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Pour «briller» au Mondial 2022, le Qatar ne mise pas sur le PSG mais un petit club belge

Jacques Besnard, mis à jour le 16.03.2017 à 22 h 34

L'Émirat s'est lancé dans la formation de jeunes au Qatar mais aussi et surtout en Afrique. Pour placer ses poulains, le pays a racheté le club d'Eupen. Le but: disposer d'un club pro en Europe pour les aider à mûrir. Certains font le grand saut vers des clubs plus huppés mais beaucoup, aussi, restent sur le carreau. Enquête.

L'équipe d'Eupen salue ses supporters après une victoire à domicile cette saison. KAS Eupen/David Hagemann

L'équipe d'Eupen salue ses supporters après une victoire à domicile cette saison. KAS Eupen/David Hagemann

Eupen (Belgique)

Traverser le sud de la Belgique pour se rendre à Eupen après quasiment deux heures de train depuis Bruxelles, est une expérience désarçonnante. On a l'impression d'avoir franchi les frontières d'un nouveau pays. Durant le trajet, le train quasi-vide a tout d'abord quitté le tumulte de la gare centrale au cœur de la capitale et pris tranquillement de l'altitude à travers les collines boisées et les cours d'eau gelés. Dans les rues de cette petite ville paisible de 20.000 âmes près des Hautes-Fagnes, les lycéens qui sortent de l'école à midi ne parlent pas le français ou le flamand mais bien l'allemand. Ce n'est surtout pas vraiment ici qu'on s'attendrait à ce qu'investissent les Qataris. Mais pourquoi ont-ils choisi de mettre des billes dans un petit club de football de Wallonie?


Depuis quelques années, les Qataris ont décidé de miser sur le sport pour asseoir leur influence et ils ne font pas les choses à moitié. Le Qatar a, notamment, acheté des clubs professionnels. C'est le cas du PSG, propriété du Qatar Investment Authority depuis 2011, et de Malaga, acheté par le cheikh Abdullah bin Nasser Al-Thani.

Qatar Airways est également devenu le sponsor maillot du Barça après un partenariat. Le pays a créé sa propre marque d'équipementier (Burrda Sport), lancé sa chaîne de télé spécialisée (BeIN sports) et glané l'organisation de plusieurs grandes compétitions internationales (Mondiaux de handball en 2015, de cyclisme en 2016, d’athlétisme en 2019 et de football en 2022...). L'Émirat s'attaque ainsi à tous les maillons de la chaîne. 

«Ils se sont engagés dans le sport et dans le foot et, pour eux, c'est une industrie, ça fait partie du soft power», explique Christian Chesnot, co-auteur avec Georges Malbrunot du livre Qatar: les secrets du coffre-fort. 

Dans cette optique, en 2004, le pays du Golfe a misé aussi sur la formation des jeunes en créant l'Aspire Academy qui a pris ses quartiers dans l'Aspire Zone: un centre sportif ultra-moderne de 250 hectares basé à Doha lancé par l'Émirat pour développer et faire grandir les meilleurs athlètes du pays.

 

Parmi eux, évidemment, des jeunes footballeurs qui s'entraînent toute la semaine mais qui restent affiliés à un club. Une sorte d'INF Clairefontaine.

Un projet de recrutement mondial

Quatre ans plus tard, les Qataris ont lancé un second projet encore plus fou: l'Aspire Football Dreams. Une détection mondiale sur trois continents (principalement en Afrique et à un degé moindre en Asie et Amérique du Sud) à travers dix-huit pays pour superviser environ 250.000 jeunes par an.


Un vrai travail de fourmi auquel avait pris part Jordi Condom. L'actuel coach espagnol d'Eupen se rappelle de ce processus de recrutement en Afrique:

«On arrivait dans un pays avec 24 recruteurs. L'un allait au sud, l'autre au nord, un à l'est, l'autre à l'ouest et on se retrouvait trois semaines après. Il y avait parfois 500 joueurs sur un terrain. On faisait des matches de dix minutes. Tu les divises par 11 et tu les observes, tu regardes si un gars arrive à faire quelque chose. Durant chaque match, tu gardes les meilleurs joueurs, puis un autre match. Et comme ça, toute la journée, sous 38 degrés. Un jour, j'avais fait huit heures de route au Kenya, j'ai traversé tout le pays et je suis arrivé chez les Masai. Ils se marraient quand j'ai sorti les ballons... Ils s'en moquaient du foot. J'ai passé une bonne journée avec eux, j'avais des photos de paysage mais je n'ai pas vu de football...»

