Monde

Israël: face à Netanyahou, le vide

Jacques Benillouche, mis à jour le 28.11.2009 à 8 h 55

Le Premier ministre israélien a muselé le Parlement et fait taire toute dissonance au sein du gouvernement.

L'équilibre des pouvoirs n'est plus une réalité en Israël. A mesure que les semaines passent, Benjamin Netanyahou ressemble de plus en plus à son modèle français, son ami Nicolas Sarkozy, dans la conduite des affaires de l'Etat. Il impose son omnipuissance à la vie politique israélienne face à l'absence d'un contre-pouvoir pouvant s'opposer aux décisions unilatérales qu'il prend sans se préoccuper de son gouvernement tétanisé ni d'un parlement muselé par le jeu des coalitions.

Cette situation originale est aux antipodes des traditions parlementaires israéliennes. Ben Gourion lui-même, le créateur de l'Etat, organisait toujours la discussion sur ses textes pour rechercher le consensus au sein de son gouvernement avant de trancher. Un de ses collaborateurs lui avait d'ailleurs respectueusement rétorqué: «je dirais plutôt que c'est le plus démocratiquement du monde que le parti décide toujours de voter comme vous l'entendez ».

L'inexistence d'une opposition forte et crédible permet au premier ministre de décider de tout comme s'il gouvernait dans le cadre d'un régime présidentiel à l'américaine. Netanyahou exploite l'architecture de la gouvernance en Israël puisqu'il détient des pouvoirs supérieurs à ceux du président américain qui est encadré par les oppositions du Congrès et, parfois aussi, par ses propres amis. Le Premier ministre israélien gouverne face à un vide politique.

Aucune opposition n'est en mesure de contester certaines de ses décisions et, parce que le gouvernement est conscient de sa force, pas une tête de ministres ne dépasse lorsqu'ils doivent s'engager dans un choix crucial. Netanyahou tranche donc seul en empiétant sur les attributions de ses ministres quand il faut supprimer l'impôt sur la sècheresse, geler le projet de loi sur la création d'une base de données biométriques ou rejeter le projet des nouveaux pouvoirs du procureur général du gouvernement.

Il a organisé sa structure autoritaire en composant une coalition hétéroclite de ministres craignant chacun pour son poste et son mandat parlementaire ce qui annihile toute forme de contestation. Il a parfaitement verrouillé sa majorité puisqu'aucun des groupes n'est en mesure à lui seul de mettre en danger l'avenir de la coalition en cas de rupture. Il a droit de vie ou de mort politique sur chacun de ses ministres qui peut être renvoyé sur simple injonction. C'est ainsi que les nationalistes de Lieberman, après une tentative avortée de soulèvement, sont rentrés dans l'ordre et ont enterré certaines de leurs exigences fondamentales sur la laïcité et sur la modification du système électoral. A l'opposé, les religieux orthodoxes, sachant qu'ils ne représentent plus qu'une faible force d'appoint, ont mis en veilleuse leurs demandes de subventions aux écoles religieuses car ils craignent de rejoindre les bancs de l'opposition.

Ehud Barak, le ministre de la défense, en difficulté sinon en minorité au sein de son parti travailliste, n'a plus les coudées franches. En fin de carrière, il se sent sur un siège éjectable au point que ses communicants s'évertuent à justifier sa docilité par des identités de vue avec le premier ministre comme jamais auparavant. Le gouvernement fonctionne sous la baguette d'un seul homme qui, juridiquement, n'a aucune voix prépondérante au sein du cabinet. Il a le pouvoir d'empiéter sur les prérogatives des tenants de certains portefeuilles puisqu'il peut engager seul le pays dans la guerre, commander des mesures de représailles et des opérations des services secrets au-delà des frontières, définir la politique nucléaire du pays, imposer le budget de l'Etat et tracer le contour de la diplomatie internationale. La décision finale lui appartient toujours.

Le cabinet de sécurité vient d'entériner à une majorité écrasante, significative de la mise au pas des extrémistes, le décret interdisant aux Juifs de Cisjordanie de construire pendant une période de dix mois. Les partisans de ne pas bouger d'un pouce et de ne pas tenir compte des mises en garde occidentales en ce qui concerne les colonies ont été réduits au silence. Selon le premier ministre, «il s'agit d'une démarche difficile et douloureuse et nous la prenons après des considérations nationales visant à atteindre la paix avec nos voisins palestiniens.» Un seul ministre s'est opposé ouvertement. Les nationalistes comme Lieberman, Yaalon et Begin ont accepté d'avaler la couleuvre. Quatre ministres, dont les orthodoxes du Shass, ont choisi de s'absenter pour ne pas avoir à se justifier auprès de leurs électeurs.

L'inexistence d'une constitution donne au premier ministre des pouvoirs dont peu de gouvernements démocratiques peuvent se prévaloir. Les lois fondamentales qui suppléent cette lacune accroissent la mainmise de tout dirigeant fort. Il décide de l'ordre du jour du gouvernement et s'octroie le droit d'imposer son veto à tout texte législatif proposé par ses ministres. Le ministre de la défense lui-même n'a pas de liberté d'action puisque, depuis 1967, ses pouvoirs sont partagés avec le premier ministre, impliquant que toute nomination militaire d'importance est d'abord soumise à l'approbation de Netanyahou.

Cette omnipuissance le conduit pourtant à l'inertie, certainement volontaire. A l'exception du gel pendant dix mois des constructions dans les implantations, il n'a à ce jour exposé aucun plan général de paix ni explicité sa stratégie face au problème palestinien. Il n'a émis que des généralités car il n'a aucune raison de se presser dès lors que les palestiniens eux-mêmes ne définissent pas précisément une position.

Par ailleurs, la faiblesse actuelle de Barack Obama l'encourage dans une certaine intransigeance qui consolide sa position auprès des nationalistes, satisfaits de l'absence d'avancée dans les problèmes des colonies. Le premier ministre s'est gardé à droite comme à gauche en neutralisant toute velléité et il assiste en spectateur intéressé aux querelles de personnes qui minent l'opposition officielle, le parti Kadima, dont la chef n'arrive pas à proposer un programme sérieux d'alternance politique.

Pour consolider sa position, il s'est entouré de ministres, professionnels des longues carrières, dont la volonté de survie politique leur impose de minimiser les vagues et dont l'objectif fondamental est d'empêcher le renouvellement des générations tardant à se réaliser. La plupart font partie du paysage politique depuis plus de vingt ans.

Netanyahou a canalisé le débat sur la nécessité d'une constitution qui est repris à chaque législature et dont la rédaction s'impose au regard des lacunes d'un système qui mène à l'instabilité politique ou à un régime autoritaire. Mais toute avancée, qui risque de malmener la coalition, est repoussée aux calendes grecques ce qui conduit le premier ministre à n'engager aucun débat crucial. Il surfe sur l'inquiétude des dirigeants des partis politiques à renouer tous les deux ans avec l'expérience de législatives anticipées. Le premier ministre peut donc se hâter lentement... très lentement.

Jacques Benillouche

Lire également: Comment faire pression sur Israël et Affaibli, Obama est plus conciliant avec Israël.

Image de Une: Benjamin Netanyahou Jason Reed / Reuters

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