Science & santé

«J'ai perdu un morceau de moi dans cette histoire»

Lucile Bellan, mis à jour le 31.01.2017 à 11 h 42

Cette semaine, Lucile conseille Cyr, une femme hantée par l'homme qui l'a quittée.

Le cauchemar | de Henry Fuseli via Wikimedia CC License by

Le cauchemar | de Henry Fuseli via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.
Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse:[email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Voici un an que mon amant m'a rayé de sa vie du jour au lendemain, froidement, pour préserver son couple.

Ce n'était pas son premier écart (petits mensonges, grandes omissions, faux plans, promesses en l'air) mais on partageait beaucoup (ou je le croyais). Il était très présent dans ma vie et notre alchimie sexuelle très forte. Celle-là, je ne l'ai pas vu venir.

Il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à lui. Le sentiment dominant varie, tantôt la déception (j'espérais compter un peu pour lui), tantôt la colère (comment a t-il osé?), tantôt la culpabilité (c'est vrai, son couple...), tantôt le manque et la tristesse. Je n'arrive pas à tourner la page, à cesser d'espérer quelque chose, alors même que je sais que rien n'arrivera et que c'est d'ailleurs pour le mieux car il m'a trop fait de mal. 

Probablement souhaiterais-je obtenir des réponses –Qui étais-je pour lui tout compte fait? Était-ce du vent depuis toujours? Pourquoi ce revirement brutal?–, mais ce qui me tourmente c'est de présumer que ces réponses me déplairaient profondément et que, surtout, je ne les aurai jamais.

Comment puis-je me débarrasser aujourd'hui de ces pensées qui vont, viennent, reviennent, dans lesquelles je joue et rejoue mentalement des confrontations qui n'auront jamais lieu?

J'ai perdu un morceau de moi dans cette histoire.

Cyr

Chère Cyr,

En plus de la douleur de la séparation, vous avez dû endurer celle du silence. Ce sont les ruptures les plus cruelles car elles laissent à celui qui en souffre toute la place pour l’imagination. Imaginer les sentiments, imaginer des scènes fantomatiques qui ne résoudront rien, imaginer les raisons. Avec l’égo en miette de l’abandon, ces scénarios et ces mots sont rarement en votre faveur. Comme si le silence ouvrait la porte à une tornade de dépréciation qui n’attendait que ça pour s’exprimer.

Vous devez accepter de ne plus dialoguer avec un fantôme. Puisque la vérité c’est que vous avez remplacé sa présence par une absence étouffante

Je veux bien croire que vous avez perdu un morceau de vous dans cette histoire. Vous avez perdu la confiance. Vous avez donné et vous avez été flouée. Certain vous diraient que c’est le prix à payer pour s’engager avec un homme marié mais je ne le pense pas. Personne ne mérite d’être traité comme l’option dont on peut se dégager à tout moment. Et cette absence de respect, pour vous mais aussi pour les moments et le temps partagés ensemble, il en est le seul responsable.

C’est un deuil que vous devez faire, celui du sentiment d’inachevé, celui de l’homme que vous aviez cru qu’il était, celui de la relation que vous avez cru que vous aviez. C’est accepter que vous avez été trompée. Vous devez accepter de ne plus dialoguer avec un fantôme. Puisque la vérité c’est que vous avez remplacé sa présence par une absence étouffante. Il n’est plus là mais il n’est jamais vraiment absent. Et c’est cette fois à vous de faire le geste, de le laisser partir.

Si le temps peine à faire son office, refusez fermement de vous laisser aller dans ce monologue stérile que vous avez avec vous-même. Soyez en colère contre lui et contre vous. Ce n’est plus l’heure de se poser des questions, les questions se sont évanouies dans l’air il y a des mois de ça. C’est le moment des sentiments francs et sains. L’indignation et la colère avant que n’arrive la résignation et que puisse commencer la reconstruction. Il n’y a pas d’explication à ce geste cruel, je peux vous l’assurer. Hormis un manque de sentiment, de respect et de courage. Et même s’il l’admettait un jour, son départ est la preuve qu’il n’a aucune volonté de changer.

Laissez la place à quelqu’un d’autre, Cyr. Tous ne sont pas comme lui. Et, puisqu’il ne mérite même pas un infime pourcentage de votre souffrance, soyez heureuse, enfin.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (153 articles)
Journaliste
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