Passé par le Barça, l'entraîneur Jordi Condom a pris les clés de l'équipe pro d'Eupen en 2015. KAS Eupen/David Hagemann

Après différentes phases de sélection, Aspire garde, depuis lors, une vingtaine de joueurs de 13 ans chaque année qui débarquent dans une académie au Sénégal pour cinq saisons. Au terme de leur formation, il fallait donc bien trouver un club professionnel pour placer les meilleurs éléments de ces deux programmes. 

Un club à la dérive

Après avoir étudié plusieurs pistes, c'est donc Eupen qui a été choisi même si le Qatar a depuis investi en Espagne pour pouvoir donner plus de temps de jeu à ses joueurs (Le Cultural y Deportiva Leonesa en troisième division) et en Autriche (le LASK Linz en deuxième division). Il faut dire que la Belgique et le club wallon avaient plusieurs atouts susceptibles d'intéresser les Qataris qui voulaient tout d'abord être majoritaires. 

«On voulait dicter notre philosophie. En Allemagne, c'était impossible, par exemple, avec la loi "50 +1" qui interdit aux investisseurs d'avoir plus de 50% des parts d'un club, explique calmement Christoph Henkel, le directeur général allemand de l'AS Eupen. Ici, c'était possible.»

Cette prise de pouvoir fut d'autant plus aisée, qu'à l'époque, le club belge était en crise, au bord de la faillite. «Quand le président précédent est arrivé, il y avait déjà des soucis d'argent. Il a su régler ça mais il est ensuite parti en prison»assure le joueur français Amick Ciani (le frère de Michaël, l'ancien international), qui évoluait à Eupen juste avant l'arrivée d'Aspire. «Après, on avait des salaires très diminués, ils ont récupéré nos voitures, c'était compliqué mais les dirigeants ont fait ce qu'ils ont pu...»

Depuis l'arrivée des Qataris, le club est évidemment plus stable et compte 100 employés  (à plein temps et à mi-temps). Il a surtout été modernisé comme en témoigne le nouveau terrain d'entraînement synthétique digne des plus grands. De quoi faire plaisir aussi à la ville et à son ancien bourgmestre démocrate-chrétien Elmar Keutgen à la tête de la ville jusqu'en 2012 qui avait vu débarquer un peu sceptique les nouveaux investisseurs. 

«Je vois ce qui se passe dans les pays du Golfe et je vis ce qu'il y a ici à Eupen et entre les deux il y a une différenceAvant qu'ils arrivent, on avait agrandi le stade pour qu'il soit conforme aux normes de la première division. Le stade avait coûté 6,1 millions dont 3,3 millions d'euros étaient subventionnés par la communauté germanophone. Le reste était divisé entre la ville et le club, à savoir 1,4 million d'euros chacun. À l'époque, ce dernier ne parvenait pas à payer ses tranches. Désormais, Aspire a repris le stade en bail emphytéotique pour vingt-sept années. Les investissements sont donc à leur compte et cela ne coûtera plus rien au contribuable eupenois», s'enthousiasme-t-il.

Des liens étroits entre les deux pays

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la famille royale a aussi des liens avec cette petite région rurale et plus précisément l'ancien émir du Qatar. Le cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani est ainsi «souvent en Belgique», comme le confirme Christoph Henkel. Et apparemment, ça dure depuis bien longtemps. 

Le cheikh a eu plusieurs propriétés dans le coin et notamment à Malmedy, une petite ville située à une trentaine de kilomètres d'Eupen où il vient depuis plus de trente ans.

Malmedy, c'est la ville de son ami Freddy Herbrand. Cet ancien décathlonien belge a été entraîneur d'athlétisme au Qatar avant de gravir les échelons jusqu'à devenir conseiller technique du président du Comité olympique local et directeur technique de la fédération d'athlétisme. «Il y a plein de liens», confirme Christian Chesnot qui les avait évoqués avec Georges Malbrunot dans leur ouvrage. Les deux journalistes français affirmaient, par exemple, que les arbitres qataris venaient à Knokke-le-Zoute, station balnéaire chic de la Mer du Nord, pour y être formés. L'ancien quintuple vainqueur du Tour de France Eddy Merckx a également été ambassadeur des derniers Mondiaux de cyclisme malgré les critiques.

