France

Juppé, Larcher, Hanouna: qui pourrait remplacer François Fillon?

Jean-Laurent Cassely et Vincent Manilève, mis à jour le 01.02.2017 à 15 h 00

Alors que l'hypothèse d'un remplaçant fait son chemin face aux révélations en cascade sur le candidat de la droite, Slate passe en revue les forces et faiblesses de candidats de substitution plus ou moins qualifiés pour le job.

Montage Slate.fr. Photos : Nicolas Tucat / AFP, Patrick Kovarik / AFP, Joël Saget / AFP.

Montage Slate.fr. Photos : Nicolas Tucat / AFP, Patrick Kovarik / AFP, Joël Saget / AFP.

Après les révélations du Canard enchaîné sur les emplois présumés fictifs de Penelope Fillon comme assistante parlementaire de son mari et comme pigiste de luxe à la Revue des deux mondes, l'hebdomadaire en remet une couche ce mercredi 1er février. Cette fois, le journal avance que le montant total des sommes perçues par la femme du candidat à la présidentielle entre 1988 et 2013 dépasseraient les 900.000 euros brut. Auxquels il faut ajouter les 84.000 euros brut touchés par les enfants, Marie et Charles, qui ont également bénéficié successivement d'un emploi d'assistant de leur père sénateur alors qu'ils n'étaient pas diplômés.

Les Français ont une certaine tolérance aux affaires de corruption lorsqu’il s’agit de leurs élus et, comme l'a impitoyablement fait remarquer le quotidien britannique The Independent, «la vérité est que ce genre de scandale est on ne peut plus normal en France, et une des raisons principales pour lesquelles la classe politique est si inefficace. L'aisance avec laquelle des représentants élus peuvent écarter d'un revers de main des accusations bien étayées selon lesquelles ils remplissent leurs poches avec de l'argent public est véritablement stupéfiante».

Pour autant la barque commence à être chargée et, selon un sondage Elabe que publient Les Echos, Fillon serait éliminé au premier tour de l'élection présidentielle si elle se tenait cette semaine, passant derrière Marine Le Pen (26-27%) et Emmanuel Macron (22-23%) pour finir autour de 19-20%. De quoi donner du grain à moudre aux quelques voix qui estiment qu'il est urgent de trouver un candidat de remplacement. D’autant que comme on l’imagine, les volontaires ne manquent pas. Passons en revue les forces et faiblesses de certains prétendants plus ou moins déclarés.

1.Alain JuppéLe retour par la fenêtre

C’est la fausse bonne idée. Car autant dire au peuple de droite, qui s’est massivement mobilisé lors de la primaire de la droite et du centre pour un candidat au programme sans concession, qu’on va faire revenir par la fenêtre celui qu’il a justement très fermement écarté par son vote. D'ailleurs, invité du JT de TF1, Alain Juppé a écarté cette hypothèse de recours, qui reviendrait de fait à s'asseoir sur le choix des électeurs.

Dans une étude de la Fondation Jean-Jaurès sur cette primaire, les auteurs Jérôme Fourquet et Hervé Le Bras ont montré à quel point Fillon était parvenu à une victoire écrasante en se plaçant au point de rencontre de toutes les sensibilités de la droite, là où Alain Juppé avait fait des impasses disqualifiantes sur de trop larges attentes d’un électorat survolté sur les questions économiques, éducatives et identitaires. La campagne d’Alain Juppé était une campagne de deuxième tour de l’élection présidentielle, consensuelle, libérale et centriste, et non de premier tour de primaire de droite, face à un noyau électorat beaucoup plus conservateur et ferme qu’il ne l’attendait.

Choisir Juppé, c'est aussi l'assurance de faire double-emploi avec les orientations libérales économiques et sociétales d'un Emmanuel Macron, qui prendrait l'ascendant grâce à son positionnement ni droite, ni gauche, qui peut de facto rallier des électeurs des deux bords.

2.Laurent Wauquiez, François Baroin... Ou un autre sarkozyste?

Si remettre la barre au centre avec Alain Juppé couperait les Républicains d'une partie de leur base électorale, faire le choix inverse d'une candidature sarkozyste aurait des effets symétriques, une partie des électeurs de droite se retrouvant alors face à un dilemme entre un vote Le Pen et un vote pour un candidat comme Laurent Wauquiez ou François Baroin, proches d'une ligne sarkozyste. Car les deux prétendants, dont les noms sont chacun lié à un nom de domaine récemment déposé suivi de «2017», tout comme Xavier Bertrand, pourraient rapidement se prendre au jeu et s'imaginer comme un recours.

Lors de ses vœux à la presse, Laurent Wauquiez a, fin janvier, affirmé qu'il ne s'impliquerait pas dans la campagne présidentielle: «En 2017, je ne veux pas entrer au gouvernement. Et je ne fais rien pour y entrer.» Mais c'était il y a quelques jours... François Baroin, qui a pris soin de revenir dans la course aux côtés de François Fillon, a pour lui sa relative jeunesse face à Emmanuel Macron.

3.Gérard LarcherSupprime

A priori, on s'attendrait plutôt à voir Gérard Larcher devenir président de la République en cas de force majeure, en sa qualité de président du Sénat appelé à occuper le poste en cas d'incapacité ou de décès du président élu. Mais Larcher est un soutien de François Fillon, donc dispose d'une certaine légitimité, dans la mesure où les fillonistes historiques sont une espèce plutôt clairsemée dans les allées du pouvoir.

