La main d'Henry a fait ressortir le meilleur du foot
On a entendu tout le monde, l'humanité du foot et ces diasporas, traiter ensemble d'un point de justice: la main d'un capitaine.
- Thierry Henry et Richard Dunne après la qualification de la France contre l'Irlande, REUTERS/Charles Platiau -
Lundi 18 janvier, deux mois après jour pour jour le match France-Irlande, il sera de nouveau question de la main victorieuse de Thierry Henry, qui a permis de qualifier l'équipe de France pour la prochaine coupe du monde de football. Cette main sera, en effet, «étudiée» par la commission de discipline de la Fédération internationale de football (Fifa). Le meilleur buteur de l'histoire de l'équipe de France -51 buts en 117 sélections- n'a pas été convoqué pour s'expliquer par la Fédération internationale. Nous republions un article de Phlippe Boggio sur la frénésie qui avait saisie la France au lendemain de cette qualification controversée.
Etrange semaine, un peu cul par dessus tête, à rôles inversés, que la France vient de vivre. Un peu comme si la messe était dite par un défroqué. Le foot se mêlant de morale. Le match de la dernière chance contre l'Irlande tournant brusquement à la contrition générale. Le pays des qualifiés se mettant à plaindre celui des vaincus, après que «la main de la honte» ait fait son office malheureux; les uns demandant que soit rejoué le match, les autres regrettant que Thierry Henry ne se soit pas avancé vers l'arbitre pour avouer sa faute et lui recommander de ne pas accorder le but; les uns et les autres exigeant pour l'avenir le recours à un arbitrage renforcé, sans doute vidéo, pour plus de transparence.
En temps ordinaire, à se souvenir de la chronique du foot, la fin de ce match aurait dû libérer un tout autre écho. En temps ordinaire, personne, dans le camp tricolore, n'aurait vu qu'«il y avait main». A commencer par les commentateurs de TF1, chaîne qui jouait financièrement gros dans la qualification des Bleus. Par les supporters les plus radicaux, dans le stade, qui auraient accablé les Irlandais, en plus du but encaissé, de leurs cris réjouis et de leurs chants de gloire. D'habitude, la foule cautionne la triche quand elle profite à son équipe. Pas vu, pas pris, telle est la règle sportive. Nationalisme et jubilation de mauvais joueur. D'autant qu'à l'heure du passage du ballon par la main d'Henry, la tension était à son comble, dans le stade et dans le pays. Dix minutes de plus et la France ne participait pas à la prochaine Coupe du monde. Imagine-t-on?
Ce n'est pas ce qui s'est passé. En direct, immédiatement, les commentateurs de TF1 ont dit leur étonnement, puis leur honte. Le stade n'a pas manifesté la joie qu'on attendait. Dix minutes encore, un coup de sifflet final, et le public, les joueurs, saluaient une qualification inespérée, et fort injuste, du bout des lèvres. Et le pays vainqueur boudait sa victoire. La rejetait, symboliquement. Aurait même voulu la rendre à l'Irlande.
Bien sûr, dans cette réaction, il y avait le meilleur du foot. Le foot éclairé. Les amateurs et les spécialistes de qualité. Bernard Pivot, Bixente Lizarazu, Arsène Wenger... Les internautes et les commentateurs qui réfléchissent. Ceux qui, pour en aimer le ballon rond, n'en oublient pas qu'ils sont aussi des citoyens, des femmes, des hommes de conscience. Les uns et les autres ont sûrement donné le ton. N'empêche: cette semaine de l'éthique par le foot est une bonne surprise. Elle rend un peu de lustre à une réputation. Elle complique l'idée qu'on pouvait se faire, au fil des ans, d'un sport envahissant, ultra-libéral, toujours pressé de s'enrichir et de se mondialiser, plein de casseurs de rue et de milliardaires blanchissant l'argent sale de la mafia russe. Elle participe aussi, de belle manière, au débat d'automne sur l'identité nationale. En élargissant ses conceptions les plus étroites. On a vu des Irlandais s'inviter à la table de nos discussions, en cousins européens; des jeunes Français avoir la bonne idée de fêter la victoire de l'Algérie plutôt que celle des Bleus. On a entendu tout le monde, l'humanité du foot et ses diasporas, natifs et immigrés, réguliers et clandestins, traiter ensemble d'un point de justice: la main d'un capitaine. Ce qui n'est pas une mince affaire.
