Monde

Le décret anti-immigration de Donald Trump est-il une première dans l'histoire?

Camille Belsoeur, mis à jour le 31.01.2017 à 10 h 57

Le président américain a signé le 27 janvier un décret qui interdit l'entrée sur le territoire national aux ressortissants de sept pays du monde musulman.

Le président Donald Trump et son équipe à la Maison-Blanche, le 30 janvier 2017. NICHOLAS KAMM / AFP

Le président Donald Trump et son équipe à la Maison-Blanche, le 30 janvier 2017. NICHOLAS KAMM / AFP

Depuis son investiture à la Maison-Blanche, Donald Trump signe beaucoup de décrets chocs. Sa décision de priver de soutien financier les ONG qui soutiennent l'avortement à travers le monde avait déjà soulevé un tollé sur le sol américain. Mais le 45e président américain a frappé de manière encore plus brutale en annonçant vendredi 27 janvier l'interdiction d'entrée sur le territoire national pour les ressortissants de sept pays majoritairement musulmans (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) pendant quatre-vingt-dix jours.

Plus radical encore, tous les individus détenteurs d'un visa en cours et déjà présents sur le sol américain sont également expulsables après la signature de ce décret –les possesseurs d'une carte verte étaient également concernés mais le gouvernement a décidé de faire marche arrière sur ce point. 

Pour l'ancien secrétaire d'État britannique, David Miliband, ce décret n'est rien de moins qu'«une répudiation des valeurs fondamentales américaines, un abandon du rôle majeur des États-Unis dans l'humanitaire et, plutôt qu'un rempart contre l'extrémisme, un cadeau de propagande pour ceux qui veulent nuire à l’Amérique», a t-il écrit dans le New York Times

«Ce passeport est valide dans tous les pays du monde à l'exception d'Israël»

Donald Trump a justifié cette mesure radicale à sa façon sur le réseau social Twitter en affirmant: «Notre pays a besoin de frontières solides avec des contrôles minutieux. Regardez ce qu'il se passe partout en Europe et également dans le monde, un horrible désordre!»

Mais cette mise au ban de sept pays par la Maison-Blanche est-elle une première dans l'histoire? 

«On avait déjà vu de telles mesures concernant des ressortissants de pays spécifiques interdits de visas dans le contexte d'épidémies, comme avec le virus Ebola par exemple, lorsqu'il y a deux ans le Maroc avait interdit l'entrée sur son territoire à tous les citoyens des pays concernés. Mais on n'a jamais vu une mesure identique dans son ampleur à celle décidée par Trump», explique Florence Kim, porte-parole de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM)

De nombreux pays à travers le monde refusent également d'accorder des visas à des ressortissants originaires d'États qu'ils ne reconnaissent pas. Il y a ainsi une quinzaine de pays à travers le monde qui interdisent l'entrée sur leur territoire de titulaires du passeport israélien, dont le Liban, la Malaisie ou le Pakistan. La réciprocité existe puisque Isräel interdit aux voyageurs pakistanais de se rendre sur son territoire. «Ce passeport est valide dans tous les pays du monde à l'exception d'Israël», indique même le document d'identité pakistanais

«Il y a également des interdits physiques envers les migrants dans plusieurs régions du monde, indique Florence Kim de l'OIM. Comme lorsque la Hongrie interdit toute entrée de réfugiées sur son territoire en construisant un mur. Mais dans ce cas de figure, il n'y a pas de ressortissants de pays spécifiques qui sont concernés.» 

Une autre politique anti-migratoire que le président américain veut également mettre en place avec son projet de mur à la frontière avec la Mexique, dont il a fait une promesse centrale de sa campagne. 

Les soldats américains vont-ils quitter l'Irak?

Deux des sept pays visés par l'interdiction de visas des États-Unis, l'Iran et l'Irak, ont déjà annoncé qu'ils appliqueraient la même mesure à l'attention des citoyens américains. L'enjeu géopolitique est très fort en Irak puisque environ 4.800 soldats américains y sont présents, principalement pour soutenir les troupes locales dans leur combat face à l'État islamique dans la ville de Mossoul. 

Les députés irakiens ont voté lundi 30 janvier une motion appelant le gouvernement à appliquer la réciprocité avec les États-Unis si Washington ne revenait pas sur sa décision de suspendre l'entrée des citoyens irakiens, selon l'AFP.

«Le Parlement a voté à la majorité pour demander au gouvernement et au ministère des Affaires étrangères d'appliquer la réciprocité», a affirmé le député Hakem al-Zamili. Mais, «nous espérons que l'administration américaine va reconsidérer sa décision», a indiqué un autre député, Sadiq al-Laban.

En Iran cette décision est déjà confirmée. 

«En cas d'interdiction spécifique de visas émise par un pays, la réciprocité est quelque chose de courant, note Chloé Maurel, chercheuse spécialiste des questions migratoires. Ce n'est pas une surprise que l'Iran ait annoncé cette mesure, le gouvernement de Donald Trump devait le savoir.» 

Le décret de Donald Trump pourrait donc être le point de départ du partie de domino mondiale sur la question des visas.

Camille Belsoeur
Camille Belsoeur (127 articles)
Journaliste
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