Problème: sa défense maladroite de son champion et de son épouse, empruntant à un registre qui se voulait féministe pour le moins inopportun, laisse songeur quant à sa capacité à parler non à ses homologues grands élus, qui élisent les sénateurs, mais aux électeurs eux-mêmes...

4.Xavier BertrandLe seul à avoir battu Le Pen

Après tout, Libé l'envisageait en décembre dernier lors d'un long reportage sur la méthode du président de la grande région Hauts-de-France, faite de proximité et de style direct, autour de quelques mesures facilement identifiables par les administrés. Sauf que pour le quotidien de gauche, Bertrand, qui a renoncé à être candidat à la primaire de 2017, se réservait pour 2022. Il si le calendrier s'accélérait?

De filiation plus sociale que ses concurrents, Xavier Bertrand a comme gros avantage d'avoir battu Marine Le Pen lors des élections régionales de 2015, un sérieux atout pour convaincre dans une élection où la présidente du FN est annoncée en tête le soir du premier tour, menaçant de faire disparaître la droite républicaine au second.

5.Michèle Alliot-Marie, Henri Guaino... Ou un autre gaulliste?

C’est la seule à avoir candidaté avant même le déclenchement du «PenelopeGate». Michèle Alliot-Marie, représentante de la famille gaulliste à droite, ne s’est pas présentée à la primaire. Il y a quelques jours, la candidate hors parti se voyait demander si elle était prête à aller au bout de sa candidature, ne serait-ce que parce qu’elle doit obtenir 500 parrainages sans l’appui d’une force politique. «C’est une plaisanterie?», rétorquait-elle en une formule désormais rituelle des responsables politiques perçus comme des outsiders.

Déterminée à aller au bout de la campagne, «MAM» pouvait difficilement imaginer tel scénario, l'horizon se dégageant soudainement avec la mise en difficulté du candidat officiel de la droite. Mais ses premiers pas dans l'arène pour tenter de minimiser les affaires qui se rapprochent de l'ancien Premier ministre n'ont pas convaincu, puisqu'à défaut d'un point godwin, elle a choisi de comparer les accusations contre Fillon au «régime de Ceausescu». Les raisons qui rendent cette candidature de substitution peu probable sont plus profondes, la famille gaulliste n'ayant guère d'espace politique pour exister et trop de candidats. Henri Guaino rappelait à la mi-janvier qu'il était lui-même toujours candidat à la présidentielle.

6.Jean-François Copé0,3% des électeurs aiment ça

Si quelqu'un peut éclater de rire face à l'affaire Penelope Fillon, c'est bien Jean-François Copé. Le maire de Meaux avait été épinglé en juillet 2014 pour avoir employé sa femme, Nadia Copé comme assistante parlementaire. Sauf qu'à l'époque, il s'en était sorti sans trop de peine en assumant l'emploi de sa compagne qu'il présentait comme une «militante» convaincue.

De plus, le député et ex-candidat à la présidentielle alimente depuis des années une détestation mutuelle avec l'ancien Premier ministre, depuis leur duel pour la tête de l'UMP en 2012 et les accusations des deux camps lors de l'affaire Bygmalion. «Dire que Fillon nous donnait des leçons de morale!», aurait déclaré Copé, si l'on en croit Le Canard enchaîné, qui explique pourtant que le maire de Meaux semble décidé à ne pas revenir sur le devant de la scène. Peut-être que ses 0,3% à la primaire Les Républicains l'ont aidé à prendre sa décision.

7.Christian ClavierLa droite totale à l'écran?

Au cinéma, il représente la France conservatrice et chrétienne, ce Français angoissé à l'idée que son confort bourgeois ne soit bouleversé par l'arrivée de gendres noirs, arabes ou asiatiques. Dans la vie, on l'a également vu comme soutien de son ami Nicolas Sarkozy et critique de ce qu'il a appelé en 2014 la France «intellichiante». L'acteur, parti vivre en Angleterre à cause de l'étouffement que son parti pris sarkozyste suscitait, va d'ailleurs bientôt faire son retour pour tourner en dérision les «bobos» avec le rôle d'un intellectuel de gauche «forcé» d'accueillir dans sa maison une famille de Roms dans une comédie déjà polémique, À bras ouverts. Avec une sortie prévue le 5 avril, un mois avant la présidentielle, il n'est pas impossible que Christian Clavier (ou son personnage?) joue aussi un rôle dans le débat politique. Et pourquoi pas de premier plan?

8.Cyril HanounaUne base électorale de millions de fanzouzes

Et pourquoi pas «Baba»? L'animateur de «Touche Pas À Mon Poste» peut compter sur 1,5 million de téléspectateurs en moyenne chaque soir et ses 4,4 millions d'abonnés sur Twitter. Il suffit que Baba lance un hashtag pour que ses fanzouzes le portent en haut des sujets les plus discutés sur Twitter. Les politiques «classiques» ne peuvent pas prétendre à une telle visibilité ni une telle influence auprès des Français des classes populaires, dans des configurations de primaires où ces dernières votent très peu.

En ce qui concerne le programme possible du candidat Hanouna, Beppe Grillo de la blague scatophile, il suffit de regarder ses émissions: de la darka (des «délires») à gogo et des cadeaux par milliers. Lors de son marathon télévisuel en octobre dernier, «Baba Noël» a offert des vacances en Tunisie aux 400 personnes présentes dans le public: entre fait du prince, démocratie directe et démagogie assumée, un avenir pour la politique française? On croise les doigts pour voir Hanouna2017.fr surgir sur internet.

Jean-Laurent Cassely
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Vincent Manilève
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