Culture

Nos propositions pour remplacer Polanski à la présidence de la cérémonie des César

Jean-Marc Proust, mis à jour le 25.01.2017 à 14 h 33

Roman Polanski s'est dégonflé. Harcelé par des féministes, le comité d’organisation des César doit être bien embêté. À Slate, on est sympas: on a une liste de remplaçants de première bourre.

CHARLY TRIBALLEAU / AFP

CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Les nominations pour les Cesars sont tombés ce mercredi 25 janvier. Elle et Frantz mènent la danse avec 11 citations devant Ma Loute, Mal de Pierre, Divines, La Danseuse, Juste la fin du monde et Chocolat. Alain Terzian, le président de l'Académie des arts et techniques du cinéma, en a profité pour revenir sur la polémique Polanski. Le cinéaste a renoncé à présider la cérémonie face à la contestation de ceux qui s'offusquaient qu'un tel honneur fut rendu à un homme qui a fui la justice américaine en pleine procédure autour d'accusations de viol de la jeune Samantha Geimer, 13 ans à l'époque des faits.

«C'est un des plus grands artistes de la planète», a-t-il rappelé avant d'énumérer son prestigieux palmarès. Alain Terzian a ajouté: «Le choix de Polanski etait un choix indiscutable. Je ne m'associe à aucune polémique, le reste appartient à chacun.» Pour l'heure, aucun remplaçant n'a été nommé. Nous avons donc décidé de soumettre à l'académie une petite liste d'autres candidats au talent tout aussi parfaitement indiscutable.
 

1.Woody Allen

Et si on adoptait des enfants pour coucher avec? La bonne idée! Woody, qui vit avec sa fille adoptive, est toujours le chouchou du public français. Il a fait l'ouverture du dernier Festival de Cannes et à une blague ou deux près, personne n'a trouvé à y redire. Le cinéaste est «quelqu’un d’incroyable et un super papa», selon la chanteuse et actrice Miley Cyrus, qui a tourné dans sa série Crises in six scenes. Même si sa fille adoptive, Dylan Farrow, l’accuse d'abus sexuels lorsqu’elle était enfant.

«Quand j’avais 7 ans, Woody Allen m’a prise par la main et m’a emmenée vers un placard sombre au deuxième étage de notre maison. Il m’a dit de m’allonger sur le ventre et de jouer avec le train électrique de mon frère. Il m’a agressée sexuellement.»

Elle a rompu tout contact avec son père. Son frère, Ronan, la soutient mais en l'absence de condamnation –les charges contre son père ont été abandonnées à l'époque car Dylan Farrow était jugée trop «fragile» pour faire face à un tel procès–, l’affaire ne fait pas vraiment la une des journaux.
 

2.Bernardo Bertolucci

Il a fait quelques bons films (1900...), curieusement mélangé l’opéra et l’inceste (La Luna) mais l’on ne retiendra de lui qu’une motte de beurre. Celle qu’utilisa Marlon Brando pour sodomiser Maria Schneider dans Le Dernier Tango à Paris. Scandale en 1972. Scandale tout court. L’actrice avait 19 ans et si la sodomie fut simulée, Bertolucci misa tout de même sur un effet de surprise, ne mettant pas son actrice dans la confidence.

«La séquence du beurre est une idée que j'ai eue avec Marlon la veille du tournage. Je voulais que Maria réagisse, qu'elle soit humiliée. Je pense qu'elle nous a haïs tous les deux parce que nous ne lui avons rien dit.»

On a parfois du mal à comprendre le processus créatif.  

 «Ensuite, elle m’a haï toute sa vie.»

L'ingrate.
 

3.Jean-Claude Brisseau

Qu’est-ce que le talent? Se faire financer pour demander à des filles à poil de se masturber en public, peut-être. Le réalisateur a été condamné en 2005 «pour harcèlement sexuel sur deux jeunes actrices lors d’essais érotiques» puis atteinte sexuelle sur une troisième. Une quatrième actrice, d’abord déboutée, avait renoncé aux poursuites. Revendiquant d’«avoir agi dans le cadre de son métier d'artiste et de ses recherches intellectuelles sur la féminité et l'interdit sexuel», Brisseau avait dénoncé «un procès en perversité», c’est dire si le personnage est sympa. S’il n’est pas Président des César, faute de notoriété suffisante, ce serait moche de l'empêcher de décerner le meilleur espoir féminin.
 

4.James Deen

Son ex-compagne, Stoya, dit qu’il l’a violée malgré ses supplications. En outre, l’acteur porno est accusé de viol par plusieurs actrices du X: Ashley Fires, Tori Lux, T. M (un pseudonyme, marrant, hein, qu'il faille se cacher dans un milieu où on montre tout). Surprise: le porno ne procure pas que du plaisir. Dans la mesure où le cinéma d’auteur (?) se passionne chaque jour davantage pour le sexe non simulé (le porno donc), James Deen est le candidat idéal à une grande réconciliation de la famille du 7e art et 7e ciel.

 

5.L'hologramme de David Hamilton

Le floutographe le plus célèbre des seventies n'est plus. Mort asphyxié, un sac sur la tête. Accusé de viol de manière insistante, il met ses (très probables) victimes dans une position atroce: l'impossibilité de s'expliquer, le poids de la responsabilité du suicide. Chapeau l'artiste!
 

6.Vincent Maraval

«Quand ça pisse pas, ça pleure.» L’adage est plus que jamais d’actualité pour le producteur de la très voyeuriste Vie d’Adèle (Abdetallif Kechiche, encore un cinéaste dopé aux larmes de ses actrices) qui n’hésita pas un instant à tweeter son soutien à Polanski avec délicatesse et poésie.

Tweet courageusement retiré depuis. Il faut toujours se retirer.
 

