Monde

Vu de l’intérieur, le football chinois est déchiré entre la passion et l’argent

Repéré par Xavier Ridel, mis à jour le 03.02.2017 à 12 h 02

Repéré sur The Guardian

L’entraineur adjoint du club de Shexin dresse un portrait en clair/obscur de l’amour que porte la Chine au ballon rond.

“一起跑 Running together” / Sunday League: Hong Kong Falcon vs Paulista / 香港足球 Hong Kong Football (Soccer) / SML.20130428.6D.03394.C169 | See-ming Lee via Flickr CC License by

“一起跑 Running together” / Sunday League: Hong Kong Falcon vs Paulista / 香港足球 Hong Kong Football (Soccer) / SML.20130428.6D.03394.C169 | See-ming Lee via Flickr CC License by

D’une partie du jeu Fifa sur Playstation au banc de touche de la première ligue chinoise, il n’y a parfois qu’un pas, comme le démontre le parcours de Matt Ward, entraîneur adjoint du club de Shenxin, auquel le Guardian a consacré un long article. Ce dernier profite de la volonté du gouvernement de Xi Jinping de faire de la Chine une superpuissance du football, d’ici 2050. Le pays doit notamment ouvrir 20.000 écoles. En attendant cet essor de joueurs locaux et de cadres, les clubs semblent atteints d’une fièvre dépensière qui va en s’empirant. Faute de mieux.

«Quelque chose comme 68% des buts marqués dans les deux premières ligues sont à mettre sur le compte de footballeurs étrangers, parce que les joueurs offensifs viennent tous d’autres pays», confie Matt Ward.

Pour y remédier, la Chine a récemment adopté une mesure visant à abaisser le nombre de joueurs étrangers sur le terrain au nombre de trois; contre cinq auparavant.

Une vague d’amour du football sans précédent

Si Ward n’a jamais étudié la discipline et est arrivé à son poste par la seule force de ses propositions, il a pu jouer face à des stars mondiales.

«Nous avons joué contre l’équipe de Fabio Cannavaro et les avons battus. Puis il y a eu Clarence Seedorf. […] Il y avait une foule d’environ 18 000 personnes pour ce match, ce qui est assez énorme pour la seconde division.»

La moyenne d’affluence en Ligue 2 française était de 7118 spectateurs, lors de la saison 2015. D'ailleurs, un graphique réalisé par L'Équipe montrait qu'en terme de public, la Ligue 1 se trouvait derrière la première division chinoise.

Graphique réalisé par L'Équipe. Saison 2015-2016
 

Une seule motivation: l’argent?

Un tel engouement comporte aussi sa part d’ombre. On peut ainsi se demander si les joueurs qui viennent ne sont pas plus motivés par les salaires mirobolants que par le jeu et le challenge. Carlos Tevez, arrivé au Sheghai Shenhua, est récemment devenu le joueur le plus payé de l’histoire du football, avec 40 millions d’euros par an.

Et Matt Ward de déclarer:

«Pour un pays qui dépense autant d’argent, cela va être difficile de toujours trouver un staff et des joueurs entièrement dévoués à la cause du club. (…) On peut y voir les prémisses d’une future domination du football; mais lorsqu’il y a autant de richesse, il faut faire marche arrière et essayer de voir si les gens sont réellement passionnés.»


L'ex-Nantais Nicolas Ouédec, une des premières stars européennes à avoir été séduite par la Chine, en 2002, évoquait fin 2016 pour SoFoot son transfert d'un club chinois à un autre:

«J'étais rentré à mon hôtel, mais mon agent m'avait prévenu qu'il dînait avec le président du Shandong Luneng et qu'il allait probablement faire une offre. C'était à l'époque le club le plus puissant financièrement, financé par une grande entreprise d'électricité. Donc il m'a bien fait comprendre: “Peu importe ton chiffre, l'année prochaine tu es chez nous.” Voilà un peu l'esprit chinois.»

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