Economie

Dubai, la deuxième vague de la crise financière

Philippe Reclus, mis à jour le 27.11.2009 à 18 h 03

Si Abu Dhabi vole au secours du petit émirat bling-bling au bord de la faillite, est-ce que l'Europe, en l'occurence Paris et Berlin, voleraient au secours d'Athènes?

L'indice Dow Jones de la Bourse de New York était en baisse de 1,5% en milieu de matinée vendredi 27 novembre, affecté par les difficultés financières soudaines de l'émirat de Dubaï qui a demandé un moratoire à ses créanciers. Les groupes bancaires américains étaient plus particulièrement touchés. Dubaï World, la holding publique propriétaire de l'île artificielle en forme de palmier, et le géant de l'immobilier Nakheel sont aujourd'hui dans l'incapacité de rembourser les 59 milliards de dollars qu'elles ont empruntés. Dubaï affiche une dette totale de 80 milliards de dollars, dont environ 70 milliards supportés par les entreprises publiques de l'émirat.

Qui n'est pas allé à Dubai n'a rien vu. Son aéroport, sa piste de ski en plein désert, ses tours géantes.... Ceux qui ont déambulé dans les immenses allées des gitantesques shoppings centers de Dubai doivent avoir du mal à comprendre que le petit émirat bling bling, incapable d'honorer une échéance de 3,5 milliards de dollars à payer à la mi-décembre, est en train de provoquer une onde de choc sur toute la planète financière.

Alors, simple péripétie ou prélude à une chaîne de défaillances?

Les optimistes penchent déjà pour la première explication faisant valoir que Dubai ne récolte aujourd'hui que la tempête qu'il s'était appliquée à provoquer. L'émirat est un cas à part dans la région. Sans ressources pétrolières ni gazières, il s'est lancé dans une frénésie immobilière et de grands projets à tout va en les finançant par des effets d'endettement inimaginables. La dette globale de Dubai se chiffre à 80 milliards de dollars dont 70 milliards supportés par les entreprises publiques, dont encore 59 milliards portés par le seul promoteur public Dubai World par qui le scandale arrive. La crise du crédit a fini par faire s'effondrer l'édifice.

Les mêmes pensent encore que Dubai va avoir très chaud mais ne devrait pas faire faillite. Le chef de famille, Abu Dhabi, son cousin richissime, assis sur la rente pétrolière, ne laissera pas l'enfant terrible s'écrouler. Quitte à le laisser un temps supporter la leçon de ses excès. Abu Dhabi a déjà prété en urgence 10 milliards de dollars au printemps dernier à Dubai. Il volera à son secours en cas de besoin mais en marchandant cette fois ce sauvetage contre quelques uns des  joyaux de Dubai, sa compagnie aérienne Emirates ou encore son gestionnaire de ports DP World.

Voilà pour les optimistes. Face à eux, les esprits plus chagrins diront qu'on se trompe de sujet.
Que Dubai soit sauvé n'empêchera pas qu'une nouvelle onde de défiance se soit d'ores et déja propagée à toute la planète. Laquelle ouvre les yeux sur mille questions qu'elles cherchait pour l'instant à ignorer. Quid de l'exposition des grandes banques internationales sur Dubaï mais aussi sur les autres champions de la croissance «dopée» à coup de dette qui pourraient connaître le même sort. Quid de la stabilité des grands fonds souverains des monarchies du Proche Orient et d'Asie qui ont massivement investi dans les grandes entreprises occidentales?

Mais surtout,  le cas Dubai en dit très long sur l'état d'extrême fragilité de toute la construction financière mondiale aujourd'hui à la merci d'un simple battement d'ailes de papillon dans un coin de la planète qui peut déclencher la tornade à l'autre bout du monde.

Pour face à la crise, sauver leurs banques, soutenir leur industrie et financer la relance, les Etats ont gonflé depuis douze mois d'une façon exponentielle leur dette publique qui dans bien des cas n'est pas loin de représenter 100% voire plus de la richesse qu'ils produisent par an. A l'heure où le débat se recentre sur l'équation sortie de récession, croissance anémique, envolée des déficits, du chômage et de la dette publique, l'affaire de Dubai tombe mal. Parce qu'elle ne peut que pousser encore un peu plus les marchés financiers, qui sont aujourd'hui le principal carburant des plans de relance, à tester la résistance des maillons faibles, ces pays considérés comme les moins capables de rembourser leur dette.

Consciemment ou inconsciemment, tout le monde a déjà tourné son regard sur la Grèce que certains n'hésitent pas, depuis quelques jours à ranger, dans le clan des pays qui ne pourront pas éviter la banqueroute.  Les finances publiques du pays affichent la situation la plus détériorée de la zone euro avec un déficit budgétaire représentant 12% d'un PIB qui va reculer de plus de 1% cette année.  
Dans le cas de figure de Dubai, son grand voisin aux poches pleines, Abu Dhabi, a les ressources pour voler à la rescousse. Moyennant contreparties. Dans le cas de la Grèce, si jamais elle venait à faire défaut la question serait cette fois posée à l'Union Européenne, dont la Grèce fait partie. Une situation totalement inédite pour les Européens et leur monnaie d'un de ses pays membres faisant faillite.  
Au même titre que le grand frère Abu Dhabi finira par faire son devoir,  Berlin et Paris, le couple parent de la construction européenne, voleront-ils au secours d'Athènes?

Il y a un an, c'était la petite Islande qui faisait banqueroute après avoir jonglé avec les milliards du monde entier. Aujourd'hui, c'est Dubai et ses îles en forme de palmier qui a le genou à terre. Demain l'isthme de Corinthe?

Philippe Reclus

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Image de Une: Tours en construction à Dubai Steve Crisp / Reuters

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