Monde

Les manifestations anti-Trump sont d'une ampleur inédite depuis la guerre du Vietnam

Daniel Vernet, mis à jour le 31.01.2017 à 17 h 10

Le président américain a déjà des centaines de milliers d'Américains dans la rue.

La Women's March à Washington, le 21 janvier 2017 I Joshua LOTT / AFP

La Women's March à Washington, le 21 janvier 2017 I Joshua LOTT / AFP

1600 Pennsylvania Avenue, Washington DC. C’est l’adresse officielle de la Maison-Blanche. Devant les grilles, quelques manifestants campent en permanence, bravant tour à tour le froid, la canicule, la fatigue, pour brandir leur pancarte qui exige la paix, l’amour, la défense de l’environnement, le droit à la vie ou à l’avortement… Certains font le siège du président américain depuis des années. La doyenne des manifestantes de Pennsylvania Avenue est morte, il y a un an. Concepcion Picciotto, dite Connie, protestait depuis trente-cinq ans contre la prolifération nucléaire, la guerre et les violences faites aux enfants.

La police les surveille du coin de l’œil et n’évacue les lieux que dans des circonstances exceptionnelles. Les contestataires reprennent leur place à la première occasion. Ils ont le droit d’être là, premier amendement oblige qui garantit la liberté de manifestation.

Ironie de l’histoire, ils n’ont que l’avenue à traverser pour protester contre Donald Trump qui a inauguré un nouvel hôtel de luxe, dans l’ancienne poste de la capitale américaine, quelques jours avant son investiture. On disait même que le nouveau président songeait à habiter «chez lui» avant de trouver quelques charmes à la Maison-Blanche.

Tea party et pro-Life

Mais ce ne sont pas les porteurs de pancartes isolés de Pennsylvania venue que doit craindre Donald Trump. Son problème est plus vaste, dans les manifestations qui se multiplient aux États-Unis –et ailleurs dans le monde– contre les premières décisions annoncées à la chaîne dans les premiers jours de sa présidence. Le coup d’envoi des protestations a été donné dès le lendemain de son investiture. Samedi 21 janvier, une «marche des femmes» a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes à Washington et dans d’autres grandes villes américaines. On parle de trois millions de manifestantes et manifestants. Peut-être les plus grands rassemblements que les États-Unis aient connus dans leur histoire récente. Les protestations ont été relancées par le décret interdisant l’entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays musulmans.

Les Américains descendent volontiers dans la rue pour faire entendre leur voix, protester contre des injustices, défendre l’environnement, dénoncer une clinique qui refuse les interruptions de grossesse ou au contraire contre un médecin qui les pratique. Manifester n’est pas une spécialité des libéraux ou des progressistes. La droite y voit aussi un moyen d’expression. En 2009, le Tea Party a réuni des milliers de personnes dans les villes américaines pour dénoncer la politique de Barack Obama et faire pression sur le Parti républicain qu’il trouvait trop mou dans son opposition au premier noir des États-Unis. Au lendemain de la «marche des femmes», le mouvement pro-life a réuni ses partisans à Washington. Pour la première fois, un vice-président américain, Mike Pence, a pris la parole devant les opposants à l’avortement.

Au cours de l’année 2014, de nombreux rassemblements ont eu lieu à travers le pays après des «bavures» policières qui ont coûté la vie à plusieurs jeunes Noirs, à Ferguson (Missouri), New York, Charleston (Caroline du sud), Bâton-Rouge (Louisiane), Cleveland (Ohio). Derrière le mot d’ordre Black Lives Matter (les voies noires comptent), le mouvement rappelle la mobilisation des années 1960 pour les droits civiques, sans pour autant en atteindre l’ampleur.

Les marches contre le Vietnam

Pour trouver un précédent à la «marche des femmes» et aux manifestations qui se poursuivent contre Donald Trump dans les grandes villes américaines il faut remonter à l’époque de la guerre au Vietnam. L’entrée officielle des États-Unis dans la guerre, en 1964 au Nord-Vietnam, l’année suivante au Sud, a provoqué des manifestations monstres où l’opposition à la guerre, renforcée par la conscription qui expédiait les boys en Indochine, se mêlait à la dénonciation du capitalisme et la subversion des valeurs bourgeoises du mouvement Peace and Love.

 Le 3 mai 1971 a eu lieu la plus grande manifestation qui a réuni plus d’un demi-million de personnes à Washington, point d’orgue de l’agitation qui dépassait largement les universités.

Il est trop tôt pour savoir si les manifestations anti-Trump peuvent être comparées aux mouvements vieux d’un demi-siècle. Le nombre est impressionnant mais le débouché politique reste incertain. Les démocrates, qui ont subi une défaite cuisante le 9 novembre dernier aux élections présidentielles et aux élections du Congrès, sont à la recherche d’un nouveau départ. Ils regardent l’expérience du Tea Party qui s’est construit à partir de la base, avec des comités décentralisés qui ont exercé d’abord des pressions sur les élus locaux avant de se tourner vers leurs représentants à Washington. Une manière de capitaliser sur les manifestations anti-Trump et de limiter les «dégâts» à un seul mandat de quatre ans.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (435 articles)
Journaliste
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