En échange, le Qatar fait des «petits cadeaux» au Plat pays et notamment à Malmedy. L'émir a par exemple financé la future piste d'athlétisme dernier cri de la ville. Le coût: 1,6 million d'euros. Il a même été aperçu lors de la traditionnelle omelette géante de la ville. 

Pour la petite histoire, selon plusieurs médias belges, un projet similaire pourrait voir le jour cette année au Qatar...

Parfait pour faire jouer les extra-communautaires

La Belgique et Eupen permettaient également à Aspire de pouvoir faire jouer un nombre important de joueurs extra-communautaires. Alors que le nombre de joueurs hors UE par club est très limité dans certains championnats, que les permis de travail sont parfois compliqués à obtenir (les joueurs doivent par exemple revendiquer un certain nombre de sélections en équipe nationale pour évoluer en Angleterre), en Belgique, c'est pratiquement «open bar». «Il y a 18 joueurs sur la feuille de match et tu peux jouer avec seulement 6 joueurs Belges»confirme Christoph Henkel.

Cette législation plutôt ouverte avait, par exemple, permis à Jean-Marc Guillou, créateur d'une académie à Abidjan, de faire venir de nombreux Ivoiriens (Yaya Touré, Gervinho, Emmanuel Eboué...) à Beveren. Ce documentaire de la RTBF pour l'émission Tout ça (ne nous rendra pas le Congo) par les créateurs de Strip-Tease sur leur arrivée en Flandre est d'ailleurs assez stupéfiant à ce sujet.


Lors d'une finale de Coupe de Belgique 2004, l'entraîneur de l'époque avait ainsi pu aligner 11 étrangers dont 10 Ivoiriens titulaires...

L'équipe de Beveren durant la finale de la coupe de Belgique 2004 (Wikipedia)

Eupen ne s'en prive donc pas puisqu'au début de la saison, sur 25 joueurs, l'effectif wallon ne comptait que six Belges. Depuis l'arrivée des nouveaux propriétaires, certains joueurs locaux ont donc été là, aussi, pour faire le nombre. Formé au club, Sergio Teruel avait des rêves plein la tête lorsqu'il a vu plus d'une dizaine de nouveaux joueurs arriver et une éventuelle place de titulaire lui passer sous le nez. 

«Il me restait un an de contrat. Ils m'ont dit: “On veut que tu restes que tu montres l'exemple aux jeunes. Beaucoup vont arriver, il faut des joueurs d'expérience”. Alors que je n'avais que 20 ans, j'étais jeune et j'avais cru que j'allais les aider et qu'on allait jouer. Au contraire, on n'a pas vraiment eu notre chance. Ils ne m'ont pas proposé de prolonger mon contrat, mais ce n'était pas la peine de rester, je ne jouais presque jamais.»

«Certains n'ont jamais su s'adapter»

La Belgique a aussi pour avantage d'être située au centre de l'Europe. La localisation d'Eupen a été un atout. «Il y a de bonnes infrastructures. Nous ne sommes pas loin de Maastricht, de Bruxelles, Liège, Düsseldorf et de Cologne. C'est aussi bien d'être dans une petite ville. Que nos jeunes joueurs ne se trouvent pas au milieu de Bruxelles... C'est plus calme, ici, ils peuvent se concentrer sur le football et ils peuvent être bien intégrés», argumente Christoph Henkel.

Pour les jeunes joueurs qataris et/ou africains qui arrivent chaque année, il n'est certainement pas évident d'arriver dans ce nouvel environnement. Chouchoutés pendant cinq ans, ils se sentent parfois un peu paumés lorsqu'ils se retrouvent pour la première fois de leur vie livrés quelque peu à eux-mêmes. «Certains n'ont jamais su s'adapter. Ils avaient des problèmes de comportement, ils ne se sentaient pas bien aux entraînements, ils répondaient au coach et ne voulaient pas s'entraîner», se souvient Sergio Teruel. 

