FranceLife

Dans un centre de vaccination, récit d'un total désordre

Ariane Istrati, mis à jour le 28.11.2009 à 18 h 24

Information déficiente, queue interminable, attente pour rien et intervention policière pour calmer la foule!

Mais quelle mouche m'a donc piquée? Après plusieurs semaines d'hésitation à changer d'avis plusieurs fois par jour au gré des flashs info et des avis des collègues, je décide de me faire vacciner contre la grippe A. Mère d'un bébé de quatre mois et demi, j'ai reçu le fameux coupon de la sécu valant convocation. Première anomalie: sur un foyer de cinq personnes (deux adultes, trois enfants) seules trois d'entre nous reçoivent le coupon. Le bébé c'est normal, il ne peut pas se faire vacciner avant six mois mais pourquoi l'un des deux grands de huit ans doit y passer et pas l'autre? mystère.

Sur la lettre de la sécu, figure une adresse. Pour nous c'est le Gymnase Paul Gaugain, rue Milton dans le 9ème arrondissement de Paris (nous habitons le dixième). Pas d'heures d'ouverture indiquées, ça serait trop simple. Il faut chercher sur internet, sur le site de la préfecture. Là, je m'aperçois que ce «centre» est censé accueillir les populations du 9ème, 10ème, 11ème et 18ème, soit potentiellement 501 057 personnes selon le recensement de 2006! Cela s'annonce compliqué...Confirmation dans la semaine par une collègue qui a accompagné son fils le samedi d'avant dans le même gymnase: trois heures de queue pour le vaccin!

Je décide donc d'y aller en semaine avec mon fils: vendredi après l'école. Mais là, surprise : les horaires ont changé depuis la veille et le centre a fermé ses portes à 15h30. Une dizaine de parents furax se retrouvent face à une porte close. Courageusement, je décide d'y retourner le lendemain matin. C'est un samedi, tant pis, pas le choix.

Le gymnase est censé ouvrir à 9H30. Nous arrivons à 9H35 et c'est déjà trop tard. Impossible d'entrer à l'intérieur. Plusieurs centaines de personnes sont agglutinées sur le trottoir de la rue Milton. Au moins 80% sont des familles avec enfants. Nous remontons la queue qui se poursuit rue de la Tour d'Auvergne. Ca promet. Nous nous installons patiemment. L'atmosphère est plutôt tranquille, ce n'est que le début. Nous avons pris de quoi tenir un siège: bouteille d'eau, bonbons, magazines, console de jeux. Un vent glacé s'engouffre dans la rue, il pleuviote. Personne pour informer les gens dans la file d'attente. La queue avance lentement. Vers 10h, une camionnette se gare. Dessus il est écrit: «parce que la santé n'attend pas». Cela ricane dans la foule. Un homme en uniforme d'un labo pharmaceutique en sort avec une caisse réfrigérée: il vient livrer des vaccins. Les familles discutent entre elles: «si ça se trouve, ils n'ont pas assez de doses pour tout le monde ».

10h30 : on aperçoit enfin le coin de la rue Milton. «Psychologiquement, c'est un grand pas , commente mon voisin. Certains commencent à trouver le temps long. Les pieds se refroidissent, les bébés hurlent, les parents tournent en rond sur le trottoir avec leurs poussettes pour essayer de calmer leurs enfants. «Maman, j'ai envie de faire pipi : évidemment, une heure et demi après avoir quitté la maison ça risquait d'arriver. On avait promis au petit qu'il y aurait «bien entendu» des toilettes dans le gymnase (on pensait alors attendre bien au chaud à l'intérieur ) mais il va falloir trouver un autre plan. Ce sera entre deux voitures. Les esprits commencent à s'échauffer. Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, en prend pour son grade. «Aberant, surréaliste, lamentable», tout le monde peste contre l'organisation pour le moins déficiente de cette opération vaccination. Certains font demi-tour, lassés. La plupart restent: «on a déjà perdu tellement de temps, ça ne sera pas mieux les prochains jours», philosophe une assistante maternelle.

11 heures : la porte est encore loin et on soupçonne qu'à l'intérieur, le gymnase est bondé. Les premiers seraient arrivés à huit heures pour être sûr de se faire piquer, soit une heure et demi avant l'ouverture des portes. On se retourne pour se rassurer: derrière nous, encore des centaines de personnes. Mon voisin: «ceux-là, ils n'ont aucune chance, le centre ferme à 12h30». Sur le site internet c'était écrit 13 heures, mais passons, ce n'est qu'un détail. Un car de police arrive et quatre baraqués, habillés en tortues Ninja se dirigent vers l'entrée. Quelques minutes plus tard, la rumeur se propage dans la file: ils ont fermé les portes!

Un homme dont personne n'arrive à savoir s'il s'agit d'un médecin ou d'un fonctionnaire explique: «il y a trop de monde à l'intérieur, on ne laisse plus entrer personne, rentrez chez vous». La colère monte. Un père de famille hurle: «ça fait deux heures et demi que je suis là avec mes gosses, je ne pars pas, vous me la ferez cette putain de piqûre!». Mais rien à faire, les Ninjas bloquent la porte: «pas d'histoire monsieur, sinon vous allez avoir des ennuis . Je repars avec mon petit, la console de jeux, les magazines, et ce qu'il reste de bonbons. Lui: «on y retourne demain maman?» NON!

Ariane Istrati

Lire également sur la grippe: notre blog: Le journal de la pandémie 2.0 et Grippe, vaccin, et Guillain-Barré: la débandade gouvernementale!

Image de Une: Vaccination du personnel à l'hôpital Necker à Paris Benoit Tessier / Reuters

Ariane Istrati
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