Égalités / Monde

Le choix de Trump pour la Cour Suprême est une mauvaise nouvelle pour les femmes

Temps de lecture : 3 min

Le nominé de Trump à la Cour Suprême, Neil Gorsuch, a récemment jugé que des entreprises avaient le droit, pour raisons religieuses, de refuser de donner à leurs employés une couverture santé qui rembourse la contraception.

Le juge Neil Gorsuch nommé par Trump à la Cour Suprême le 31 janvier 2017 à Washington. BRENDAN SMIALOWSKI/AFP.
Le juge Neil Gorsuch nommé par Trump à la Cour Suprême le 31 janvier 2017 à Washington. BRENDAN SMIALOWSKI/AFP.

Pendant sa campagne, Donald Trump a plusieurs fois promis de nommer un juge anti-avortement à la Cour Suprême. Avec la nomination du juge Neil Gorsuch le 31 janvier, le président semble tenir sa promesse.

Gorsuch a été nominé pour remplacer Antonin Scalia, le juge conservateur décédé en février 2016. Barack Obama avait nominé Merrick Garland pour le remplacer, mais les Républicains ont refusé d'initier son processus de confirmation. Contrairement à Garland, Gorsuch est un fan absolu de Scalia, qui a toujours voté contre le droit à l'avortement et les droits des personnes LGBT. Gorsuch a raconté que lorsqu'il a appris le décès de Scalia, il était en train de faire du ski et a pleuré pendant toute la descente.

Juste après l'annonce de ce choix par Trump, l'organisation de défense du droit à l'avortement NARAL, a tweeté que Gorsuch «constituait une menace existentielle pour le droit à l'avortement», et le sénateur du Vermont Bernie Sanders a dit qu'il avait fait preuve «d'hostilité envers les droits des femmes.»

«Liberté religieuse»

En effet, même si Gorsuch, jusqu'ici juge d'une cour d'appel fédérale, n'a pas directement statué sur l'avortement, certaines de ses prises de position révèlent un profond conservatisme dans ce domaine.

Le président de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan, a loué le choix de Trump en notant que Gorsuch avait fait preuve d'«un fort engagement en faveur de la vie», une façon de dire qu'il s'agit d'un juge opposé à l'avortement.

De même, Marjorie Dannenfelser, la présidente de l'association anti-IVG Susan B. Anthony List s'est félicitée que Trump «ait tenu sa promesse»:

«Le juge Gorsuch est un juriste distingué et un défenseur de la vie et de la liberté religieuse, comme le montrent ces jugements dans les cas Hobby Lobby et Petites Sœurs des Pauvres.»

Dans les cas cités par Dannenfelser, l'entreprise familiale Hobby Lobby et l'association Petites Soeurs des Pauvres avaient fait des procès pour obtenir le droit de ne pas procurer à leur employés d'assurance maladie qui rembourse la contraception. En effet, procurer des moyens de contraception à leurs employés constituait selon eux une violation de leur «liberté religieuse».

La valeur de la vie

Or, à deux reprises, Gorsuch a défendu le droit de ces entreprises à refuser de procurer une couverture santé qui inclut la contraception (comme l'imposait la réforme de santé d'Obama). Dans un jugement, il parle à ce sujet «d'une pression gouvernementale forçant à remettre en question un article de foi», comme si aider ses employés à avoir des pilules gratuites était une grave trahison de ses croyances.

Dans son jugement, Gorsuch avait aussi écrit que forcer à rembourser la contraception obligeait les employeurs à «garantir le remboursement de médicaments ou d'appareils qui peuvent avoir pour effet de détruire un ovocyte humain fécondé», une description scientifiquement contestable mais souvent utilisé par les opposants de l'IVG.

À 49 ans seulement, Gorsuch n'a pas eu le temps de rendre de nombreux jugements mais un livre qu'il a écrit sur l'euthanasie donne des indices sur ses opinions. Dans L'Avenir du suicide assisté et de l'euthanasie, il prend position contre la légalisation du suicide assisté en expliquant que la vie «a une valeur intrinsèque». Or c'est exactement le genre d'expressions qu'utilisent les «pro-vie» pour critiquer le droit à l'avortement.

Quelle riposte?

Ceci dit, comme le note Vox, le fait qu'il soit probablement personnellement opposé à l'avortement ne veut pas nécessairement dire qu'il votera toujours contre le droit à l'avortement, comme le montre l'exemple du juge Anthony Kennedy.

L'autre épisode qui inquiète les défenseurs des droits des femmes est un cas complexe dans lequel Gorsuch a soutenu le gouverneur d'Utah lorsqu'il voulait éliminer les financements pour un centre médical de Planned Parenthood (une association qui procure divers services médicaux, dont des IVG).

Inscrivez-vous à la newsletter de SlateInscrivez-vous à la newsletter de Slate

Les démocrates sont à présent divisés sur la position à adopter face à ce choix: soit faire obstruction contre ce juge (et risquer que les républicains ne se vengent en changeant les règles du filibuster) ou se concentrer sur l'obstruction au Sénat de certains ministres choisis par Trump, notamment celui de la Justice, du Trésor, de la Santé et des Affaires étrangères.

Newsletters

Comment filmer les féminicides?

Comment filmer les féminicides?

Entre «La Nuit du 12», «Les Nuits de Mashhad» et «Riposte féministe», tous trois présentés au Festival de Cannes, plusieurs visions et représentations de la violence sexiste s'opposent.

Les journalistes afghans se masquent en solidarité avec leurs consœurs

Les journalistes afghans se masquent en solidarité avec leurs consœurs

Les talibans exigent désormais que les journalistes femmes se dissimulent le visage.

Pour Libusha Reich Breder, l'après-Auschwitz était «encore pire»

Pour Libusha Reich Breder, l'après-Auschwitz était «encore pire»

Cette survivante qui figurait parmi les 999 premières déportées d'Auschwitz voulait «vivre 120 ans pour en parler le plus longtemps possible».

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio