Culture

Si l'on entend jamais le mot «mafia» dans «Le Parrain», c'est grâce à lui

Repéré par Robin Panfili, mis à jour le 28.01.2017 à 11 h 22

Repéré sur The New York Times

Anthony Colombo, vice-président de la Ligue de défense des droits civiques des Italo-Américains et fils d'un des anciens chefs de la Cosa Nostra à New York, est décédé. Il a longtemps lutté contre les stéréotypes et les discriminations auxquels se heurtaient les immigrés italiens aux États-Unis.

«Le Parrain» (1972) I Paramount

«Le Parrain» (1972) I Paramount

Il y a plein de raisons pour lesquelles le film Le Parrain est aujourd'hui considéré comme un grand classique du cinéma: Francis Ford Coppola, Marlon Brando, Al Pacino... et l'ingéniosité dont elle a fait preuve en parvenant à parler de la mafia sans en prononcer une seule fois le nom. Car, si dans le livre —Le Parrain de Mario Puzo— duquel le film est adapté les mots «mafia» et «Cosa Nostra» sont fréquemment employés, le film, lui, n'en porte aucune trace. Et ce n'est pas un hasard, rapporte le New York Times.

Celui qui est à l'origine de cet «oubli», Anthony Colombo, est décédé, le 26 janvier 2016, à l'âge de 71 ans. Fils de Joseph Colombo, l'un des cinq chefs de famille de la Cosa Nostra de New York, Anthony Colombo s'est lui plutôt impliqué dans la lutte contre les stéréotypes et les discriminations vécues par les Italiens débarqués sur le sol américain à travers la Ligue de défense des droits civiques des Italo-Américains –une organisation un et groupe de pression fondés par son propre père.

Lutter contre les clichés

C'est à l'âge de 26 ans, alors tout juste diplômé d'une école militaire, en 1971, qu'il est parvenu à convaincre les producteurs du Parrain de ne pas utiliser les mots «mafia» ou «Cosa Nostra» dans le film. Une volonté, pour lui, de ne pas caricaturer ses semblables, plus qu'ils ne le sont déjà aux États-Unis à cette époque. Pour parvenir à ce résultat, le groupe de pression a organisé plusieurs rassemblements pour protester et appeler au boycott du film, à peine quelques semaines avant le début du tournage, accusant le film de dénigrer les Italo-Américains et de les assimiler à des mafieux.

Anthony Colombo expliquait avoir réussi ce pari à force de persuasion, mais également de mobilisations pacifiques à l'encontre des producteurs. Finalement, un accord sera trouvé entre la Ligue de défense des droits civiques des Italo-Américains et Albert S. Ruddy, l'un des producteurs: les mots «mafia» et «Cosa Nosta» seront bannis du film. Toujours dans le cadre de cet accord, la Ligue de défense des droits civiques des Italo-Américains proposera plus tard son aide aux producteurs, en prêtant notamment une maison et son jardin pour la scène de mariage qui ouvre le film.

Au-delà du Parrain, la Ligue de défense des droits civiques des Italo-Américains a également eu raison de la série télévisée The F.B.I. qui a dû revoir ses scripts et retirer ses mentions à la Cosa Nostra, ou encore d'une publicité pour le médicament Alka-Seltzer qui grimait et moquait l'accent italien dans l'un de ses spots.

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