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Un jour ou l'autre, Trump s'en ira-t-en guerre

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 02.02.2017 à 15 h 28

[Blog] Tôt ou tard, dans un an ou avant la fin de son mandat, Donald Trump voudra connaître la douce ivresse de déclencher une guerre.

Korean War Veterans Memorial  | Ron Cogswell via Flickr CC License by

Korean War Veterans Memorial | Ron Cogswell via Flickr CC License by

C'est dans la nature même du bonhomme.

Nul besoin d'être Clausewitz ou Lacan pour comprendre que ce genre de personnages aussi baroques que sinistres, imbus d'eux-mêmes, narcissiques jusqu'au dernier degré, despotes de l'intérieur, quand ils se retrouvent en responsabilité, éprouvent toujours le besoin de se frotter tôt ou tard à l'art de la guerre.

C'est comme un passage obligé: pour s'affirmer, pour ne pas s'ennuyer, pour rompre la monotonie d'un exercice gouvernemental par trop routinier, pour trouver matière à s'exalter et affirmer sa virilité triomphante, pour aussi masquer ses échecs sur la scène intérieure, il lui faut tâter du terrain extérieur, sentir le souffle brûlant des canons, humer le bon air de la chair sacrifiée, endosser le rôle de Commandant en Chef et, suprême délice, savoir que des soldats sont prêts à mourir pour lui.

La douce, la merveilleuse, l'éternelle ivresse de la guerre!

Quand le monde suspend son souffle, lorsque de votre seule décision dépend la vie de centaines de milliers d'êtres humains, qu'il est bon alors d'être à la manœuvre, de dicter la conduite à tenir à des généraux obéissants, de vociférer des ordres et de se voir obéir, d'être tout en haut de la chaîne de commandements et de tenir alors le destin de l'univers entre ses doigts.

C'est là le plus beau des rêves d'enfant qui se réalise: disposer de sa propre armée, de sa propre flotte, de ses propres missiles, les disposer à son gré et attendre, au sommet de l'exaltation, loin, bien loin du champ de bataille, dans cette griserie propre au pouvoir absolu, la tournure prise par les événements.

Trump est évidemment un grand enfant ne souffrant d'être contredit, un grand enfant tyrannique et malade, atrabilaire, impulsif, abrasif dans ses colères, incontrôlable dans ses emportements, hystérique dans sa rage d'avoir perpétuellement raison. Et qui aura toujours besoin de se confronter à l'autre pour s'affirmer, se sentir pleinement vivant et affirmer sa supériorité.

Réunissez plein de Trump autour de la table et ils s'étriperont jusqu'à ce que mort s'en suive.

Pour se rassurer, on balbutiera mais le Congrès, mais son entourage, mais l'opinion mondiale, mais...foutaises! Comprenez une bonne fois pour toutes que nous avons changé d'époque, le temps n'est plus à la raison, au consensus mou, à la pacification des esprits, à la recherche de la paix: les Dieux ont soif, les hommes sont en colère, l'heure de la confrontation a sonné, il faut mener les coupables, quels qui soient, à l'échaffaud.

Rien n'arrêtera cet homme fou, irrationnel, provocateur par défi, outrancier par goût, dictateur dans l'âme: il imposera sa volonté, il passera en force, il marchera sur celui qui osera s'opposer à lui et, n'étant pas dépourvu de charisme, il entraînera avec lui des hommes et des femmes prêts à tout pour le suivre dans son désir de guerre.

Trump envahira le Mexique, colonisera le Canada, provoquera la Chine, s'inventera un ennemi fantoche, intriguera pour justifier une intervention militaire: plus que tout, il souhaitera laisser une trace dans l'Histoire et boira jusqu'à plus soif les sulfureux conseils de son démiurge, Steven Bannon, son petit Goebbels à lui, versé dans le choc des civilisations. Vous voilà prévenus.

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (115 articles)
romancier
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