France

La droite a déjà choisi son principal rival (et ce n'est pas Benoît Hamon)

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 29.01.2017 à 22 h 09

Réunis à La Villette, les ténors de l'opposition n'ont cessé d'attaquer Emmanuel Macron. Net vainqueur de Manuel Valls au second tour de la primaire, le député de Trappes n'a lui fait aucune allusion au sort de l'ancien ministre de François Hollande.

Au meeting de François Fillon à La Villette, le 29 janvier 2017. CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP.

Au meeting de François Fillon à La Villette, le 29 janvier 2017. CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP.

Dans une présidentielle «normale», les candidats du PS et de la droite feraient figure de favoris pour s'affronter au second tour, comme cela a été le cas sept fois sur neuf sous la Ve République. Mais cette présidentielle 2017 est tout sauf normale, et les discours prononcés, ce dimanche 29 janvier, lors du meeting de François Fillon et par Benoît Hamon après sa nette victoire face à Manuel Valls (près de 59% des voix selon les résultats provisoires) le montrent bien. Les premiers par ce qu'ils disent, le deuxième par ce qu'il ne dit pas.

Dimanche après-midi, François Fillon, en pleine tourmente liée à la révélation sur les emplois de son épouse Penelope, organisait un meeting très attendu à La Villette. Dans son discours, le candidat n'a mentionné ni Benoît Hamon, ni Manuel Valls, mais a en revanche cité nommément Emmanuel Macron, dont il a fait, en référence à André Malraux, un des membres des «quatre gauches» avec le PS, Jean-Luc Mélenchon et... l'extrême droite:

«La gauche n°2, on la connaît aussi, c’est la gauche socialiste, c’est tout l’équipage des naufragés du Titanic hollandais qui viennent de s’entredévorer sur le radeau de la Méduse des primaires. Vous les avez entendus, peut-être… Ils nous expliquent qu’il faut aller toujours plus loin à gauche. Plus la réalité les met en déroute, plus ils ont foi dans leurs dogmes. Ils promettent des milliards de dépense. Ils proposent de travailler moins et de rêver plus. Ils n’ont rien compris. Ils n’ont rien appris.

 

La gauche n°3, on la connaît moins. C’est Macron. Il dit avoir un projet; je l’attends! Il dit être réformateur; à priori, il l’est moins que moi! Il fait croire qu’il est seul et qu’il vient de nulle part; en réalité, il a fait le programme de Monsieur Hollande mais aussi une grande partie de sa politique… Il est parti pour une échappée en solitaire, mais ses équipiers ne sont pas loin. Qui sont-ils? Eh bien, c’est toute l’équipe gouvernementale de monsieur Hollande… Bonjour la nouveauté! Macron c’est le sortant, Macron c’est le bilan de Hollande. Macron c’est surtout le prototype des élites qui ne connaissent pas grand-chose à la réalité profonde de notre pays!»

«La dernière roue de secours des orphelins du hollandisme»

L'objectif semble double: écarter quasiment d'un revers de la main le candidat sorti vainqueur de la primaire de la Belle Alliance Populaire pour se placer dans un duel avec Macron («Il dit avoir un projet; je l’attends! Il dit être réformateur; à priori, il l’est moins que moi!»); et faire de ce dernier le candidat sortant, forcé d'assumer le bilan du pouvoir. Comme l'a lancé à la tribune, dans une formule très laborieuse, Virginie Calmels, proche d'Alain Juppé: «Cher François, vous devez nous sauver de la famille Hamon et Macron et de leur nouveau diminutif, les Hacron. L'un est de gauche, l'autre... est de gauche. Les Hacron, ils veulent tous les deux le retour de la gauche au pouvoir.» Une tirade saluée par la salle aux cris de «Ni Hamon, ni Macron, moi je vote pour Fillon».

Le maire de Troyes et ancien ministre de l'Économie François Baroin a lui rapidement abordé le cas du «candidat officiel du Parti socialiste, soutenu comme la corde soutient le pendu par son adversaire du jour», avant de s'intéresser bien plus longuement au «candidat du socialisme de contrebande, Monsieur Macron»:

«Monsieur Macron, il faut commencer à s'en occuper. [...] Monsieur Macron est bien le candidat d'un Parti socialiste hors sol, coupé des réalités, béat devant la mondialisation et qui demande parfois même s'il faut un vaccin pour aller en province! [...] Il est la dernière roue de secours des orphelins du hollandisme.»

Le ton était le même du côté de la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse, qui a évoqué «une primaire qui aura montré une fracture béante entre deux gauches profondément irréconciliables», avant de s'intéresser à «la gauche honteuse, la gauche dissimulée, celle qui avance masquée pour garder le pouvoir»:

«C'est la gauche d'Emmanuel Macron, la gauche caméléon, celle qui se fond dans le décor et qui essaie de se faire passer pour anti-système. [...] Notre rôle, ça va être de le démasquer, de le débusquer, d'exiger de lui des réponses claires.»

Ce week-end, Macron n'a parlé que de Trump

Lors de son discours de victoire, Benoît Hamon n'a lui pas prononcé une seule fois le nom de celui qui était secrétaire général adjoint de l'Élysée quand lui-même était au gouvernement, et ce alors qu'il devient le candidat d'un parti majoritaire profondément divisé. Selon Libération, plusieurs dizaines de députés socialistes sont prêts à revendiquer un «droit à l’objection de conscience», un «droit au retrait», dans une tribune qui pourrait être publiée dans les prochains jours. Surtout, d'autres députés sont prêts à rejoindre Emmanuel Macron, ralliement qui pourrait gagner les rangs du gouvernement, à l'image de Ségolène Royal, qui a multiplié les allusions en ce sens récemment. Plusieurs personnalités, dont le maire de Lyon Gérard Collomb, l'ont déjà rejoint.

Crédité de près de 4% des voix au premier tour de la primaire, le député écologiste François de Rugy a appelé dimanche soir Benoît Hamon à discuter avec Emmanuel Macron. Jeudi, dans une interview à 20 minutes, le député de Trappes avait estimé que le candidat du mouvement «En Marche!» n'était pas «en capacité de construire [le] rassemblement» car «c’est le centre, pas la gauche». Mais selon Europe 1, il a déclaré en privé: «Je vais avoir un problème dès lundi avec le parti, il y a un risque d’hémorragie des élus vers Macron, il faudra que j’agisse vite et fort pour enrayer ça.»

«À l'issue des deux primaires de droite et de gauche, le candidat d'En Marche ne pouvait rêver d'un meilleur scénario. Les deux vainqueurs, François Fillon et Benoît Hamon, l'ont été sur des lignes “dures” au sein de leur propre camp», écrivent Les Échos. En pleine soirée de la primaire, un sondage Kantar Sofres-OnePoint est d'ailleurs venu donner Fillon et Macron dans un mouchoir pour la qualification au second tour (22% et 21%, respectivement trois et quatre points derrière Le Pen) mais avec aussi un écart finalement finalement relativement modeste, compte tenu des marges d'erreur, entre Macron et Hamon (21% contre 15%).

Comme quoi, si l'obsession Macron a pris un tour très concret à droite et est en train de faire de même à gauche, on sera bien avisés de ne pas enterrer immédiatement la possibilité d'un second tour «classique», d'autant que le sort des candidats qui font «turbuler» le système est souvent de connaître eux-mêmes des grosses turbulences... Du côté du candidat «En Marche!», qui ne doit publier son programme que fin février, aucun commentaire à signaler en tout cas sur les événements français de ce dimanche, mais un tweet très critique sur le décret Trump sur l'immigration.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (939 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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