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Hamon et Trump, deux histoires du Twitter politique

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 29.01.2017 à 16 h 35

La façon dont les vieux tweets du candidat à l'investiture socialiste et du nouveau président des États-Unis sont régulièrement exhumés nous raconte l'évolution du réseau.

Photos: ROBYN BECK / AFP. BERTRAND GUAY / AFP. Montage: Slate.fr.

Photos: ROBYN BECK / AFP. BERTRAND GUAY / AFP. Montage: Slate.fr.

Si vous suivez la politique française et internationale sur Twitter, il y a des chances, ces dernières semaines, que vous ayez vu régulièrement exhumés, et retweetés, de vieux tweets de deux personnalités. Arrivé en tête du premier tour de la primaire de gauche, le 22 janvier, Benoît Hamon reste celui qui, en 2009, postait des tweets de papa gaga, laissait sa fille lui piquer son mobile, commentait les dernières sorties hip-hop ou blaguait avec autodérision sur sa dernière déconvenue électorale.

Investi 45e président des États-Unis le 20 janvier, Donald Trump reste celui qui, en 2012, prodiguait des conseils conjugaux à Robert Pattinson, rectifiait Cher sur sa chevelure et nous faisait part de ses conseils régime. Ou menaçait le président réélu Barack Obama d'une marche sur Washington, sans se douter que, quatre ans plus tard, une marche du même genre viendrait contester son pouvoir.

«Cher, je ne porte pas une “perruque”, ce sont les miens. Et je promets de ne pas parler de vos énormes opérations de chirurgie esthétique qui ne fonctionnent pas»

«Robert, on me harcèle parce que je dis que tu devrais larguer Kristen, mais j'ai raison. Si tu voyais les candidates à Miss Univers, tu y réfléchirais à deux fois»

«Je n'ai jamais vu une personne mince boire du Coca Light»

«Nous ne pouvons pas laisser cela se produire. Nous devons marcher sur Washington et faire cesser cette mascarade. Notre nation est totalement divisée!»

À eux deux, Hamon et Trump nous racontent deux histoires parallèles du Twitter politique –et donc de Twitter tout court, cette entreprise en crise mais qui se dit capable, à son corps défendant, d'aider à faire élire un président  (et donc, un vainqueur de la primaire, on ne vous dit même pas...).

Hamon, c'était le Twitter des pionniers, celui des années 2007-2010. Ce twitter sans badge vérifié, celui où une personnalité pouvait encore libeller son premier tweet «À la découverte de Twitter» (équivalent poli du lapidaire «test») sans se faire vanner dans la seconde par des centaines de personnes, celui où papotaient quelques militants, une poignée de journalistes et des internautes curieux. Après avoir créé un compte assez classique, consistant essentiellement en des annonces de déplacements et de passages médias, le porte-parole du PS s'est mis, au bout de quelques mois, à le personnaliser davantage. «Je ne sais pas pourquoi, depuis la fin de la campagne [européenne de 2009] j'y vais plus facilement», expliquait-il, en 2009, à 20 Minutes. Une attitude encore rare à l'époque chez les politiques, comme le racontait Libération en 2011: «[Le] porte-parole du PS, Benoît Hamon, [...] utilise Twitter aussi bien pour commenter les dernières mesures gouvernementales que pour manifester son agacement lorsqu’il est pris dans les embouteillages.»

On l'oublie parfois, mais Donald Trump a eu lui aussi, à un moment, un compte Twitter assez classique, créé sur les conseils du consultant Peter Costanzo, qui lui pitcha en sept minutes l'idée d'utiliser ce nouveau média pour vendre sa marque sous l'alias @RealDonaldTrump. Les premiers messages du magnat, à l'été 2009, sont ainsi écrits à la troisième personne et publiés par son service de relations publiques.

Ce n'est qu'après, au fil de son investissement en politique, que son compte devient progressivement beaucoup plus personnel, à l'image du tweet célèbre accusant Barack Obama d'avoir produit un faux certificat de naissance. Cette évolution signe la naissance du twittos Trump que l'on connaît: un type qui explose de rage devant sa télévision, tweete tout ce qui lui passe par la tête dès le réveil, s'en sert comme outil privilégié de critique des médias... Bref, une célébrité qui tweete comme en 2009 sur le Twitter surpeuplé et surpuissant de 2017, et qui refuse l'institutionnalisation du Twitter politique: le président Trump continue d'utiliser le compte du candidat Trump... et n'hésite pas à se retwitter avec le compte de la Maison-Blanche.

«Je rencontrerai à 9 heures les hauts dirigeants du secteur automobile pour discuter de l'emploi aux États-Unis. Je veux que des nouvelles usines soient bâties ici pour construire les voitures vendues ici!»

Benoît Hamon a changé de ton, mais pas vraiment de position –une petite décennie et une sortie de gouvernement plus tard, il est toujours une des têtes d'affiche de la gauche du PS et, possiblement, un des futurs dirigeants de l'opposition. Donald Trump, lui, a changé de position, mais pas du tout de ton. Retweeter aujourd'hui de vieux tweets de Hamon, c'est une manifestation de nostalgie, un peu aristocratique –regardez comment c'était léger et sans conséquence, Twitter, quand on était entre nous, les premiers arrivés! Retweeter aujourd'hui de vieux tweets de Trump, c'est une manifestation de regret et de stupéfaction –comment un type en roue libre depuis tellement d'années a-t-il pu accéder à la tête de la première puissance mondiale?

Twitter a parfois pu être vendu comme un outil d'aplanissement des hiérarchies, de rapprochement (plus ou moins sincère) entre les politiques et le public, entre les politiques et «nous». Sauf que ce «nous» a bien changé en dix ans (il suffit de voir comment a évolué la position des journaux sur les commentaires en ligne) et avec, le comportement de beaucoup de politiques. Un candidat à la présidence ne peut plus tweeter ça? Un président ne devrait pas tweeter ça.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (940 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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