Sciences / LGBTQ

La bisexualité (aussi) se voit dans le cerveau

Temps de lecture : 2 min

Chez les hommes à tout le moins, les schémas d'activité cérébrale semblent bien cohérents avec leur orientation sexuelle.

Ce cerveau est-il bi, homo ou hétéro? | IntelFreePress via Flickr CC License by
Ce cerveau est-il bi, homo ou hétéro? | IntelFreePress via Flickr CC License by

Encore pire que l'homosexualité féminine, la bisexualité est le parent pauvre des recherches scientifiques explorant la biologie de nos orientations sexuelles. Publiée le 1er février, une étude rééquilibre quelque peu la balance et nous montre que les bisexuels (hommes, on ne peut pas tout avoir) semblent bien manifester une activité cérébrale spécifique, distincte de leurs congénères «monosexuels» –c'est-à-dire homo– et hétérosexuels.

Mené par une équipe de psychiatres, psychologues et neurologues allemands et américains, dirigés par Adam Safron de l'université Northwestern, ce travail aura rassemblé 26 hétérosexuels, 25 homosexuels et 28 bisexuels recrutés sur Craigslist. Un échantillon pouvant sembler faible, mais qui, par rapport à la norme des recherches en neuro-imagerie, penche en réalité du côté des bien fournis. Ce qui ne l'immunise pas contre le «biais de la loi des petits nombres» chère à Kahneman et Tversky et contre des effets modestes en taille, mais conséquents en significativité, passés totalement inaperçus. Des limites que les chercheurs sont, évidemment, les premiers à souligner et à vouloir un jour dépasser.

Vidéos sexuellement explicites

Pour participer à l'étude, les volontaires bisexuels devaient avoir au moins eu deux partenaires sexuels et un partenaire amoureux (dans le cadre d'une relation supérieure ou égale à trois mois) de chaque sexe (sans qu'aucun justificatif ne soit pour autant exigé). Ensuite, par le biais de questionnaires, l'orientation sexuelle des participants était évaluée selon une échelle de Kinsey légèrement retoquée et allant de 0 (exclusivement hétéro) à 6 (exclusivement homo). En moyenne, les individus qui s'étaient identifiés comme hétérosexuels se situaient à 0.4, les bisexuels à 3.2 et les homosexuels à 5.7 –en d'autres termes, rien que de plus «normal».

Par ailleurs, les individus étaient âgés de 25 à 50 ans, avec une moyenne de 32,3 ans pour les hétérosexuels, 37,5 pour les bisexuels et 33,2 pour les homosexuels. Enfin, l'échantillon était ethniquement assez divers, vu qu'il comprenait 60,76% de Caucasiens, 10,13% d'Hispaniques, 12,66% d'Afro-Américains, 6,33% d'Asio-Américains et 10,13% d'individus se déclarant d'origines multiples.

Dans l'expérience en tant que telle, les participants devaient regarder des images et des vidéos sexuellement explicites, comportant des hommes ou des femmes nus agissant selon diverses configurations –hommes, femmes ou hommes et femmes ensemble–, tandis que les chercheurs surveillaient l'activité de leur cerveau par IRM.

Toujours un sexe de préférence

Les résultats –détaillés comme il se doit dans l'étude en libre d'accès– montrent que les schémas d'activité cérébrale sont bien caractéristiques des trois types d'orientation sexuelle. Des différentes notamment saillantes dans le striatum ventral, une zone que l'on sait (surprise) associée à l'expérience érotique et à la gratification, qu'elle soit ou non sexuelle.

Une nouvelle qui n'en est pas vraiment une concernant les homosexuels et les hétérosexuels, mais qui relève d'une petite découverte pour les bisexuels, vu que cette étude est la première à établir des corrélats neuronaux cohérents avec leur orientation. En résumé, l'activité de leur cerveau sexuellement excité se montre beaucoup moins discriminante que celle des homos et des hétéros, même si les chercheurs remarquent combien les bisexuels semblent toujours garder un sexe de prédilection, qui les émoustille davantage que l'autre.

À l'avenir, Safron et ses collègues voudraient reproduire ces expériences de manière longitudinale, pour voir quand ces schémas d'activité commencent à se manifester chez les individus et si, en tendance, ils évoluent au cours de la vie ou demeurent stables. Un projet qui n'est pas sans obstacles éthiques, vu qu'il impliquerait de montrer des images érotiques à des enfants. Ou qui exigerait de trouver des astuces méthodologiques pour faire sans.

Slate.fr

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