Economie

Pourquoi François Hollande a échoué sur le chômage

Gilles Bridier, mis à jour le 25.01.2017 à 9 h 36

Malgré quelques améliorations au dernier trimestre, l’année 2016 s’est terminée avec 17% de plus de chômeurs qu’en juin 2012, au début du mandat de François Hollande.

Manifestation en décembre 2013 à Paris I ERIC FEFERBERG / AFP

Manifestation en décembre 2013 à Paris I ERIC FEFERBERG / AFP

Au vu du nombre de demandeurs d’emplois enregistrés par Pôle emploi à la fin de l’année 2016 (3,47 millions de personnes sans aucun travail, 5,47 millions en ajoutant les précaires en temps partiels), François Hollande n’aura pas de regret d’avoir renoncé à briguer un deuxième mandat. La promesse n'est pas tenue. 

Quant à l’ex-Premier ministre et candidat Manuel Valls, il va avoir bien du mal à revendiquer un bilan auquel il est forcément associé dans la lutte contre le chômage. Depuis juin 2012, début du mandat de François Hollande, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucun travail a progressé de 17%, et même de 24% si l’on ajoute les demandeurs précaires qui ne travaillent qu’à temps partiel.

En outre, si on entre dans le détail, on s’aperçoit que le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a augmenté de 40% (à cause, entre autres, du recul de l’âge de départ en retraite), et que les demandeurs d’emplois inscrits depuis plus d’un an sont plus nombreux de 43%  sur la mandature (et même de… 82% pour les chômeurs de plus de trois ans, à cause là-aussi du recul de l’âge de départ en retraite). Il est logique dans ces conditions que la durée moyenne d’inscription à Pôle emploi soit passée de 468 jours en juin 2012 à 581 jours à la fin 2016. Tout le contraire d’une réussite.

Taux de chômage en baisse, nombre de chômeurs en hausse

Pour un président qui avait annoncé que la lutte pour l’emploi serait sa priorité, et considéré que l’inversion de la courbe du chômage serait un marqueur de sa politique, il aurait été très compliqué de briguer à nouveau les suffrages des électeurs, avec la publication de ces résultats en pleine primaires de la gauche et à quelques semaines du début de la campagne officielle.

Certes, Manuel Valls qui assume le bilan de l’action gouvernementale peut tenter de pointer la baisse du taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) redescendu au-dessous des 10%, et même à 9,7% pour la France métropolitaine au troisième trimestre 2016. Car l’économie française crée des emplois (environ 159.000 en 2015 par exemple selon l’Insee); mais elle accueille aussi un nombre de jeunes sur le marché travail supérieur au nombre des départs en retraite. Ce qui entraîne une augmentation de la population active.

Aussi, même si le nombre d’inscrits à Pôle emploi a connu une hausse en valeur absolue, la proportion par rapport au nombre de personnes au travail a pu reculer un peu. Malgré tout, il existe des pointes à 12% et plus du taux de chômage dans le Nord, le Pas-de-Calais, l’Aisne, l’Aube, la Seine-Saint-Denis, et toute la frange méditerranéenne qui va des Pyrénées orientales au Vaucluse.

Le reflux est trop tardif pour qu’un candidat anti-chômage puisse revendiquer les effets de la politique qui a été menée

Il est vrai, également, que par rapport à février 2016 où le nombre de demandeurs d’emploi sans aucun travail avait atteint un pic à près de 3,6 millions de personnes, l’inflexion est sensible à fin décembre avec une baisse d’environ 150.000 chômeurs.

Mais le reflux est trop tardif pour qu’un candidat anti-chômage puisse revendiquer les effets de la politique qui a été menée, d’autant que les baisses spectaculaires et conjuguées du coût de l’énergie et des taux auraient dû permettre aux entreprises de relancer leurs investissements et leurs embauches.

Des mesures de soutien à l’emploi pourtant nombreuses

Pourtant, outre les déclarations faites aux entrepreneurs sur l’air de «j’aime l’entreprise», François Hollande et ses premiers ministres Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls, ainsi que leurs ministres en charge des entreprises Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron, n’ont pas lésiné sur les mesures de soutien.

Depuis la «boîte à outils» du début 2013 destiné à favoriser l’emploi des jeunes jusqu’aux capacités de «suramortissement» destinées à stimuler l’investissement en passant par les réductions de charges sur les bas et moyens salaires et les aides à l’embauche dans les très petites entreprises, et surtout le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et le pacte de responsabilité qui ont dégagé 40 milliards d’euros de marges de manœuvre au bénéfice des entreprises, les dispositifs se sont finalement accumulés au cours de ce mandat.

Sans oublier d’autres dispositions pour fluidifier le travail et favoriser l’embauche comme l’accord sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi de 2013 destiné à introduire plus de souplesse dans la gestion des capacités de travail, ou la très contestée loi El Khomri de 2016. Ainsi que le plan massif pour l’emploi présenté comme en apothéose l’an dernier aux vœux du Chef de l’État, avec sa batterie de mesures notamment en faveur de la formation.

Manque de confiance et manque de temps

Mais le temps aura manqué pour récolter les fruits de toutes ces dispositions. Il aura d’autant plus manqué que les relations de François Hollande avec les entreprises furent fort mal engagées à cause, dans un premier temps, de mesures avant tout politiques plutôt coercitives destinées à satisfaire un électorat de gauche.

