Monde

Pourquoi le terrorisme fait plus peur aux Américains que le port d'armes

Repéré par Emeline Amétis, mis à jour le 01.02.2017 à 14 h 36

Repéré sur Quartz

Pourtant, les attentats y font largement moins de victimes...

SPENCER PLATT / AFP

SPENCER PLATT / AFP

En interdisant temporairement aux résidents de sept pays d’Afrique et du Moyen-Orient l’accès au territoire des Etats-Unis pour «protéger les Américains du terrorisme», Donald Trump a fait preuve, aux yeux de nombreux observateurs, d'un manque de discernement. Et pas seulement parce que cette mesure est discriminatoire…

«Selon le think-tank New America Foundation, les djihadistes ont tué 94 personnes aux États-Unis entre 2005 et 2015. Au cours de cette même période, 301.797 personnes ont été tuées par une arme à feu, d’après Politifact», rapporte Quartz.

«Trump a raison sur au moins une chose: les Américains ont plus peur du terrorisme que des armes à feu, malgré le fait qu’elles soient 3.210 fois plus meurtrières que les attentats.»

Des jugements illogiques

Une équipe de scientifiques de l’université Chapman a mené une enquête sur les craintes des Américains, interrogeant sur plus de trois ans 1.500 adultes sur ce dont ils avaient le plus peur. En 2016, la peur qui se dressait en haut de la liste était «la corruption des responsables gouvernementaux», la même qu’en 2015. Celle qui suit c’est les attaques terroristes. Si la crainte de se faire tuer par une arme à feu n’apparaît pas dans les cinq premières peurs, celle de se voir interdire l’accès aux armes est justement numéro cinq.

«L’une des raisons pour lesquelles les peurs des gens ne sont pas cohérentes avec les risques réels, c’est que nos cerveaux sont conditionnés par l’évolution à faire des jugements rapides qui ne sont pas toujours appuyés sur un raisonnement logique», écrit Quartz.

Une imprévisibilité terrifiante

Sans compter que la peur renforce la mémoire, selon un article de la pédopsychiatre Maia Szalavitz publié dans Psychology Today en 2008: nous nous souvenons plus facilement d’un attentat que d’un accident de voiture. «Résultat, nous surestimons les chances d’événements terribles mais rares et sous-estimons les risques de nos gestes quotidiens», expliquait-elle.

L’imprévisibilité du terrorisme le rend d’autant plus terrifiant, selon Baruch Fischoff, scientifique à l’université Carnegie Mellon:

«Le terrorisme ce n’est pas comme pour un véhicule moteur, où les performances passées prédisent les performances futures. Le terrorisme peut survenir n’importe quand et il n’est pas irrationnel que les gens réagissent différemment à un risque incertain.»

Une exposition médiatique anxiogène

Pour Michael Rothschild, professeur émérite à l’université du Wisconsin —qui a évalué les risques auxquels les Américains font face—, c’est en partie à cause des politiques et de la saturation médiatique que les gens ont aussi peur du terrorisme.  

«Avoir en permanence accès à toutes les images des atrocités dont est capable notre espèce nous rend prompts aux “biais de disponibilité cognitive”, la tendance à donner de l’importance à ce qui vient le plus facilement à l’esprit», explique Quartz.

Après l’attentat au marathon de Boston en 2013, trois scientifiques ont cherché à savoir ce qui avait causé le plus de stress: avoir été témoin de l’explosion ou y avoir été confronté par les médias. Ils ont trouvé que «avoir été exposé à la couverture médiatique continue de cet attentat provoquait un plus haut niveau de stress que d’y avoir été directement exposé.»

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