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Le décret anti-immigration de Trump s’aligne de manière bien pratique avec ses intérêts commerciaux

Temps de lecture : 4 min

Ne cherchez pas l'Arabie Saoudite ou les Émirats Arabes Unis dans la liste.

Donald Trump, le 26 juin 2017 à Washington, part pour Philadelphie |
Brendan Smialowski / AFP
Donald Trump, le 26 juin 2017 à Washington, part pour Philadelphie | Brendan Smialowski / AFP
Mise à jour: le lundi 6 mars 2017, l'administration Trump publie un nouveau décret qui, comparé au précédent attaqué en justice, retire l'Irak de la liste.

On peut trouver un bon paquet de termes pour qualifier le décret de Trump qui vise à interdire l’immigration des musulmans: il est inquiétant, anti-américain, inhumain, contre-productif et probablement anticonstitutionnel, pour commencer. Or, lorsqu’on regarde de plus près la liste des pays que Trump a choisi de viser, on peut se poser une autre sorte de question: le président a-t-il élaboré ce décret afin de protéger spécifiquement ses intérêts financiers et ceux de sa famille à l’étranger?

Il n’y a pas de réponse tranchée—difficile d’imputer des motivations avec certitude —mais il n’en est pas moins logique de s'interroger étant donné que Trump et sa famille n’ont que très peu ou pas d’intérêts financiers connus dans les sept pays à prédominance musulmane qu’il a désignés: la Syrie, l’Irak, l’Iran, le Soudan, la Somalie, le Yémen et la Libye. En revanche, on ne peut en dire autant d’un certain nombre d'autres pays à prédominance musulmane dont on serait fondé à croire qu’ils auraient leur place sur la liste compte tenu de ce que nous savons de la logique affichée (et tordue) motivant la décision de Trump.

Et l'Arabie Saoudite? Et les Émirats Arabes Unis?

Parmi les pays à forte densité de population musulmane qui ne sont pas directement affectés par l’interdiction figure la Turquie, où Trump a vendu son nom à deux tours de luxe à Istanbul ainsi qu’à un fabricant de meubles; les Émirats Arabes Unis, où l’on peut voir s'afficher le nom de Trump sur un parcours de golf de Dubaï et un complexe résidentiel de luxe; l’Arabie Saoudite, où la Trump Organization possède plusieurs sociétés qui ont probablement été créées dans le cadre d’un potentiel accord pour des hôtels à Jeddah, la deuxième plus grande ville du pays; l’Égypte, où au moins deux entreprises dans son portefeuille laissent penser qu’il a eu des intérêts commerciaux à un moment donné; l’Azerbaïdjan, où Trump a donné son nom à un condotel dans une tour encore en chantier, et l’Indonésie, où Trump Hotels envisage d’ouvrir deux propriétés.

Aujourd’hui, Trump prétend que ce décret dont on peut clairement retracer l’origine au Muslim ban qu’il a claironné pendant sa campagne «n’est pas une interdiction de territoire aux musulmans». Mais quand bien même mettrions-nous un instant notre scepticisme de côté, son objectif déclaré—«protéger le peuple américain des attaques terroristes commises par des étrangers autorisés à entrer aux États-Unis»—ne donne une explication que très marginalement plus cohérente. Pas le moindre ressortissant d’aucun des sept pays directement affectés par son interdiction n’a été à ce qu’on sache responsable d’un attentat terroriste mortel sur le sol américain depuis plus de vingt ans. Aucun. Zéro. Que dalle. Et, encore une fois, on ne peut en dire autant des pays qui ne font pas partie de la liste.

À eux trois, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et l’Égypte ont fourni 18 des 19 pirates de l’air responsables des attentats du 11-Septembre, attaques que le président a spécifiquement citées dans son décret imposant une interdiction de territoire qui n’affecte aucun de ces trois pays. D’un autre côté, des données rassemblées par le Cato Institute révèlent que l’écrasante majorité—94,1%—des terroristes d'origine étrangère ayant tué des Américains aux États-Unis entre 1975 et 2015 en étaient justement originaires. La Turquie est également épargnée par le décret de Trump, alors que la semaine dernière, le département d’État a officiellement mis en garde les voyageurs américains contre «des menaces accrues de la part de groupes terroristes» dans ce pays.

Et la déontologie?

Ceci dit, il convient de souligner que Trump n’a pas sorti de nulle part les noms des sept pays inscrits sur la liste des parias. Son décret cite une loi sur les visas qui existait déjà, votée par le Congrès en décembre 2015 après l’attentat terroriste de San Bernardino. Cette loi, appelée Visa Waiver Program Improvement and Terrorist Travel Prevention Act, restreignait l’accès à un programme de dispense de visa permettant aux ressortissants de 38 pays, principalement européens, de se rendre aux États-Unis pour une période de 90 jours maximum sans faire de demande de visa. Cette loi de 2015, votée par les deux camps malgré les inquiétudes émises, entre autres, par le groupe de défense des droits civiques ACLU, excluait les personnes qui auraient pu prétendre à cette dispense de visa lorsqu’elles avaient fait un séjour en Iran, en Irak, en Syrie ou au Soudan au cours des cinq dernières années. Plusieurs mois plus tard, l’administration Obama a élargi la liste de ces pays pour y inclure la Lybie, la Somalie et le Yémen. Additionnez-les et vous obtiendrez les sept pays malchanceux de la liste de Trump. Certes, Trump leur impose désormais des mesures bien plus draconiennes, mais disons qu'il n’est pas le seul à s’appuyer sur des décisions apparemment arbitraires pour distinguer certains pays musulmans suite à des soupçons de terrorisme.

Nous n’avons tout bonnement aucun moyen de savoir si Trump a intentionnellement agi dans son propre intérêt économique en choisissant certains pays et pas d’autres. Mais ses motivations mises à part, il est clair que son décret s’aligne de manière bien pratique avec ses propres intérêts commerciaux. Le président aurait pu éviter les apparences de ce type de conflits d’intérêts en se séparant de son immense empire commercial, comme le requéraient les experts en déontologie. Mais il ne l’a pas fait. Et moins de deux semaines après sa prise de fonction, ses intérêts financiers personnels se confondent déjà avec les objectifs de politique étrangère de son administration jusqu'à même, sous bien des aspects, devenir impossibles à différencier.

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