Philippe Boggio
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Image de Une: Thierry Henry et Richard Dunne après la qualification de la France contre l'Irlande, REUTERS/Charles Platiau
Mis à jour le 27/02/2010 à 5h55










































Dix minutes de plus et la France ne participait pas à la prochaine Coupe du monde. Imagine-t-on?
Vous vous trompez M. Boggio. A l'heure du but de T Henry, les deux équipes étaient rigoureusement à égalité. Pouvait ne pas participer aurait été plus juste, car tout pouvait encore se passer, y compris lors de la séance des pénaltys.
Sinon, je ne comprends pas trop la finalité de votre texte que je trouve bien confus. Je ne vois pas ce que l'identité nationale vient faire dans cette histoire de faute d'arbitrage. Vous fantasmez beaucoup de trouve car dans le stade on ne savait qu'il y avait eu main. Contrairement aux téléspectateurs, nous n'avions pas eu le ralenti. Et la foule a donc célébré, comme d'habitude, contrairement à ce que vous dîtes. C'est une fois rentré à la maison que j'ai tout découvert.
Cette histoire de main montre que le foot n'est plus un sport, que, parce qu'il draine trop d'argent, parce que trop de monde se projette dans ses stars, il représente désormais autre chose. Comme les sportifs deviennent petit à petit l'exemple de l'auto-aliénation à suivre dans les entreprises, on demande aussi à ce qu'ils aient la communication la plus lisse possible.
Avec la chute de l'espoir au libéralisme c'est le retour du capitalisme familial, la morale de papa. L'identité nationale passe par l'auto-identification communautaire, on ne parle plus du projet que représente la France.
Sur une chaîne de la TNT était retransmis dernièrement un match de l'équipe de France espoir, et, sereinement, sans doute parce que l'audience était plus basse, les commentateurs tentaient une analyse de fond en remarquant que le jeu français était basé sur un fond de jeu, sur des redoublements de passe et une certaine aisance technique, mais que même une certaine domination de l'adversaire n'amenait que très peu d'actions décisives. Ce jeu, prôné par la direction technique, ne fait donc pas la part belle à la victoire, ne considère pas le résultat comme la mesure de toute chose. Or, bizarrement, toutes les postures qui ont été prises sur ce débat ne considèrent que la victoire, même en négatif, même quand les joueurs eux-même expliquent qu'ils ne s'y reconnaissent pas. Je ne parlent même pas des "supporters" de cette équipe qui ne sont autour d'elle que parce qu'elle porte le nom de "France" sans apprécier plus que ça la philosophie de son jeu.
Pourquoi toutes ces personnes se sont-elles exprimées de la sorte ? Pourquoi se sont-elles senties honteuses -donc dans la confusion entre acteur et spectateur- alors qu'on peut tenter de n'avoir qu'une approche esthétique et culturelle de ce qui s'est passé ? Même la justice n'est en fait aucunement en jeu, car ce qu'on veut c'est pouvoir transformer le résultat en mesure objective des rapports sociaux qui ont existé entre les 22 joueurs. Mais la justice a été suivie à la lettre dans l'évènement qui s'est déroulé. Peu importe la caméra qui donne une représentation de la réalité, ce qui s'est joué c'est une péripétie à l'intérieur d'un jeu, entre des hommes dont l'imperfection n'est pas en jeu. Ce qui est demandé à Henry ce n'est pas une perfection mais une moralité sans tâche, une sorte de pureté (et on sait ce que ce genre de notion a de puant) découlant naturellement d'une complétude, d'une capacité à tout instant, dans la négation totale du temps, à embrasser la totalité de l'espace, la totalité de ses rapports d'individu au reste de la société. Cette volonté de tout écraser pour satisfaire une idéologie totalitaire c'est, en ce qui me concerne au moins, ce qu'il y a de pire dans l'humanité, ce qui amène à toutes les barbaries. Les principes de justice et de morale ont été foulés au pied par un certain nombre d'intellectuels, et, alors que la main d'Henry n'a aucune importance, c'est de ceci dont on devrait avoir honte. J'espère que nous réussirons collectivement à nous reprendre, à retrouver le gout de construire une vraie société, de sortir de tous les aliénations actuelles... à vouloir à nouveau nous investir dans la vie de la Cité plutôt que de prôner des valeurs de mort.
Cela fait des lustres que le ballon ne tourne plus rond dans la bulle footballistique ! " Le meilleur du foot " serait une remise à plat des " règles " - de la déontologie ? - d'un sport gangrené par le fric et souvent " hors jeu " ... Car, de populaire, il est devenu suspect par bien des côtés. Puisse la main " salvatrice " de Thierry Henry accélérer le processus !