Science & santé

Votre cœur est-il raciste?

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 25.01.2017 à 16 h 57

Repéré sur Nature Communications, Université de Brighton

Quand notre cœur fait boum, c'est là que les risques d'une erreur de jugement sont les plus élevés.

Campagne Benetton, mars 1996

Campagne Benetton, mars 1996

Selon une étude publiée dans Nature Communications, les battements de notre cœur peuvent renforcer des préjugés racistes –inconscients ou non– lorsque nous faisons face à un potentiel danger. Plus précisément, lorsque notre cœur se contracte pour propulser le sang dans notre organisme, c'est là que nous avons le plus de chances de laisser parler nos biais, en croyant par exemple qu'un individu noir porte forcément une arme.

Des recherches qui s'inscrivent dans la droite ligne des travaux de deux de ses co-auteurs, Hugo D. Critchley et Sarah N. Garfinkel, qui avaient précédemment montré que pendant la systole –une contraction des chambres du cœur–, l'organe ne se contente pas d'injecter du sang dans notre corps, il envoie aussi tout un tas de messages au cerveau. Des signaux, en particulier, relatifs à la peur et à notre gestion inconsciente des menaces.

Ruben T. Azevedo, autre co-auteur de l'article, précise:

«Si notre étude se focalise sur les préjugés dont sont victimes les Noirs, et dont les conséquences sont si souvent tragiques au quotidien, il est tout à fait possible qu'elle puisse s'appliquer à d'autres situations. En cas d'excitation physique et émotionnelle, comme lors d'une situation très stressante, des battements de cœur plus rapides et plus forts pourraient augmenter la probabilité de croire réelle une menace inexistante, et de mener à des erreurs de jugement.»

L'hormone du stress

En l'espèce, les participants (tous blancs) à l'étude devaient déterminer si la personne –noire ou blanche– dont la photo défilait sous leurs yeux avait un téléphone ou un pistolet dans sa main. Lorsque le choix s'effectuait pendant la systole, et non pendant la diastole, les volontaires ont eu 10% de chances supplémentaires de croire le noir armé, alors qu'il ne l'était pas. Des conclusions confirmant d'autres expériences menées en laboratoire sur des étudiants et des policiers et prouvant combien les erreurs de jugements nées des préjugés raciaux peuvent être mortelles, vu que les individus sont bien plus susceptibles de se tromper sur l'objet qu'un noir a dans la main –confondre un revolver et une clé à molette, par exemple–, avant de lui tirer dessus pour se préserver d'une menace illusoire.

Dans le cerveau, il suffit qu'un Blanc aperçoive furtivement le visage d'un Noir pour que ses neurones s'affolent, une réaction propre au «système de signalement de la peur» se manifestant notamment par une augmentation de l'activité de l'amygdale. Un phénomène qui a tout du cercle vicieux, tant le cortisol –l'hormone du stress– a tendance non seulement à exacerber notre vigilance à de potentielles menaces, mais diminue aussi notre capacité à nous raisonner, c'est-à-dire à contrôler et modérer l'effet de nos préjugés sur nos pensées et nos actions.

Une panique dont on ne connaît que trop les effets délétères. Aux États-Unis, on estime aujourd'hui que les noirs non armés ont jusqu'à deux fois plus de risque de se faire tuer par la police que leurs compatriotes blancs.

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