Monde

Sida: le calvaire des homosexuels africains

Pierre Malet, mis à jour le 28.11.2009 à 12 h 28

Les homosexuels africains ne bénéficient d'aucune aide et d'aucun secours dans la prévention du sida.

Longtemps, le principal obstacle au soin des séropositifs en Afrique a été le manque de moyens. Les génériques étaient accessibles dans un faible nombre de pays. Même la puissante Afrique du Sud avait pris un retard considérable dans le traitement de la maladie. Puisque son Président Thabo Mbeki niait l'efficacité des traitements et ne faisait rien pour que son pays se procure des génériques. Alors même que l'Afrique du Sud était la nation la plus touchée au monde par la pandémie.

Mais aujourd'hui, le principal obstacle n'est plus seulement financier. Il est bien davantage lié aux mentalités. Ainsi, les homosexuels africains sont souvent les parents pauvres de la politique de prévention. Les ONG qui tentent de leur venir en aide travaillent dans des conditions très difficiles. Dans la moitié des pays du continent noir, l'homosexualité est toujours considérée comme un crime passible de prison ferme. Même dans un pays comme le Sénégal -réputé pour sa tolérance-, un homosexuel risque jusqu'à cinq ans de prison. Une cour a d'ailleurs récemment condamné des homosexuels à huit ans de prison, allant bien au-delà du réquisitoire du procureur. Dès lors les homosexuels se cachent. Comme le souligne le quotidien sénégalais Walfadjri, «la plupart d'entre eux sont mariés» car  la pression sociale est telle qu'ils ne peuvent afficher au grand jour leurs préférences sexuelles.

Depuis peu, une ONG tente de venir en aide aux homosexuels séropositifs au Sénégal, mais elle travaille dans la clandestinité. «Nous n'organisons jamais deux fois de suite des réunions au même endroit» explique l'un des dirigeants de cette ONG, qui tient à garder l'anonymat.

Beaucoup de populations considèrent encore le Sida comme un «châtiment divin». La plupart des séropositifs préfèrent cacher leur statut. A plus forte raison, s'ils sont homosexuels. Ainsi dans la ville de Louga, dans le nord du Sénégal, il existe un centre de dépistage. Mais aucune indication n'est fournie quant à la maladie qu'il s'agit de découvrir. Quand on lui demande si des homosexuels se font soigner, Souleymane, l'un des notables de Louga s'indigne: «Mais il n'y a pas d'homosexuels dans notre ville. L'Islam nous protège de ce genre de perversion. C'est uniquement à Dakar que cela peut exister. A cause des contacts répétés avec l'Occident».

A la question: «Quelle pourrait être la réaction de la ville, si jamais l'on découvrait des homosexuels», il répond: «l'homosexuel serait tout simplement mis au banc de la communauté. Il n'existerait plus pour les autres. Il serait hors de l'Islam».

Un jugement d'extrémiste? Sans doute, mais dans sa communauté cet homme est plutôt considéré comme un «modéré». La «punition» qu'il imagine est une «version soft» de ce qui pourrait arriver. Cette année à Dakar, des hommes suspectés d'homosexualité ont failli être lynchés par la foule. Ils n'ont dû leur salut qu'à une intervention de la police. D'autre part, dans la région de Dakar, des cadavres ont été déterrés et jetés dans la rue. Les morts étaient suspectés d'avoir été homosexuels.

Lorsque des organisations de défense des droits de l'homme étrangères font part de leur indignation et réclament le respect des droits des minorités sexuelles, la réaction de l'opinion publique locale est très violente. Des médias accusent l'Occident de vouloir imposer ses mœurs « dépravés » à l'Afrique.

En matière d'homophobie, les dirigeants politiques ne sont pas en reste. Le président gambien, Yaya Jammeh a donné «24 heures aux homosexuels et autres criminels pour quitter le pays». «Sinon les contrevenants se feront...couper la tête» a-t-il ajouté.

Robert Mugabe, le président zimbabwéen s'est lui aussi fait une spécialité des diatribes homophobes. Il présente l'homosexualité comme une «maladie occidentale», reprenant ainsi une thèse très populaire en Afrique: l'idée selon laquelle l'homosexualité aurait été «importée» par les Occidentaux sur le continent noir. Et que ces pratiques seraient étrangères à la culture africaine. Une théorie qui tient du fantasme comme le souligne le mensuel africain Continental. Ce titre souligne que des sociétés traditionnelles africaines acceptaient l'homosexualité, notamment au Cameroun.

En Afrique, les défenseurs des droits des homosexuels sont extrêmement rares. Cheikh Ibrahima Niang, professeur d'anthropologie sociale à l'université de Dakar a récemment fait sensation au Sénégal en défendant les droits des homosexuels. Mais il était bien isolé dans son pays. Il sait que le combat pour la reconnaissance de leurs droits est loin d'être gagné. Cheikh Ibrahma Niang constate même une montée de l'homophobie: «Il y a toujours eu des courants homophobes dans la société sénégalaise, mais ils deviennent de plus en plus forts» souligne-t-il. Cette montée de l'homophobie est instrumentalisée par des Imams radicaux, trop contents de dénoncer les «ravages moraux provoqués par l'occidentalisation de la société».

Dès lors, les homosexuels séropositifs se cachent plus que jamais. Leur famille et leurs proches ignorent tout de leur condition. C'est le seul moyen pour eux de continuer à vivre normalement. Et de ne pas risquer leur vie.

Pierre Malet

Image de une: Reuters

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