France

Comment faut-il comprendre la défense du couple Fillon?

Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 01.02.2017 à 10 h 53

Depuis les révélations du Canard enchaîné le 25 janvier concernant un potentiel emploi fictif de Penelope Fillon, la ligne de défense du candidat à l'élection présidentielle a évolué.

Pierre CONSTANT / POOL / AFP

Pierre CONSTANT / POOL / AFP

Le couple Fillon va-t-il devoir retourner devant les enquêteurs? Le 30 janvier, François et Penelope Fillon ont été auditionnés séparément pendant cinq heures sur les soupçons d'emplois fictifs qui pèsent sur le couple depuis les premières révélations du Canard Enchaîné cinq jours auparavant. Mais le jour suivant, les enquêteurs de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) étaient au sein de l'Assemblée nationale pour se faire remettre des documents utiles à l'enquête. Sous la Ve République, il n'y a eu que six perquisitions au sein du Palais Bourbon.

Cette visite a prouvé aux enquêteurs que Penelope Fillon ne disposait «ni de badge d'accès, ni de messagerie électronique spécifique, lorsqu’elle était assistante parlementaire de son mari, entre 1998 et 2007» selon des informations du Parisien. Ce à quoi François Fillon n'a pas encore répondu, les deux n'étant pas nécessairement une pratique généralisée à tous.

La nouvelle édition de ce mercredi 1er février du Canard enchaîné affirme que François Fillon a employé deux de ses enfants au Sénat comme assistants parlementaires pendant deux ans, entre 2005 et 2007. Pour 84.000 euros brut.  

Les sommes que Penelope Fillon a reçues comme assistante parlementaire et pour son travail au sein de la Revue des Deux Mondes s'élèvent en réalité à 900.000 euros, selon l'hebdomadaire. Ce mardi matin, Mediapart a également affirmé qu'«un pilier de l’équipe Fillon était salarié par Ladreit de Lacharrière», le propriétaire de la Revue des deux mondes, sans laisser a priori de trace de son travail. Et l'émission «Envoyé Spécial» promet déjà de nouvelles révélations pour ce jeudi soir.

«La misogynie, ce n'est pas du droit»

Cette suite d'informations pourrait fragiliser un peu plus la défense du candidat du parti Les Républicains à l'élection présidentielle. Depuis mercredi dernier et l'ouverture d'une enquête du Parquet national financier pour savoir si Penelope Fillon a bien travaillé comme attachée parlementaire, les déclarations de l'ancien Premier ministre ont bien évolué. Ce dernier a tout d'abord indiqué qu'il ne ferait «pas de commentaire, car il n'y a rien à commenter» avant de se dire «scandalisé par le mépris et la misogynie de cet article». Mais lorsque le Parquet financier a décrété l'ouverture d'une enquête le jour-même, François Fillon a contre-attaqué sur TF1:

«Elle a corrigé mes discours, elle a reçu d'innombrables personnes que je voulais voir et ne pouvais pas voir. Elle m'a représenté dans des manifestations, dans des associations. Elle me faisait la synthèse de la presse.»

«La misogynie, ce n'est pas du droit, estime Me Daoud Achour, avocat spécialisé dans le droit public et pénal. Il y a peu d'arguments juridiques dans sa défense mais pour l'instant, il ne doit apporter la réponse juridique qu'aux enquêteurs. Il n'a pas à l'apporter aux médias».

Depuis le début de l'affaire, les soutiens de François Fillon orientent la défense sur le flou qui entoure le travail d'assistant parlementaire. Son avocat, Me Antonin Lévy, a déclaré que le travail de collaborateur parlementaire n'est pas «de fournir des notes à ses députés»:

«C'est pas (…) de faire des documents de synthèse, c'est parfois quelque chose de moins tangible, de moins matériel, mais qui pour autant est tout aussi réel».

Pour Me Daoud Achour, la défense de François Fillon se tient «de ce point de vue». «Il n'y a pas de fonction définie de l'assistant parlementaire. Et ça laisse donc la possibilité sur de nombreuses définitions, explique-t-il. On peut estimer qu'assistant parlementaire, c'est organiser des déplacements en province. C'est assez vague.»

«Montrer des preuves concrètes de travail»

Du point de vue de Me Daoud Achour, le «seul angle de défense possible, c'est l'actuel: démontrer qu'il y a eu une vraie prestation. L'infraction, cela peut concerner l'élément moral et matériel. Pour pouvoir faire disparaître l'infraction, il faut démontrer qu'il n'y a pas d'élements moral et matériel. La bonne défense, c'est de dire qu'on a des preuves concrètes de travail».

En tant qu'avocate au barreau de Paris, Muriel Bodin ne souscrit pas à la défense de François Fillon. «Si on occulte les faits, la majorité des gens veulent savoir si c'est vrai ou pas. Et si on ne répond pas sur cela, c'est que c'est vrai a contrario. Ce n'est pas une défense en soi, ce n'est pas ce qu'un magistrat peut entendre. Ni ce que des électeurs peuvent entendre», estime l'avocate.

François Fillon avait déclaré que «les niveaux de rémunération» évoqués par le Canard Enchaîné étaient «faux» dans le JDD. Il précisait qu'il avait transmis des éléments à la justice: «Des bulletins de salaire notamment, pour établir les montants et les dates». Cependant, les enquêteurs ont cherché lors de leur perquisition à l'Assemblée nationale les contrats de travail de Penelope Fillon «qui ne les a plus», révèle France Inter.

«Il ne nie pas les faits en eux-mêmes»

Et c'est peu dire que François Fillon s'est pris les pieds dans le tapis lorsqu'il a par exemple indiqué qu'il avait rémunéré ses enfants lorsqu'ils étaient avocats lors du journal de TF1. Alors que ses enfants ne l'étaient pas encore à cet âge. Ou encore lorsque son avocat a indiqué sur RTL que François Fillon «n'avait pas de permanence en tant que député. Cette permanence se situait au domicile des Fillon». Or, l'IRFM pour chaque député (l'indemnité représentative de frais de mandat, de 5.770 euros brut par mois) sert principalement à couvrir les frais liés à la permanence, comme le rappelle Le Lab.

Me Muriel Bodin pense, elle, que François Fillon «ne nie pas les faits en eux-mêmes»:

«Il nie la façon et le moment où ça se produit. Qu'on vienne le cueillir au moment où il prône la sévérité sur les délinquants, c'est assez ironique mais ce n'est pas une défense en soi. La meilleure défense, c'est de dire “j'étais dans le système mais je vais le réformer si je suis élu. Et je ferais en sorte que ça ne puisse se reproduire”».

Pour l'heure, le candidat dénonce surtout les «boules puantes» qui veulent nuire à sa candidature, promettant de se retirer de la course à la présidentielle s'il est mis en examen. De quoi galvaniser ses partisans, comme lors du meeting de La Villette dimanche dernier.

Nul doute que François Fillon aura à cœur d'affiner un peu plus sa défense en recevant ce mercredi 1er février à son QG l'ensemble des parlementaires Les Républicains. En attendant le verdict des Français. Selon un sondage de l’institut Elabe pour BFMTV publié ce mardi, 76% des Français n'ont pas été convaincus par sa défense.

Christophe-Cécil Garnier
Christophe-Cécil Garnier (51 articles)
Journaliste à Slate.fr
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