Monde

Mais qui est Sean Spicer, le porte-parole de Donald Trump?

Grégor Brandy, mis à jour le 25.01.2017 à 12 h 37

Sean Spicer s'est fait particulièrement remarquer quelques heures, à peine, après l'investiture de Donald Trump.

Sean Spicer, le 23 janvier 2016, à la Maison-Blanche, à Washington | SAUL LOEB / AFP

Sean Spicer, le 23 janvier 2016, à la Maison-Blanche, à Washington | SAUL LOEB / AFP

Première conférence de presse et premiers mensonges. Sean Spicer n'a pas perdu de temps, la première prestation du nouveau porte-parole de la Maison-Blanche n'est pas passée inaperçue. Il faut dire que l'homme de 45 ans n'a pas hésité à mentir sur le nombre de personnes présentes lors de l'investiture de Donald Trump, assurant que celle-ci avait attiré plus de monde que n'importe quelle autre jusque-là, alors que tous les indices disent le contraire.

«Ce fut la plus grande foule jamais vue lors d’une investiture, point barre», affirme-t-il, sans fournir d’éléments concrets pour appuyer ses dires, souligne 20 Minutes. Après avoir lu son communiqué, et attaqué la presse, Spicer quitte la pièce, sans répondre à la moindre question. De quoi lancer au mieux une relation avec les journalistes qui doit durer quatre ans. Le New Yorker parle de «conférence de presse anormale». Pour le défendre, l'attachée de presse de la Maison-Blanche, interrogée par NBC, estime qu'il évoque des «faits alternatifs». Sans que l'on sache ce que sont des «faits alternatifs», si ce n'est des affirmations fausses. 

Et Sean Spicer a remis ça ce mardi 24 janvier, en voulant justifier l'affirmation de Trump selon laquelle des millions d'immigrés illégaux ont pu voter en novembrer dernier.

Les moqueries n'ont donc pas tardé à arriver. En l'espace de quelques heures, Sean Spicer est devenu un mème. Au milieu de l'indignation et du sentiment de stupéfaction qui régnaient chez de nombreux journalistes américains, certains ont commencé à lister des #SpicerFacts («les faits de Spicer») du nom du nouveau porte-parole de la Maison-Blanche. Un compte Twitter a même été créé en se moquant de l'étrange rapport de l'homme à la réalité et aux faits:

«La mère de Bambi n'a pas été tuée. Elle est à la retraite et vit en Floride. Je l'ai rencontrée.»

Pour l'ancien porte-parole de la Maison-Blanche sous George W. Bush, Ari Fleischer, ce n'était pourtant pas une erreur de communication, mais un message envoyé par la présidence. Voire un moyen de prouver sa loyauté, selon un autre commentateur politique. Un point auquel Spicer tient d'ailleurs beaucoup plus que sa cohérence, estime le Washington Post.

«Sean Sphincter»

Sean Spicer n'est pas arrivé là par hasard. Le premier engagement de cet homme de 45 ans, né dans le Rhode Island (dans le Nord-Est du pays), date du lycée, «lorsqu’il milite pour augmenter le budget de l’équipe de voile, majoritairement républicaine», indique Ouest-France.

«Il vit son premier conflit avec la presse écrite, en 1993. Il veut un droit de réponse dans le journal du collège qui a “mal orthographié” son nom, devenu “Sean Sphincter”».

C'est le début d'un long combat avec les médias. Réserviste au sein de la Marine américaine où il a le grade de «commandant», il travaille «dans les tranchées de la Chambre des représentants et du Sénat», avant de faire un passage remarqué au Bureau du représentant américain du commerce –où il défend des positions que Trump attaque aujourd'hui–, et d'accéder finalement au comité national républicain, en 2011, «à un moment où le parti était profondément endetté et avait une marque ternie», selon les propos du parti républicain.

«Il a tenu à ce poste plus longtemps que tous ses prédécesseurs, même si ce n'était pas forcément prévu, raconte le Washington Post. Selon plusieurs de ses collègues, Spicer visait le poste de Chief of staff, mais s'est fait passer devant par Katie Walsh, l'ancienne responsables des finances du parti, lors des élections de mi-mandat, en 2014. En guise de consolation, le comité national républicain a créé un nouveau titre de “stratège en chef”, que Spicer a pu ajouter à son CV.»

En revanche, ne figurent pas sur son CV quelques faits d'armes un peu plus drôles: son combat public contre la marque de glaces Dippin' Dots (qui dure depuis plus de six ans), son interrogation –partagée par le journaliste de Canal+ Laurent Weil– sur le port du casque par le groupe Daft Punk, ou encore son rôle de lapin de Pâques lors de la chasse aux œufs sous l'administration Bush.

«Daft Punk – ce sont vos dix secondes sous le feu des projecteurs – vous ruinez tout.»

«Je suis un fan de la première heure, mais qu'est-ce-que c'est que ces casques? Il faut qu'ils grandissent sur ce point.»

Ses critiques contre Trump

Plus sérieusement, c'est à ce poste de «stratège en chef», qu'il assiste à l'ascension de Donald Trump au poste de candidat républicain à la présidentielle 2017. Lors des primaires, Sean Spicer monte à quelques reprises au créneau –gentiment–  pour s'attaquer au magnat de l'immobilier. En juin 2015, il reprend Trump sur ses commentaires sur les immigrés mexicains «violeurs», qui amènent selon lui drogue et crime avec eux.

«Cela n'aide pas notre cause. Mais sur le problème de l'immigration illégale, M. Trump et d'autres ont indiqué qu'il fallait être ferme sur la sécurité aux frontières et chercher des moyens pour que l'Amérique résolve son problème migratoire, et trouve un moyen pour que des gens du Mexique, du Canada, d'Europe, ou d'ailleurs, vienne dans ce pays d'une manière plus utile à notre économie.»

