Monde

«C'est une décision digne d'un dictateur, je ne comprends pas. Trump a ruiné ma vie»

Xavier Ridel, mis à jour le 31.01.2017 à 12 h 48

Le président a interdit aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane de se rendre aux États-Unis. Ils en ont été les premières victimes.

JFK protests against Trump's muslim ban | Beverly Yuen Thompson via Flickr CC License by

JFK protests against Trump's muslim ban | Beverly Yuen Thompson via Flickr CC License by

La décision de Trump d'empêcher la venue des ressortissants de sept pays à majorité musulmane suscite de très nombreuses critiques aux États-Unis et à l'étranger. Les premiers récits de voyageurs empêchés d'embarquer ou arrêtés aux aéroports donnent un visage à une mesure que la justice a suspendu ce samedi 28 janvier.

Le cas d'Hameed Khalid Darweesh a beaucoup fait parler de lui. L'homme a travaillé pendant plus d’une décennie pour l'armée américaine en Irak, notamment comme interprète. Il a été placé en détention pendant dix-neuf heures, avant d’être libéré. Le lieutenant Brandon Friedman qui a opéré à ses côtés sur le terrain a critiqué l'arrestation, déclarant notamment: «Il n'y a pas beaucoup d'Américains qui ont autant fait pour ce pays que lui.» À sa sortie, Hameed Khalid Darweesh a déclaré ne pas être en colère, félicitant le travail de ses avocats et ajoutant au passage: «C'est ça l'Amérique.»

Amir, Irakien, vit à New York depuis six ans. Interrogé à l’aéroport de New York, l’étudiant a raconté qu’il attendait trois de ses amis partis rendre visite à leurs parents : «On n'a toujours pas de nouvelles, explique-t-il. C'est terrible, car on ne peut rien faire, seulement attendre. Je vis à New York depuis six ans et, aujourd'hui, je ne sais même pas si je vais pouvoir rester aux États-Unis.» 

Maryam, 44 ans, originaire d’Iran, a été empêchée de prendre son vol alors qu’elle venait d’obtenir sa carte verte. Elle attendait cette dernière depuis quatorze ans, et avait vendu sa maison afin de partir aux États-Unis. 

Seyed Soheil Saeedi Saravi a été interdit de rentrer à Boston, son visa ayant été suspendu pour une «durée indéterminée». Pourtant, le jeune Iranien étudie à Harvard, université dans laquelle il a obtenu un prix pour ses recherches sur la médecine cardiovasculaire. Son professeur, Thomas Michel, déclarait à ce propos au New York Times: «Cet exceptionnel jeune scientifique a un énorme potentiel pour contribuer à nos recherches sur les maladies du cœur, et son cas a déjà été examiné de près.»

Le Boston Globe rapporte également l'histoire de Samira Asgari, une doctorante iranienne. Venue à Boston avec son conjoint pour un projet à l'école de médecine Harvard, elle s'est vue refuser l'entrée sur le territoire américain.

Daria Zeynalia possède une carte verte. En Iran pour rendre visite à sa famille, il craint d'être bloqué sur place alors que dans quelques mois, il sera éligible à la nationalité américaine: «Comment est-ce que je rentre chez moi? Et mon travail? Si je ne peux pas rentrer bientôt, je perds tout.»

Foreign Policy publiait également ce dimanche le long témoignage d’un Somalien bloqué dans un camp de réfugié au Kenya. Il partage son point de vue sur le nouveau décret pris par Trump, et affirme que sa famille risque de s’en retrouver totalement déchirée, si ce n’est déjà le cas. Toute sa vie, Asad Husein a vécu dans le camp de Dadaab, et seule sa sœur, qui possède une carte verte, a pu s’en extraire. Elle vit désormais aux États-Unis, et attendait que le reste de la famille la rejoigne.

«Mes parents avaient peur que l’Amérique nous change, si nous y allions; que nous perdions notre religion, notre culture. Mais ils partageaient aussi le rêve d’un meilleur futur.»

Nisrin Omer, 39 ans, originaire du Soudan, vit aux États-Unis depuis 1993. Diplômée d'Harvard, elle a été retenue quelques heures à l'aéroport JFK de retour d'un voyage professionnel. Menottée, interrogée par des employés visiblement dépassés, elle confie s'être mise à pleurer: «C'était tellement humiliant. J'ai cru qu'ils allaient me renvoyer au Soudan.»

L'Iranien Ali Abdi, 30 ans, étudiant en anthropologie à Yale, est bloqué aux Émirats Arabe Unis quelques jours après avoir participé à la Women's March de Washington. «Nous ne pensons pas que la mesure serait réellement mise en place, explique-t-il au New York Times. Peut-être que nous avons sous-estimé l'administration Trump.»

Fuad Shareef, qui a travaillé comme traducteur de l'armée américaine en Irak après l'invasion de 2003, a demandé à ses enfants et sa femme de le rejoindre rapidement après l'investiture de Trump, mais trop tard. Ceux-ci se sont retrouvés samedi bloqués en Égypte alors qu'ils avaient tout abandonné derrière eux. «Je pensais qu'aux États-Unis, il y avait des institutions, que c'était une démocratie. C'est une décision digne d'un dictateur, je ne comprends pas. Trump a ruiné ma vie.»

D'autres témoignages sont à lire notamment sur le site du New York Times.

Xavier Ridel
Xavier Ridel (7 articles)
Etudiant en journalisme
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