au FN «le remboursement du prêt de 9 millions d’euros qui lui a été accordé, en septembre 2014, par la First Czech-Russian Bank (FCRB), une banque tchéco-russe», rapportait alors Le Monde. Quand cette banque a fait faillite à la mi-2016, l'agence d'assurance des dépôts bancaires russes a récupéré la gestion de la créance et a annoncé fin décembre qu'elle avait lancée une procédure judiciaire pour obtenir son remboursement.

Et comme l'explique justement le Huffington Post, le FN a beau assurer ne pas s'inquiéter au sujet de cette affaire, «celle-ci vient, en pleine période électorale, nourrir le soupçon d'un noyautage russe du parti d'extrême droite, seul parti français à pleinement soutenir la politique de Vladimir Poutine en Crimée et Syrie».

Une enquête parlementaire a également été lancée à l'initiative de deux députés PS, poursuivent Les Échos, qui indiquent que le prêt révélé par Mediapart en 2014 pourrait également poser un problème, puisque les révélations «alimenteraient la thèse d'un financement du FN par un État étranger, ce qui est formellement interdit par le droit français».

Grégor Brandy
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