 Sergio Teruel (à droite) est resté un an sous Aspire avant de partir trouver du temps de jeu ailleurs.(D.R)

Diawandou Diagne, 22 ans aujourd'hui, a connu cette situation lorsqu'il est arrivé de Dakar. Le latéral droit sénégalais s'était mis en colocation avec un ami d'Aspire pour qu'ils puissent se serrer les coudes et lutter contre le choc culturel, l'éloignement de la famille, l'entrée dans le professionnalisme et les conditions climatiques.

«Quand j'étais à Aspire, on partait souvent en Italie, j'étais un peu habitué à ça. Mais c'est vrai que c'est un climat de fou ici. Au Sénégal, il fait 38 degrés, à Doha aussi. Tu viens ici et il fait -1, -2 degrés. C'était bizarre pour nous. La première année, c'est la plus dure, ce n'est pas facile de vivre seul. Avant, on était souvent ensemble à l'académie... Heureusement, les coéquipiers nous ont donné des conseils, ils nous ont dit de nous accrocher.»

Pour chaperonner les jeunes pousses, plusieurs joueurs expérimentés sont arrivés. C'est le cas notamment de l'ancien international espagnol Luis Garcia (35 ans) et de Jeffren (29 ans), auteur du cinquième but du Barça en 2010 lors de la mythique «Manita» (5-0) contre le Real Madrid.


Dès leur arrivée, les joueurs ont aussi pu compter sur le soutien du club qui les a aidés à s'adapter en organisant notamment dans la cuisine des loges des cours de cuisine collectifs. 

«Pour les courses, aussi, on doit les coacher, pour faire une liste. Les joueurs qataris ont un guide pour leur montrer la vie ici, pour s'occuper des papiers au consulat pendant deux ou trois mois, pour connaître la culture européenne, pour ouvrir un compte, leur commander des cartes bancaires... Des choses qu'on pense acquises mais qui ne le sont pas forcément. Ca prend le temps mais ça va. Tu dois recommencer de zéro chaque année. Il faut avoir plus de patience mais c'est plus gratifiant», assure le coach eupenois.

Le premier Qatari à jouer en Liga

Cinq ans après la mise en place du projet, le bilan sportif est plutôt positif. Cette année, le club est monté en première division belge et il devrait logiquement se maintenir même si l'équipe perd des points parfois bêtement comme le regrette leur entraîneur.

«La différence la plus importante entre les joueurs qu'on forme en Afrique et ceux qui jouent en France, par exemple, c'est qu'à partir de 12-13 ans, ils jouent chaque année en championnat... À Dakar, il n'y a pas de championnat mais beaucoup de matches amicaux. Ils font quelques tournois mais ça ne vaut pas la compétition.»

La qualité de jeu affiché par les Eupénois saute, en tout cas, aux yeux des observateurs.  Normal quand on sait que la philosophie du club est espagnole. Outre Jordi Condom, le directeur sportif du club est Josep Colomar, l'ancien directeur de la Masia, le centre de formation du FC Barcelone. Après 24 journées, Eupen est d'ailleurs la sixième attaque de première division belge (36 buts) mais aussi la pire défense (56 buts).

«On essaye de jouer sur les qualités qu'on a, on joue contre des gars costauds. Nous, on a des joueurs de talent, ils sont petits, rapides, techniques, on a de la qualités offensive, ce serait contre-nature de faire autre chose ici. On défend avec le ballon, on essaye de l'avoir car sans le ballon, on souffre...», admet Condom.


Dans ce «tiki-taka wallon», certains joueurs se sont épanouis. C'est le cas de la pépite qatarie Akram Afif, 20 ans, qui a évolué deux ans sous les couleurs blanches et noires avant de signer à Villarreal. La première fois qu'un joueur de l'émirat partait pour l'un des cinq grands championnats. Pas un mince exploit.

 

Cette saison, il n'y a qu'un joueur qatari dans l'effectif belge: le défenseur Fahad Al-Abdulrahman, même si trois jeunes espoirs jouent également avec les U21 eupenois. C'est régulièrement le cas depuis l'arrivée d'Aspire puisqu'ils étaient par exemple sept en Belgique la saison passée. Ce partenariat a déjà commencé à payer puisque pour la première fois de son histoire, en 2014, le Qatar est devenu champion d'Asie chez les U19 avec notamment quatre joueurs du KAS Eupen.

