Culture

Auschwitz, soixante-douze ans déjà

Temps de lecture : 2 min

[BLOG] Le 27 janvier 1945 marque le début de la libération des camps de concentration et d'extermination. Si jamais nous oublions de commémorer cette date, alors nous sommes tous aussi perdus pour l'humanité que leurs chiens de bourreaux.

Arbeit Macht Frei | Ben Tilley via Flickr CC License by
Arbeit Macht Frei | Ben Tilley via Flickr CC License by

Chaque année, c'est avec le même effroi, la même solennelle tristesse, la même rage aussi que nous célébrons la libération d'Auschwitz par les armées soviétiques.

Nous nous souvenons alors de tous ceux qui, dans des circonstances dépassant l'entendement humain, lors de processus d'extermination d'une cruauté inouïe, au beau milieu d'une indifférence généralisée, disparurent dans les conduits de cheminées d'usines dédiées au commerce de la mort.

D'eux, il ne reste plus rien hormis une liste infinie de noms griffés sur les murs de notre mémoire suppliciée : leurs cendres muettes se sont envolées dans les cieux éternels, leurs tombes sont vides de toute présence et leurs sépultures gisent grandes ouvertes dans l'éther d'un impossible oubli.

Ils forment une masse indicible d'hommes et de femmes, d'enfants et de vieillards, cheminant d'un pas hagard vers cette mort qui pour beaucoup devait apparaître comme un soulagement: ils n'étaient plus vraiment des être humains, juste des ombres que bientôt la folie des hommes effacerait à jamais de la surface de la terre.

Et si jamais un jour nous venions à les oublier, si jamais par paresse ou par égoïsme, par nonchalance ou par lassitude, nous cessions de penser à eux, de prier pour eux, de nous souvenir de ce qu'ils furent, alors, à leurs yeux saisis de larmes, nous deviendrions tout aussi misérables et méprisables que leurs chiens de bourreaux.

C'est à nous et à nous seuls, à chaque nouvelle génération, à chaque homme et à chaque femme de passage sur cette terre, de veiller non seulement à ce que jamais leur souvenir ne fût oublié mais qu'il demeure gravé dans le sang même de l'histoire humaine et se transmette de la sorte, immuable, à travers les âges.

Nous n'en aurons jamais fini avec eux : quels qu'ils furent, ils sont tous nos parents, nos enfants, nos oncles et nos tantes, nos nièces et nos neveux, notre passé et notre futur, la chair de notre chair, le cœur de notre cœur, l’âme de nos âmes.

Ils vivent en nous, nous vivons en eux, nous vivons ce qu'ils n'ont pas eu le temps de vivre et, tous les jours, à chaque seconde de nos existences, nous mourons aussi avec eux: nous sommes l'espérance même de leur calvaire et de leurs tourments, de leurs cadavres et de leurs supplices.

Et si nous nous refusons à les oublier, si chaque année, en ce jour, nous prenons le temps de penser encore un peu plus à eux, ce n'est ni par goût du morbide ou volonté d'attirer la pitié sur nous, non, c'est que simplement, nous savons qu'ils nous regardent, nous contemplent, nous jugent et nous somment d'être à la hauteur de leurs destins suppliciés afin que plus jamais nous n'acceptions de mourir comme ils eurent à mourir.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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