France

Lefebvre n'a pas été expulsé longtemps de Twitter

Nicolas Vanbremeersch, mis à jour le 28.11.2009 à 17 h 01

Le porte parole de l’UMP, grognard en chef sans scrupules débarque sur Twitter. Emoi, et réaction.

Le compte Twitter de Frédéric Lefebvre, bloqué en quelques heures jeudi 26 novembre, a été réactivé dans la nuit de vendredi à samedi 28 novembre. «I'm back!», a écrit le porte-parole de l'UMP dès que son compte a été réactivé, lui qui s'était vanté de compter «800 followers» (suiveurs), seulement quelques heures après son inscription sur le site. Reste à savoir si l'expulser, même quelques heures, peut se justifier et au nom de quels principes.

 

Frédéric Lefebvre est un homme de l'espace médiatique. Le terrain? Il ne connaît pas. Il vit dans le monde à part dans les cabinets, dans les relations — tendues — avec les journalistes, et dans l'économie de la bulle médiatique, qu'il sait manier parfaitement: ses envolées sont une joie pour l'audience et la résonance de l'économie médiatique, qui repose sur le spectacle. Le web est son ennemi: chacun de ses passages en télé, radio, presse fait l'objet de discussions, de décryptages, de dénonciations de ses excès et de ses mensonges. Le web joue à plein, sur le cas Lefebvre, son rôle d'équilibrage et d'espace de correction des médias.

Frédéric Lefebvre, conseillé par l'UMP, et guidé par l'intérêt des médias pour Twitter, débarque donc sur cet espace de discussion en temps réel. Il faut comprendre ce qu'est Twitter: la rue, ou même, plutôt, une sorte d'arrière-cour, de cour de récré, vaste et connectée. La rue des discussions, des liens, d'un entre-soi public, où l'on partage avec ses amis, et des inconnus qui le deviennent, ce qui se passe dans nos vies. Il parait que les marques doivent twitter, les hommes politiques aussi. Lefebvre y va, avec son char d'assaut médiatique: celui de l'excès, et de la logique de diffusion. Pas du dialogue. Première pique: un lien vers un communiqué de presse présent sur le site de l'UMP, à l'image du bonhomme:

Que cela serve de leçon à la presse... 

La mise en demeure et la sanction prises par le CSA à l'encontre de M6 et Canal + sont une nouvelle preuve que des journalistes ont induit en erreur les Français. C'est une bonne nouvelle que des comportements condamnables soient ainsi sanctionnés.
Nous souhaitons que cela serve de leçon à la presse qui, parfois, fait peu de cas de la déontologie, en oubliant de vérifier ses sources et de croiser les informations. 
L'utilisation, sans vérification, de montages diffusés sur Internet, pour le plaisir de faire un scoop ou pour défendre un point de vue personnel, doit être bannie de toutes les rédactions dignes de ce nom.

Frédéric Lefebvre prend Twitter pour l'AFP, organe de presse qu'il croit être simplement un outil de diffusion des invectives qu'il balance depuis son Blackberry. Sauf que Twitter, ce n'est pas ça. Twitter, c'est une rue réactive, dans laquelle il y a une étiquette, des règles. Un espace qui accepte ceux qui se débarrassent de leurs oripeaux médiatiques, pour entrer dans la conversation. Un espace qui n'accepte pas tellement que quelqu'un qui a expliqué que le web était le repère de «toutes les mafias du monde » y descende librement: le web, on l'aime (ou, à tout le moins, on l'accepte) ou on le quitte.

Twitter réagit, donc. Les utilisateurs s'auto-organisent, sans coordination, reprenant à leur compte l'attitude ou l'action proposée par un de leurs proches. Ça commence par des blagues, et des détournements. On inscrit Frédéric Lefebvre dans toute une série de listes, dont une petite partie est insultante, l'autre simplement drôle. On fait de fausses transmissions de ses tweets. On lui répond, on le sollicite, il se tait, ne dialogue pas. De toute façon, il ne pourrait pas dialoguer: il semble qu'il ne sache le faire qu'avec ses amis ou des journalistes placés face à lui dans un contexte professionnel. Dans la rue virtuelle, c'est l'émeute.

Et puis, les twitterers, galvanisés par le volume des discussions, vont le mettre dehors. Sur Twitter, on peut signaler ce qui relève du spam. C'est vite fait en masse, par transmission virale de l'idée de le signaler comme un intrus, quelqu'un qui vient là. Voilà le compte de Frédéric Lefebvre inaccessible. Enfin, il passe en privé. Les internautes actifs, sans doute une grosse minorité active d'entre eux, ont signifié à Frédéric Lefebvre qu'ils ne l'acceptaient pas. La rue a dit: viens avec nos règles, tu n'es pas le bienvenu ici. Voyant arriver ce malotru avec son porte-voix, elle a fait masse et front, et l'a remis dans sa 607 vitres fumées.

Est-ce pour autant la bonne idée?

Dans les jours à venir, l'histoire va être instrumentalisée. Frédéric Lefebvre va aller dans l'espace médiatique, qui l'accepte parce qu'il lui fait du bien, expliquer comment l'internet n'est pas un espace démocratique, libre, ou chacun a la parole. On fustigera encore une fois ce web trop libre, cet espace qui n'est pas égal, pas démocratique, etc... On promettra de nouvelles lois, ou, à tout le moins, on renforcera l'idée que cette rue virtuelle est décidément incontrôlable, et qu'il faut lui donner des règles. Sur le fond, nous avons, internautes, raison, de ne pas accepter ce genre de comportements. Mais nous aurions dû le laisser déblatérer sa prose ridicule. Il est un troll des médias, une anomalie. Il pouvait le rester: le web aurait pu lui montrer qu'il n'accorde pas son attention et son autorité à cette économie de la provocation, vieil avatar médiatique.

Tant pis! Frédéric Lefebvre ne comprendra sans doute pas la leçon. Il regarde le web avec ses yeux de glouton médiatique. Nous, de notre côté, savons que notre rue a besoin d'être préservée de ces malotrus. Le mieux, ceci dit, serait encore de les ignorer, et de les laisser hurler dans le vide, comme Dominique Paillé, son acolyte: ce serait sans doute la meilleure manière de leur montrer que le web est plus fort que la bulle.

Nicolas Vanbremeersch

Image de une: Frédéric Lefebvre en mai 2009. REUTERS/Philippe Wojazer

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