 

Naturaliser les joueurs pour 2022?

La sélection A (85e du classement Fifa) reste, en revanche, bien loin des cadors mondiaux. Elle risque d'ailleurs une nouvelle fois de manquer sa qualification pour le Mondial 2018. Pas évident à cinq ans du Mondial que le Qatar disputera à la maison.

Il est vrai que pour le moment, l'équipe compte plus sur les joueurs naturalisés que sur ceux qui y sont nés. Ainsi, lorsqu'on se penche l'équipe titulaire lors du dernier match officiel contre la Chine en novembre dernier, on compte pas moins de 7 naturalisés dans l'équipe-type. Pas mal mais pas aussi bien que les handballeurs lors du Mondial 2015 durant lequel les Qataris avaient atteint la finale avec seulement 5 joueurs sur 16 nés sur le sol national. Comment dès lors ne pas penser que ces derniers n'envisagent pas pour le Mondial 2022 de naturaliser les joueurs étrangers formés dans le cadre de l'Aspire Dreams? Une idée d'emblée taclée par Christophe Henkel.

«On a entendu ça aussi mais ce n'est pas l'objectif du projet. Pour l'instant, aucun joueur de l'Aspire Dreams ne joue pour la sélection. Si on voulait naturaliser un joueur, il faudrait envoyer des joueurs au Qatar en 2017 pour qu'ils aient la nationalité avant la Coupe du monde. Pour que les joueurs deviennent qataris, on les enverrait pas en Belgique car tu dois vivre cinq ans dans le pays pour obtenir la nationalité.»

Le directeur général d'Eupen, Christop Henkel, a longtemps travaillé en Bundesliga.KAS Eupen/David Hagemann

D'autant que le règlement du football est différent du handball en matière de naturalisation. Au hand, un joueur qui n’a plus porté le maillot d’une sélection pendant trois ans a le droit d’évoluer pour une autre nation. Ce n'est pas le cas en football puisqu'un joueur qui a été sélectionné dans une sélection A ne peut plus évoluer pour un autre pays. «60% de nos joueurs qui évoluent au Sénégal jouent pour leur propre pays»affirme le directeur d'Aspire.

Un argument à nuancer puisque la plupart des Eupenois n'évoluent pas pour l'instant dans les sélections A mais dans les équipes de jeunes. Ils pourront donc choisir plus tard d'évoluer ou non pour un autre pays.

Bientôt un nouveau Messi?

Diawandou Diagne, lui, en tout cas, ne jouera jamais pour le Qatar puisque le jeune défenseur eupenois a été appelé à plusieurs reprises par le Sénégal même s'il a finalement raté la Coupe d'Afrique des Nations en début d'année. Il n'est reste pas moins, pour l'instant, la meilleure réussite sportive de l'Aspire Dreams puisqu'il a tapé dans l'oeil des recruteurs de son «équipe de coeur»: le FC Barcelone. 

Un rêve de gosse pour ce gamin de Thiès recruté à l'âge de 13 ans, formé cinq ans à Dakar et qui a passé le cap du professionnalisme, ici, en Belgique. «J'étais trop ému, trop flatté, ça m'a fait énormément plaisir. Le week-end, je jouais avec l'équipe B et la semaine je m'entraînais avec l'équipe première. Il y avait Neymar, Iniesta, Mascherano et Messi»se rappelle-t-il d'une voix calme assis dans les loges du stade.

Prêté à Eupen après la descente de la réserve catalane, Diawandou ne sait pas encore de quoi son avenir sera fait puisqu'après une saison en Espagne, les dirigeants catalans ont préféré qu'il fasse ses gammes en Belgique. Son contrat chez les Blaugranas, prendra en tout cas fin en juin prochain. Quid de la saison prochaine?

«Diawandou ira peut-être au niveau au-dessus, pronostique Christoph Henkel. C'est le but d'Aspire Dreams, c'est un projet avec les joueurs africains pour qu'ils deviennent professionnels et qu'ils jouent la Ligue des champions.» 

