Monde

Trump signe beaucoup de décrets, comme les autres présidents avant lui

Daniel Vernet, mis à jour le 26.01.2017 à 7 h 22

Signer une série de décrets comme l'a fait le 45e président des États-Unis ces derniers jours est courant en début de mandat.

Donald Trump signe un décret dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017 à Washington DC | SAUL LOEB / AFP

Donald Trump signe un décret dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017 à Washington DC | SAUL LOEB / AFP

L’activisme vibrionnant de Donald Trump au cours de ses premiers jours à la Maison-Blanche ne doit pas tromper. Le 45e président des États-Unis agit comme ses prédécesseurs. Il veut imprimer sa marque dès son arrivée dans le Bureau ovale, pour satisfaire ses électeurs et montrer que le changement est en marche. Tous ont agi de même avant lui, surtout dans les cas d’alternance entre deux présidents se réclamant de partis différents. La nouveauté peut même se manifester dans des petits riens, la décoration du Bureau ovale ou le protocole. Donald Trump a en particulier fait changer les tentures des fenêtres pour installer de lourds rideaux dorés aux couleurs de son entreprise. Barack Obama avait signé ses premiers décrets en bras de chemise alors que du temps de son prédécesseur George W. Bush il fallait porter costume et cravate pour entrer dans le bureau présidentiel.

Entouré de ses principaux collaborateurs et du vice-président, Mike Pence, Donald Trump commencé à démonter l’héritage de Barack Obama. Son premier décret présidentiel, on parle d'«executive order» en anglais, qui n’a pas besoin de l’approbation du Congrès, s’attaque à l’Obamacare, le système d’assurance-maladie pour tous. Le président enjoint aux agences fédérales de «soulager le poids» financier et administratif de cette réforme honnie des conservateurs, en utilisant toutes les marges de manœuvres possibles que permet la loi pour imposer exemptions et reports.

Mais la décision la plus marquante est sans doute le gel des subventions fédérales aux organisations non-gouvernementales qui fournissent une aide informative ou financière au planning familial à l’étranger. Sa portée est plus symbolique qu’effective mais la mesure est la marque des administrations conservatrices depuis Ronald Reagan. Elle remonte en effet à 1984 et avait été prolongée par George Bush père. Bill Clinton l’avait annulée dès son arrivée au pouvoir en 1993 et il avait levé l’interdiction faite aux cliniques recevant des fonds fédéraux de donner des informations sur l’interruption de grossesse et même de prononcer ce mot. Huit ans plus tard, George W. Bush avait rétabli l’interdiction de subventionner les ONG «pro-choice». En 2009, Barack Obama l’avait supprimée. Donald Trump revient en arrière, dans un jeu de ping-pong qui illustre l’opposition des deux camps, républicains et démocrates aux États-Unis.

Outre les décrets concernant l’avortement et le système de santé, le nouveau président a supprimé des décisions de son prédécesseur sur la construction de grands oléoducs, le Keystone XL entre les États-Unis et Canada et un autre dans le Dakota du Nord. Il a signé le retrait de son pays du Traité de libre-échange du Pacifique, gelé les embauches au niveau fédéral et lancé le développement du «mur» avec le Mexique.

Bill Clinton et George W. Bush et Barack Obama

En trois jours, c’est beaucoup, mais ce n’est pas plus que Bill Clinton qui, outre ces mesures en faveur du libre-choix des femmes pour la procréation, avait créé un Conseil national de l’économie sur le modèle du Conseil national de sécurité, dans la ligne de son slogan de campagne «It’s economy, stupid!», et nommé Hillary à la tête d’un comité d’experts pour, déjà, réformer le système de santé.

Ou George W. Bush qui, dès sa prestation de serment, avait décrété le 21 janvier, «jour national de prière et d’action de grâces», bloqué les dernières décisions de Clinton, sauf les grâces présidentielles sur lesquelles il n’est pas possible de revenir, réduit la protection médicale des personnes âgées, interdit les subventions fédérales pour la pilule du lendemain, bref affirmé ses convictions conservatrices, tout en cherchant à coopérer avec les élus démocrates qu’il avait consultés sur les questions éducatives.

En 2009, Barack Obama n’avait pas été en reste. Le premier jour à la Maison-Blanche, il avait signé un décret prévoyant la fermeture sous un an de la prison de Guantanamo – l’objectif n’est pas encore totalement atteint–, gelé les procédures en cours à l’encontre des prisonniers de Guantanamo, rappelé que les règles de détention et les méthodes d’interrogatoire des «terroristes» devaient être conformes aux conventions de Genève, gelé les salaires de ses principaux collaborateurs, nommé le sénateur George J. Mitchell envoyé spécial pour le Proche-Orient, après qu’il eut lui-même appelé tous les protagonistes du conflit israélo-palestinien, en commençant par Mahmoud Abbas, nommé Richard Holbrooke, envoyé spécial pour l’Afghanistan et annulé un décret de George W. Bush sur la fermeture des archives présidentielles pour promettre plus de transparence.

Et Franklin Delano Roosevelt

Derrière ses inventaires à la Prévert se manifeste la volonté de donner le ton d’une nouvelle présidence, à l’instar de Franklin Delano Roosevelt qui, en 1933, s’était donné 100 jours pour changer l’Amérique après la grande dépression des années 1920. Cependant Donald Trump ne serait pas fidèle à l’aspect bouffon de son personnage s’il s’était contenté de prendre des décisions dans la quiétude du Bureau ovale. Il a fait une sortie à Langley, près de Washington, pour saluer les services de renseignements qu’il avait maltraités pendant la campagne. Jusque-là, rien d’anormal. Mais il en a profité pour s’en prendre une nouvelle fois aux médias tandis que son porte-parole se faisait fort de propager des «faits alternatifs», autrement dits des «informations» concoctées par la Maison-Blanche qui contrediraient par les médias traditionnels. Si l’on en croit ses tweets, le nouveau président est particulièrement agacé par les comparaisons entre le public clairsemé qui a suivi son investiture et les foules qui avaient accompagné Barack Obama en 2009. Il continue de fulminer contre les supposées fraudes au scrutin présidentiel qui expliqueraient, selon lui, les quelque 2,8 millions de voix d’avance d’Hillary Clinton dans le vote populaire.

Certains de ses plus proches collaborateurs s’inquiètent de ces saillies qui détournent le chef de la Maison-Blanche des priorités de sa charge et nuisent à sa stature présidentielle. Mais Donald Trump n’en a cure. Jusqu’à nouvel ordre, il paraît décider à gérer sa présidence comme il a mené sa campagne. On ne change pas une martingale qui gagne.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (417 articles)
Journaliste
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