Spicer prend également la défense de John McCain, candidat républicain malheureux à l'élection de 2008, quelques semaines plus tard. Attaqué par le sénateur sur ses déclarations sur l'immigration, Donald Trump s'en était pris au passé militaire de McCain, prisonnier pendant la guerre du Vietnam.

«Ce n'est pas un héros de guerre. C'est un héros de guerre, parce qu'il a été capturé. J'aime les gens qui n'ont pas été capturés.»

Le porte-parole du parti républicain –comme la quasi-totalité de l'échiquier politique américain– prend alors la défense de McCain et dénonce les propos de Donald Trump.

«Le sénateur John McCain est un héros de l'Amérique, il a servi son pays et sacrifié plus qu'on ne peut l'imaginer. Un point c'est tout.»

«Il n'y a pas de place dans notre parti ou notre pays pour des commentaires qui dénigrent ceux qui l'ont servi avec honneur», poursuit-il.

De drôles de défenses

Après la victoire de Trump, Spicer finit par se rallier, comme quasiment tout le reste du parti au candidat républicain, n'hésitant pas à le défendre, sans toutefois que l'on sache s'il croit vraiment à ce qu'il dit. «Il y a des médecins qui aident des gens qui ont fait de mauvaises choses, des avocats qui défendent de mauvaises personnes. Je ne pense pas que ce soit propre à ma profession», expliquait-il au Washington Post, en août dernier.

Sachant cela, certaines de ses sorties deviennent nettement plus compréhensibles. Ainsi, quelques heures après le discours de Melania Trump lors de la convention républicaine et les accusations de plagiat de parties d'un discours de Michelle Obama, Sean Spicer cite My Little Poney pour la défendre, avec pour objectif de rendre les accusations ridicules.

«Melania Trump a parlé de “la force de vos rêves et la volonté de travailler pour les atteindre”. Twilight Sparke de My Little Poney a dit “C'est ton rêve. Tout ce que tu peux faire dans tes rêves, tu peux le faire désormais”.

Si on veut prendre quelques phrases, et les chercher sur Google pour trouver qui d'autres les a prononcées, je peux vous fournir une liste dans cinq minutes. C'est juste ça.»

Et ça fonctionne. Plutôt que de se concentrer sur Melania Trump, une partie des médias et des réseaux sociaux passent à la petite phrase de Sean Spicer.

«Les cheveux sont blonds comme le sable, les yeux intenses»

Sean Spicer multiplie les passages télés, et les tweets pour défendre le candidat républicain. On le voit de plus en plus, et sa présence est loin de passer inaperçue, poursuit le Washington Post, qui souligne sa verve. Pour s'en rendre compte, on peut se rendre sur son profil YouTube, sur lequel sont présentes toutes ses sorties télévisées:

«C'est le visage du parti républicain d'aujourd'hui. Le nez est pincé, les cheveux sont blonds comme le sable, les yeux intenses. Mais tout ce qu'il faut savoir peut être vu depuis la bouche. C'est là que le talent et l'énergie de Spicer se retouvent. Regardez-là s'ouvrir grand quand Spicer s'en prend à un rédacteur en chef. Observez sa polyvalence, quand il arrive à s'en prendre à Trump qui appelle les Mexicans des violeurs et des meurtriers, tout en le complimentant de parler du problème de l'immigration illégale.»

Il faut dire que Spicer n'hésite pas à s'en prendre aux médias. Invité par Politico, il s'en était pris au site politique américain, en listant plusieurs articles qui, selon lui, n'atteignaient pas les standards journalistiques. 

«J'ai un problème avec la façon dont Politico s'est engagé à couvrir la politique, en particulier de notre côté. Je pense que Politico tweete très vite, fait du clickbait dans de nombreux cas et est dépourvu de faits.»

Et comme Donald Trump, il n'hésite pas à reprendre les médias et les journalistes sur Twitter, quand il estime qu'ils ont tort.

«Nan. Typique article faux et sensationnel de Politico. Si vous croyez à ça, vous pouvez croire n'importe quoi.»

«Faux, faux, faux»

«Les réponses ne viendront pas de Spicer»

Alors que l'officialisation de sa nomination en tant que porte-parole de la Maison-Blanche approchait, The Hill note à juste titre que Sean Spicer «est apparu régulièrement sur les chaînes du cable pour défendre Trump et articuler son message». Depuis Trump a nommé ce proche de Reince Preibus –ancien chef du parti républicain, et aujourd'hui chef de cabinet de la Maison-Blanche–, porte-parole de son administration, pour son plus grand bonheur.

Là, il tient à défendre la liberté d'expression de la presse, et présente son chef comme un défenseur du premier amendement, celui sur la liberté d'expression, alors que, quelques mois plus tôt, Donald Trump évoquait la possibilité de rendre les poursuites judiciaires plus faciles contre les médias. Mais il fait aussi naître de nombreuses interrogations, sur sa relation avec les faits et la réalité. Pour une journaliste de Pro Publica, il est clair, que «les réponses ne viendront pas de Spicer». La médiatrice du Washington Post estime que «la façon traditionnelle de rendre compte du président est morte, et le porte-parole de Trump l'a enterrée».

«Que devenez-vous quand votre destin est lié à celui de Donald Trump?», s'interrogeait le Washington Post en août dernier, alors qu'une victoire du candidat républicain semblait encore assez improbable. Cinq mois plus tard, Donald Trump a été investi 45e président des États-Unis, et Spicer, devenu un mème, a remporté son pari. Au grand dam de nombreux journalistes américains.

Grégor Brandy
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Journaliste
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