Et pourquoi pas sortir un jour le nouveau Messi? «C'est le rêve des Qataris mais tu dois être réaliste. Tu dois aussi avoir de la chance, tu ne peux pas tout contrôler...»

De nombreux joueurs remerciés

La réussite dans le football ne se contrôle, en effet, pas. Et même si le projet est présenté par les dirigeants comme «social» et «humanitaire», il ne faut pas être dupe, le milieu du football reste très cruel. Parmi les 17 joueurs arrivésde l'académie du Sénégal à Eupen à l'été 2012, plus de la moitié ne sont plus au club. Quand on évoque les «départs forcés» de certains de ses anciens poulains, Christoph Henkel, qui a géré le centre de formation du FC Cologne se défend.

«En Allemagne, chaque joueur doit se battre pour l'année d'après. À 16 ans-17 ans, il faut se qualifier pour la prochaine saison, chaque année. La sélection est très dure. Ici, on leur donne un contrat de cinq ans. Et après ces cinq ans, ils vont sur le marché normal, ils doivent trouver des clubs. Ce n'est pas pour toute leur vie. Alors oui, c'est dur pour eux, mais c'est le football.»

Diawandou Diagne connaît un copain qui n'a pas été conservé et qui joue actuellement en CFA en France. Pas évident quand on a été encadré pendant de nombreuses années de se retrouver seul sur le chemin du jour au lendemain. 

«C'est un peu difficile pour lui. Parfois je lui envoie de l'argent comme on se connaît. On a fait notre formation ensemble et c'est difficile pour lui. La vie, c'est fait pour souffrir un peu pour avoir quelque chose ensuite et pour réussir.»

Diawandou Diagne, sans doute la plus belle réussite de l'Aspire Dreams. KAS Eupen/David Hagemann

Dans cette optique, plusieurs anciens joueurs d'Aspire baroudent encore en Europe dans des divisions plus modestes: Lituanie, Arménie ou à un niveau inférieur en Belgique.  C'est le cas de Jasper Uwaegbulam, 22 ans, qui a signé en Estonie après n'être resté qu'un an à Eupen.

«Je m'attendais à renouveler mon contrat. Les dirigeants d'Aspire ne m'ont jamais dit s'ils souhaitaient le renouveler ou pas mais un des agents d'Aspire m'a dit qu'il souhaitait m'envoyer en 3e ou 4e division espagnole. Ce que j'ai refusé. C'était assez pour moi pour faire un choix. Je n'ai pas eu l'opportunité, pas eu assez de temps pour montrer mes qualités. Un agent qui me connaissait très bien m'a contacté pour m'envoyer en Estonie. Je suis déçu car à un moment j'ai eu l'opportunité de rejoindre des grandes équipes. On avait battu Manchester United durant un tournoi et j'avais marqué deux buts contre eux. De nombreux recruteurs m'avaient contacté mais je n'avais pas répondu aux propositions. Mon agent travaille dur pour me faire revenir en France, en Hollande ou en Belgique.»


Libéré lui aussi par Eupen après un an de contrat, Khalid Jumaan Ali, assure ne pas en vouloir aux dirigeants d'Aspire qui lui ont «permis de réaliser au moins la moitié de son rêve» malgré son retour forcé, chez lui, au Kenya.

«Ce n'est pas jamais facile de revenir en Afrique et de tout recommencer depuis le début mais je n'avais pas le choix. D'autant que je n'ai même pas eu l'opportunité de disputer un seul match de championnat. Malgré tout, j'ai rejoint un des plus grands clubs du pays.»

Happy Semelela (à gauche) et Khalid Jumaan Ali (à droite) ont dû rentrer en Afrique. D.R.

D'autres joueurs se retrouvent également sans club comme Happy Semelela qui n'a malgré tout aucune rancoeur vis-à-vis d'Aspire même s'il a été contraint, lui-aussi, de revenir dans son pays d'origine: l'Afrique du Sud. «Je n'avais pas d'autre choix que de rentrer», affirme-t-il aujourd'hui. Depuis le début de l'année, Happy s'entraîne seul de son côté, mais garde, comme des millions de joueurs africains, son rêve en ligne de mire: repartir jouer en Europe.

Jacques Besnard
Jacques Besnard (52 articles)
Journaliste
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