7.Gabriel Matzneff

Ce chroniqueur au Point revendique fièrement sa passion pour les petits garçons...

«Les petits garçons de 11 ou 12 ans que je mets ici dans mon lit sont un piment rare.»

Il fustige la bien-pensance qui l’empêcherait d’en jouir.

«Les délateurs ont toujours existé, et sous l'occupation allemande les lettres de dénonciation s'entassaient sur les bureaux de la Gestapo ou de la Milice.»

Il sera parfait en maître de cérémonie, clamant à tout instant que «l'art n'a rien à voir avec la morale».
 

8.Jean-Marc Morandini

L’animateur le plus doué du Morandini blog est fortement soupçonné de faire du hard casting, en exigeant des photos de nus de jeunes acteurs. Voire très jeunes, puisqu’il est toujours mis en examen pour «corruption de mineurs» et «corruption de mineurs aggravée» par voie de communication électronique, même si les enquêtes le visant pour «harcèlement sexuel» et pour «travail dissimulé» ont été classées sans suite

Redoutable en journaliste d’investigation, Morandini n’hésiterait pas à se faire passer pour une certaine Catherine Leclerc, afin d’obtenir des photos compromettantes ou suggérer une «vraie fellation». Pour la remise du meilleur espoir masculin?

Entracte

Entre deux remises de trophées, on s’ennuie. D’où les multiples hommages et commémorations dont le monde du cinéma est friand. On suggère aux organisateurs de passer quelques extraits de films ayant porté le viol à un haut niveau d’exigence artistique: La Source (Ingmar Bergman), Les Chiens de paille (Sam Peckinpah), Délivrance (John Boorman), Dupont Lajoie (Yves Boisset) , Festen (Thomas Vinterberg)...

 

Place aux seconds rôles: les femmes

Si vous trouvez que cela fait vraiment, mais vraiment trop de mecs, tournez-vous vers des solutions alternatives (des femmes, c’est-à-dire du second choix).
 

9.Samantha Geimer

Faute de violeur, la violée. C’est fou ça. On invite toujours Polanski, elle jamais. Elle pourrait enfin expliquer devant une assemblée de notables cultureux ce que c’est d’être violée à 13 ans par un homme qui en a 44, paré de tout le prestige de sa carrière. Qu’ils entendent ça, au lieu d’applaudir le cinéaste.

«Et puis, Roman Polanski l'emmène dans une des chambres. Samantha dit "non" plusieurs fois, mais "décide de le laisser faire". "Je rends les armes, je m'envole loin, très loin", analyse-t-elle. Et d'ajouter: "Si affreux que ce soit, ce n'est que du sexe. Il ne veut pas me faire du mal. Il veut seulement me baiser. Et ce sera tout. Je ne suis pas vraiment une personne à ses yeux, pas plus qu'il n'est réel pour moi. Nous jouons chacun un rôle."»

Non, en fait. Samantha Geimer n’en a aucune envie. Une large partie de sa vie a été bouffée par la queue d’un quadragénaire manipulateur. Foutons-lui la paix.
 

10.Flavie Flament et Elise Servier

Ces deux actrices ont cru avoir de la chance. Elles ont été violées par des célébrités.

Flavie Flament:

«Quand il a proposé à ma mère que je fasse des essais, elle a été ravie. Tout le monde savait qui il était. Il y avait cette sensation de toucher à l’extraordinaire pour une famille de province». 

Elisa Servier:

«"Moi, le premier film que j'ai fait, je me suis fait violerJ'avais 18 ans. J'ai enterré ça. C'est trente ans après, je me suis dit 'bah non, mais je me suis fait violer».

Il leur a fallu plusieurs décennies pour comprendre qu’elles n’en étaient pas coupables. Elles n'ont pas eu une grande carrière. La soirée des César se fera sans elles, évidemment.
 

11.Yannick Bellon

En 1977, elle réalise L’Amour violé, film «que personne ne veut produire», selon Wikipedia. L'œuvre comprend une longue, très longue scène de viol, insoutenable. Les hommes ne sont pas très glorieux dans ce film. On reprocha à Yannick Bellon d'être féministe, forcément. Elle a aujourd'hui 92 ans. Ce n’est pas trop tard pour lui confier, allez, deux ou trois remises de médailles? Et passer un extrait, bien trash, de son film?

Morale et art

Père la pudeur? Donneur de leçons? On me reprochera sans doute un ton moralisateur. J'assume. Il y a là de grands cinéastes. Des histoires lointaines. Et alors? Remplaçons quelques grands artistes par un personnage que tout le monde a envie de détester. Tiens, au hasard, Trump. Et Trump affirmerait, sûr de son bon droit, qu'il «voulait que Maria réagisse, qu'elle soit humiliée», affirmerait avoir agi dans le «cadre de son métier d'artiste et de ses recherches intellectuelles». Quelqu'un dirait: «c'est un très grand Président. Ça s'est passé il y a 40 ans.»

On trouverait cela indigne, immonde, insupportable. Mais voilà, le cinéma, les marches de Cannes, le strass, la culture... Cet univers séduisant nous aveugle et nous rend complices, moi le premier, d'un coupable silence, d'une morbide indulgence. Les poubelles de l'histoire du cinéma (Hitchcock...) sont sans doute emplies de nombreuses histoires sordides dont on ne sait rien. Elles frappent, faut-il s'en étonner?, le plus souvent des jeunes femmes, ou des enfants. 

Et si, au lieu de nous infliger la fastidieuse et inutile cérémonie des César, le service public (?) diffusait à la place L’Amour violé, en hommage à celles qui le portent à vie?

Jean-Marc Proust
Jean-Marc Proust (167 articles)
Journaliste
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