Smart Cités

Bienvenue dans les villes où toutes les erreurs sont permises

Maroussia Dubreuil et Stylist, mis à jour le 28.01.2017 à 11 h 09

Derrière cette façade tout peut arriver…

Exercice à Jeoffrecourt en 2016 I FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Exercice à Jeoffrecourt en 2016 I FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Août 2016, la Lituanie inaugure Vilnius bis. Sur 15 hectares, école, église, commissariat, tous les attributs d’une ville sont présents sauf que cette Vilnius-là n’apparaît pas sur la carte, ne compte pas un seul habitant et les seules personnes autorisées à y mettre un pied sont bourrées d’explosifs. Mais que craignent-elles? Au même moment, Stranger Things, la série Netflix des frères Duffer, nous met sur une piste: Vilnius bis est peut-être une de ces fameuses «villes à l’envers» où logent des monstres invisibles. Et puis, on a zappé sur une chaîne info qui a levé le suspense: Vilnius bis sert de terrain d’entraînement aux forces armées lituaniennes, qui craignent une invasion russe…

Et c’est loin d’être une première mondiale. Depuis le passage à l’an 2000, une dizaine de villes artificielles, sans chauffage ni électricité, sont sorties de terre pour préparer notre défense à venir. Mais pourquoi dépenser en moyenne 50 millions d’euros pour construire une ville alors que ce serait plus simple de s’entraîner sur un terrain vague?

«Les combats du XXIe siècle se dérouleront à 95% dans des configurations urbaines, expliquait, déjà en 2011, à la presse le colonel Hubert Legrand. D’où des contraintes spécifiques: des espaces cloisonnés et superposés en étages, des rues étroites, des tirs à des distances de 5 à 100 mètres…»

La formule plaît. Aujourd’hui, ce sont d’ailleurs les géants du privé, Amazon et Google, qui envisagent de construire leur propre ville labo: CITE city (Center for Innovation, Testing and Evaluation), une ville pour tester les drones, éléments clés de notre avenir militaire, économique et technologique. Quelles sont ces villes où l’on s’entraîne au futur? Panorama des cités visionnaires, où on ne fait que passer.

1.Metropolitan Police Specialist Training Centre (Royaume-Uni, 2003)

Habitants Dix mille policiers y passent chaque année, armés de cocktails Molotov et de bouteilles en verre, pour s’entraîner à répondre aux émeutes. On peut aussi croiser le fantôme de la princesse Pocahontas (littéralement, petite dévergondée), qui est enterrée à quelques rues.

Capitale des foules en colère Ici, on compte plus d’explosions que sur Coronation Street, le plus célèbre soap opera d’Angleterre. L’exercice type met en scène quinze policiers armés à blanc chargés de disperser une foule de policiers en tenue de ville.

Topographie Construite par Cubic Corporation, une société spécialisée dans le secteur de la défense, la ville de 10.000 m2 se situe à Gravesend, dans le Kent. Les bâtiments du centre-ville abritent des salles de classe. C’est gris et moche mais son (faux) Pizzaland 
nous plonge direct dans les années 1960.


Le joyau de la ville Les accessoires! Bouteilles de lait (ou bombes à essence selon l’utilisation), voitures brûlées, Caddies vides, éclats de verre et briques cassées jonchent les rues. Et depuis quelque temps, des joujoux beaucoup plus modernes comme des flingues à laser ont fait leur apparition. «De quoi maintenir la réputation mondiale de la police métropolitaine en tant qu’organisme principal d’application de la loi», indique le site de Cubic Corporation.

Horaires de visite Fermé au public. Seuls des invités prestigieux peuvent y pénétrer. Le prince Charles a assisté en 2009 à une répét’ d’émeute depuis le balcon d’un faux HLM (avec le même enthousiasme que lorsqu’il est spectateur des matchs du pays de Galles).
 