Il fallut ensuite reconquérir la confiance des entrepreneurs, ceux qui investissent et qui créent de l’emploi. Car les embauches ne se décrètent pas, et seul un environnement économique et fiscal favorable peut relancer la machine. Mais un quinquennat est court.

Le choix du CICE, pierre angulaire de l’allègement des charges, fut dangereux. Introduit début 2013, le système «s'est révélé un outil au pilotage complexe», a estimé le Sénat. De quoi rebuter notamment les patrons de PME à qui il est en priorité destiné. «Le fait que le paiement soit différé peut avoir conduit certaines entreprises à différer les décisions d’embauche en raison de contraintes de trésorerie», a confirmé le comité de suivi du CICE dans son rapport 2016.

Le fait que le paiement du CICE soit différé peut avoir conduit certaines entreprises à différer les décisions d’embauche en raison de contraintes de trésorerie

Pourquoi avoir choisir un crédit d’impôt plutôt qu’une simple baisse des cotisations, surtout si, comme l’a confirmé François Hollande il y a tout juste un an, ce CICE a vocation à être transformé en une baisse pérenne de cotisations sociales? Pour l’exécutif, il s’agissait de repousser dans le temps la perte de recettes pour l’État générée par cette baisse, le crédit d’impôt intervenant avec un an de décalage sur l’exercice concerné. Ainsi, l’Etat gagnait-il un an avant que l’abattement ne se fasse sentir dans les comptes publics.

Reconstituer les marges

Certes, pour que cette gymnastique budgétaire ne nuise pas à l’efficacité du dispositif, la banque publique d’investissement Bpifrance fut mobilisée pour préfinancer le crédit d’impôt devant intervenir l’année suivante. On aurait pu faire plus simple. Aussi le dispositif n’est-il monté en puissance que très progressivement, faisant perdre un temps précieux alors que le mandat ne comportait déjà plus que quatre années.

Encore n’a-t-il pas été spécifiquement concerné les créations d’emplois. «Les entreprises ont consacré une partie importante du CICE à la reconstitution de leurs marges», avant de songer à embaucher, constate le comité. L’Insee enfonce le clou, considérant que la moitié des entreprises qui en ont bénéficié l’ont aussi utilisé pour améliorer leurs résultats d’exploitation, voire relever les dividendes versés aux actionnaires (notamment des grandes entreprises qui ont profité du tiers des créances). L’embauche n’aura pas été prioritaire.

Des effets inférieurs aux prévisions

Reste que dans ces conditions, si les entreprises n’ont pas à se plaindre de la politique menée par François Hollande, les retombées du CICE pour l’emploi seraient limitées: le comité de suivi  estime probable un effet direct de l’ordre de 50.000 à 100.000 emplois créés ou sauvegardés sur la période 2013-2014. De sorte que, avec deux années supplémentaires jusqu’à 2016, une hypothèse tournant autour de 200.000 emplois créés ou sauvegardé directement grâce au CICE semble plausible.

Ce résultat est malgré tout modeste au regard des sommes concernées, et apporte de l’eau au moulin à la gauche de la gauche qui reproche à François Hollande et à Manuel Valls d’avoir donné des chèques en blanc aux entreprises.

Quant à la loi El Khomri, elle est encore trop récente pour pouvoir évaluer son impact sur les créations de postes. Alors qu’elle aura marqué la deuxième partie du quinquennat, obligeant Manuel Valls à recourir à l’article 49-3 de la Constitution pour la faire adopter sans débat au Parlement, elle n’aura été d’aucune utilité à François Hollande pour atteindre son objectif en faveur de l’emploi pendant son quinquennat.

Pour Hamon, nous vivrions donc une période de transition où le plein emploi serait déjà devenu inaccessible. Hollande aurait eu tort de viser un objectif mythique

Le plein emploi inaccessible?

Cet échec de François Hollande face au chômage s’inscrit aussi dans une perception nouvelle du travail compte tenu de son évolution, de son contenu et de sa rareté… autant de paramètres qui rendraient impossible tout retour à une situation de plein emploi. C’est une réflexion, voire un constat, qui bouscule jusqu’aux gènes de la gauche fondamentale attachée à la valeur travail. Elle est pourtant à l’origine du projet de revenu universel d’existence de  Benoit Hamon

Dans le cas d’une vision éclairée de ce candidat de gauche en pleine ascension pour postuler à l’élection présidentielle, nous vivrions donc une période de transition où le plein emploi serait déjà devenu inaccessible, en tout cas dans des conditions de rémunération qui assurent un revenu décent à tous les citoyens tout au long de leur vie. D’où la nécessité d’envisager un revenu d’un nouveau type, sorte de complément destiné à palier la raréfaction du travail et combattre la précarisation qui s’ensuit.

Au cas où Benoît Hamon aurait raison, alors François Hollande aurait eu tort de viser un objectif mythique et inaccessible en usant de dispositifs plutôt classiques qui n’ont pas fait preuve d’une totale efficacité. Une réalité subsiste: sur le quinquennat, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté, et la durée moyenne de chômage également.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (656 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte