Monde

Récit d'une captivité en Iran

Slate.fr, mis à jour le 27.11.2009 à 13 h 20

Téhéran, Hamed Saber, Flickr, CC

Téhéran, Hamed Saber, Flickr, CC

Le 21 juin 2009, le reporter Maziar Bahari est sorti de son lit et transporté dans la prison d'Evin, à Téhéran. Bahari est accusé d'espionnage pour le compte de la CIA, du MI-6, du Mossad... et de Newsweek. Il raconte sa captivité dans l'hebdomadaire: 118 jours, 12 heures, 54 minutes. Et ce que cela dit du régime.

Bahari a eu affaire à l'IRGC, «intelligence division of the Islamic Revolutionary Guard Corps», désormais responsable de la sécurité intérieure de l'Iran, qui rend des comptes directement à Khamenei et qui a pris de plus en plus de pouvoir dans le pays.

Selon Bahari, il est crucial pour les grandes puissances, qui veulent encourager l'Iran à réduire leur menace nucléaire, de comprendre le rôle de l'IRGC dans le système iranien.

Bahari souligne que chaque chose, à l'intérieur de la prison d'Evin, était dotée d'un enseignement: des questions qui lui étaient posées à la façon dont il était battu selon les réponses, jusqu'aux détails physiques. Aux chaussures des gardiens vous pouvez par exemple déterminer leur place dans la hiérarchie. A sa sortie de prison, on lui a expliqué que s'il racontait son séjour derrière les barreaux, il serait traqué. «On peut mettre quelqu'un dans un sac où qu'il soit dans le monde. Personne ne peut nous échapper».

Je ne l'ai pas cru, explique Bahari. Je ne le crois pas. Mais le doute subsiste, et c'est ce qu'il voulait, ce que le régime qu'il sert veut de nous tous, en fait. Ils sont les maîtres du flou, l'instillant chez leurs ennemis, leurs sujets, leurs amis, peut-être chez eux-mêmes.

Mais Bahari raconte néanmoins; il raconte leur politesse quand ils sont venus l'arrêter, refusant élégamment le thé que sa mère leur offrait, enlevant leurs chaussures pour entrer. Il raconte son arrivée à la prison quand l'un des geôliers lui dit qu'il le considère non comme un Iranien mais comme un Américain, parce qu'il est de leur côté. Il raconte la personnalité de ses interrogateurs, leur violence, les rôles qu'ils jouaient alternant les menaces et les propositions d'accord. Il raconte ses sentiments, ses impressions, la tentation de passer à de faux aveux et la volonté de tenir tête à la fois.

Il raconte aussi l'absurdité de certains interrogatoires, notamment quand on l'accuse d'avoir voulu créer un mini-réseau américain en Iran. Un réseau comparable au New Jersey...

«Vous avez assisté à un dîner américain», lui reproche-t-on. «Un dîner très américain. Qui aurait pu se dérouler... Dans le New Jersey, ou un endroit de ce genre. Votre propre New Jersey à Téhéran»

«Vous êtes déjà allé dans le New Jersey, n'est-ce pas, Monsieur Bahari?» «Cette pensée semblait le rendre furieux raconte le journaliste, et j'avais ce sentiment que pour une raison quelconque, il désirait peut-être, secrétement, se rendre lui-même dans le New Jersey.»

Après avoir concédé qu'il avait bien assisté à un dîner américain, au cours duquel aucune femme n'était voilée, Bahari se voit à nouveau reproché: «Alors ne me dites pas que vous n'avez pas un réseau américain secret. Un réseau du New Jersey».

A travers cette anecdote, et bien d'autres, Bahari raconte l'absurdité, la paranoïa, et les inébranlables convictions, aussi surréalistes qu'elles soient, des Gardiens. Et à travers ce témoignage sur la prison, il témoigne de la réalité de l'Iran contemporain.

[Lire l'article complet sur Newsweek]

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Image de Une: Téhéran, Hamed Saber, Flickr, CC

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