2.Hogan’s Alley (États-Unis, 1987)

Habitants Les agents du FBI, de la DEA et les unités  du Swat sont les bienvenus dans cette ville beaucoup moins tranquille que Fairview, malgré la ressemblance. Payés 8 dollars la journée, des acteurs, souvent non professionnels, jouent les passants et les criminels que les agents devront protéger ou combattre.

Capitale du crime Les scénarios varient du film de gangsters avec vol de banque ou prise d’otages, au blockbuster sur le terrorisme. Aux stagiaires d’en être les héros. La ville emprunte son nom à la bande dessinée américaine éponyme de la fin du XIXe siècle, dont l’action était située dans un quartier plutôt difficile.

Topographie Créée à la suite d’une fusillade mortelle à Miami, Hogan’s Alley s’étale sur 24 hectares à Quantico en Virginie. Des décorateurs hollywoodiens ont poussé si loin le réalisme que les boîtes aux lettres sont pleines à craquer et qu’un jour, un peintre en bâtiment a voulu acheter une des voitures d’occasion du garage Honest Jim’s.


Le joyau de la ville La réplique du cinéma Biograph de Chicago dans lequel des agents fédéraux ont abattu en 1934 John Dillinger à la sortie de L’Ennemi public n°1 est le symbole du lieu: «Notre ville contribue à protéger vos villes», communique le FBI.

Horaires de visite Fermé au public. Mais à l’entrée, un panneau du FBI indique que si vous assistez à quelques arrestations, il faudra suivre leurs instructions (avant de vous souhaiter «une bonne journée»).

3.Jéoffrécourt (France, 2006)

Habitants Chaque année, près de 22.000 soldats dont 10% étrangers (surtout des Anglais, des Belges et des Allemands) viennent s’y entraîner à la guérilla.

Capitale européenne des conflits en zone urbaine Les exercices pratiques se déroulent sur trois jours et trois nuits. Tous les militaires sont équipés de capteurs qui bipent quand ils «meurent» sous le coup des balles à blanc. Mais certains sont ressuscités dans la nuit pour les besoins de l’entraînement.

Topographie Construite au milieu du camp militaire de Sissonne, dans l’Aisne, sur un ancien village médiéval d’1 km2, on y accède par la route principale qui enjambe un cours d’eau artificiel et une voie ferrée sans train. Si on tourne à gauche, on tombe sur le centre-ville historique, avec sa mairie, son bar-tabac et son lieu de culte dont on ne sait pas si c’est une église ou une mosquée. Les pierres tombales du cimetière n’ont pas de noms. Ici, personne ne meurt. 


Le joyau de la ville Le supermarché (vide) aux linéaires en parpaings, qui séparent les rayons. «Comme ça, quand les soldats entrent dans le magasin, ils sont dans des conditions quasi-réelles. Quand vous intervenez dans un tel bâtiment, vous ne savez pas ce qui se trouve derrière les linéaires», selon l’adjudant-chef, Xavier, interrogé par Ouest France. L’Otan envisagerait déjà de faire de Jeoffrécourt un de ses centres d’expertise.

Horaires de visite Fermé au public.

4.Mars Desert Research Station (États-Unis, 2001) 

Habitants Sept volontaires à la vie martienne, viennent y passer quinze jours. Il y a l’ingénieur, le docteur, le botaniste, le biologiste, le géologue et l’astronome… En bref, ils sont sept pour faire ce que Matt Damon a réussi tout seul.

Capitale de la colonisation martienne On teste la réactivité des hommes en milieu hostile. Ça commence par des choses toutes bêtes comme faire des macaronis au fromage dans des sachets déshydratés. Et les volontaires apprennent à respecter les règles de survie.  1/se couvrir (il fait -65°C). Et 2/ne pas sortir plus de deux heures (à cause des radiations).

Topographie C’est Mars Society, fondée en 1998 par  Robert Zubrin, ingénieur expert en systèmes de propulsion spatiale, soutenu par James Cameron, qui a imaginé la MDRS. Elle est composée d’un «Hab» (deux cylindres pour dormir et manger), un Greenhab (pour faire pousser tout un tas de choses) et du Musk Mars Desert Observatory (on voit parfois des vaches passer…). Un hameau de 111 m2 situé à dix kilomètres de la petite localité de Hanksville, où Butch Cassidy venait se cacher.


Le joyau de la ville La vue sur le désert de l’Utah. Parce qu’il est plein d’oxyde de fer et de manganèse, qui le rendent aussi rouge que la planète Mars. «Et la nuit complètement noire crée une connexion profonde et durable avec le cosmos», explique Susan Martin, 
la coordinatrice, qui espère populariser les premières missions martiennes qui risquent d’arriver très vite, notamment grâce aux fonds privés de la société SpaceX. Objectif: 2030.

Horaires de visite Réservé jusqu’en mai 2017 aux quinze membres de l’équipe permanente. Ensuite, vous pourrez postuler. L’aventure est à vos frais.
 

5.MCity (États-Unis, 2015)

Habitants Des voitures sans conducteur et des épouvantails blancs à la place des passants. Mais aussi des universitaires très sérieux.

Capitale des voitures autonomes MCity n’est pas un centre de test de vitesse 
ou d’endurance mais plutôt une «ville auto-école» où ce sont les voitures qui passent le permis.

Topographie Créée par le Mobility Transformation Center de l’université du Michigan 
auquel s’est associé le spécialiste de la cartographie Here, mais également les constructeurs automobiles Ford, Toyota et General Motors et des compagnies d’assurances, MCity s’étend sur 4 km2 sur le campus de l’université. Les rues ont pour nom Wolverine ou Liberty. Elles sont en bitume, en terre ou pavées et sont jonchées d’obstacles: ponts, tunnels, zones à vitesse limitée, voies rapides, entrées d’autoroutes.

Le joyau de la ville Downtown, où les façades des boutiques, des cafés et des habitations, rivalisent de couleurs. Mais surtout de matières: vitres, briques, aluminium… afin de tester la réaction des voitures. «Nous croyons que la technologie du véhicule automatisé va rendre les routes beaucoup plus sûres», affirme John Maddox, assistant directeur du MTC, qui y voit également une révolution encore plus importante que celle de Ford en 1908.

Horaires de visite Une journée portes ouvertes en 2017 dont la date n’est pas encore communiquée.

6.KidZania (Mexico, 1999)

Habitants Des enfants entre 4 et 14 ans venus se former au capitalisme, des parents qui traînent la patte et des employés survoltés qui parlent la langue de KidZania («Kai» pour «Salut»).

Capitale des enfants capitalistes Imitation de passeport en main, les enfants entrent dans la ville par un terminal d’aéroport, bossent et gagnent de l’argent (des KidZos), qu’ils pourront ensuite placer ou dépenser. Soixante métiers leur sont proposés: des plus classiques (docteur, pompier…) aux plus rentables (loueur de téléphones portables, producteur d’émission télé…)

Topographie Le premier KidZania a ouvert à Mexico  dans le pays de son fondateur, Xavier López Ancona. Aujourd’hui, il en existe déjà 24 dans le monde. Villes taille enfant, les KidZania s’étendent sur 7.000 m2 (pour les plus grands) au sein de vastes centres commerciaux. À l’intérieur, des façades toutes belles brandées par plus de 800 marques qui tentent de séduire un maximum d’enfants.

Le joyau de la ville Le Congrès, où les enfants de plus de 7 ans sont invités à faire part pendant un an aux adultes de la KidZania Nation de leurs propositions pour «favoriser le bien-être la communauté». Pour Xavier López Ancona, c’est une manière de faire de l’edutainment (éducation et loisirs) mais surtout d’améliorer l’image du Mexique. «Il y a très peu de success stories ici qui peuvent inspirer les enfants. C’est un bon moyen d’y remédier», avoue-t-il.

Horaires de visite Du lundi au vendredi, de 10 heures à 18h30 (un peu plus de rab le week-end) à Londres. En attendant une ouverture prévue à Paris.

Maroussia Dubreuil
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Mode, culture, beauté, société.
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