Science & santé

«Je l'ai trompé avec un autre il y a peu et j'ai déjà envie de recommencer»

Lucile Bellan, mis à jour le 24.01.2017 à 14 h 16

Cette semaine, Lucile conseille Romy, une jeune femme qui peu après s'être marié a ouvert la boîte de pandore en prenant un amant.

La Dame à l'éventail | par Gustave Klimt via Wikimedia CC License by

La Dame à l'éventail | par Gustave Klimt via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.
Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse:[email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Je suis Romy et je me suis mariée il y a six mois après une relation de plus de dix ans avec mon mari. Tout serait parfait dans le meilleur des mondes si je n'avais pas réalisé, après mon mariage, que la vie était courte et surtout que j'avais envie d'en profiter encore. Je l'ai trompé avec un autre il y a peu de temps et j'ai déjà envie de recommencer. Cette incartade a mis du piment dans ma vie et me fait me sentir vivante. J'ai l'impression que j'en ai besoin pour donner un sens à ma vie ou tout simplement pour que ma vie fasse sens.

Je ne suis pas amoureuse de l'homme avec qui j'ai couché, il m'apporte juste l'insouciance et des instants volés qui me rappellent mes 17 ans. À cette époque, je multipliais les conquêtes et n'hésitais pas à faire souvent l'amour avec des hommes que je connaissais peu, juste pour l'excitation du moment. Puis, j'ai rencontré mon futur mari à 19 ans et je ne l'ai plus quitté et surtout pas trompé en dix années de relation. Nous avons ensuite décidé de nous marier et durant les préparatifs du mariage, j'ai commencé à me questionner sur ma vie et sur l'avenir. Je ne veux pas mourir avec des regrets.

Je ne veux pas perdre mon insouciance et mon mariage m'a rempli de bonheur mais m'a aussi fait vieillir d'un coup. J'aime mon mari et je veux des enfants avec lui mais j'ai peur. J'ai peur que ma vie défile trop vite, peur de devenir mère et de m'oublier en tant que femme. 

J'en ai parlé avec une amie qui m'a dit qu'une fois la boîte de Pandore ouverte, je ne pourrai plus revenir en arrière et elle a raison. Cependant, je n'ai pas de regret et surtout j'ai envie de recommencer. J'ai l'impression que cette relation extra-conjugale améliore mon quotidien, m'apporte une touche de légèreté et surtout renforce ma sexualité avec mon mari. J'ose encore plus et j'ai envie de lui encore plus souvent.

Bien sûr, il ne faudrait pas que je tombe amoureuse de cet amant si je devais renouveler l'expérience mais je n'ai pas envie de l'aimer, je n'ai pas envie de lui parler de moi, de ma vie. Avec lui, je suis quelqu'un d'autre, on parle peu ou bien de choses complètement extérieures à notre propre vie. On ne se prend pas la tête et ça me convient très bien.

Je ne sais pas ce que je dois faire.

Je sais que je ne peux pas continuer comme ça mais j'en ai vraiment envie et j'ai aussi envie de réussir mon mariage et de construire une famille avec mon mari. Je suis donc coincée entre cette vie de famille à laquelle je suis destinée et dont j'ai profondément envie et la peur de devenir vraiment adulte (j'ai 31 ans) et de perdre cette excitation que j'ai récemment créé et que j'avais avant.

Je ne m'en veux pas et je n'ai pas envie de m'en vouloir parce que la vie est trop courte et que j'ai réussi à ne rien dire à personne. Tant que mon mari n'est pas au courant je ne lui fais pas de mal et surtout je porte seul le poids de cet écart.

Est-ce que j'ai le droit de vivre ces moments volés? Est-ce qu'il faut que j'arrête vite et que j'oublie tout ça pour ne pas perdre mon mari? Qu'est-ce je dois faire?

Romy

Chère Romy,

Vous avez tous les droits tant que vous en assumez les conséquences. C’est-à-dire que ce n’est pas moi qui vais vous jeter la pierre d’avoir sauté le pas avec un amant si c’est ce dont vous aviez réellement envie. Je ne crois moi-même pas à la fidélité dictée par un bout de papier. Je suis convaincue que c’est une question de personnes, de personnalités et de contexte.

Seulement maintenant que vous avez goûté au fruit défendu, vous en redemandez. Et je connais bien ce sentiment grisant de légèreté et de liberté. Ce qui m’ennuie avec votre témoignage, c’est la façon dont vous en parlez. Ce sentiment-là, il a vite fait d’agir sur votre corps et votre cerveau comme une drogue. Avec cette impression délicieuse que les risques sont limités. Seulement il y a toujours un prix à payer pour ces plaisirs intenses. Une descente violente, des doutes ou même votre mariage. Votre amie a raison en parlant de boîte de Pandore. Parce qu’au premier écart, on découvre combien c’est facile. Comme il est facile de s’échapper du quotidien dans la première drogue venue (également valable pour les médicaments ou l’alcool). Vous ne semblez pas mesurer les risques de ce que vous faîtes (pour votre mariage mais également pour vous-même).

Et au final, dans vos mots, vous ne cherchez qu’à fuir des responsabilités et une vie qui vous oppressent en retrouvant l’insouciance de vos 17 ans.

Dans votre cas précis, il semble que ce soit juste une question de choix. Vous avez le droit de mener une vie de plaisir et de ne pas vous engager, de refuser de vous soumettre aux diktats de «la vie d’adulte» (travail, mariage, enfants) et de papillonner aussi longtemps que vous le souhaitez. Vous avez aussi le droit de vivre cette vie pour laquelle vous avez dit «oui» avec votre compagnon de 10 ans. Et vous avez même le droit de lui parler de partager ensemble une relation libre si c’est ce qui vous convient.

Ce qui est plus embêtant, c’est de ne pas réussir à faire un choix. Ou d’en faire un et de ne pas l’assumer. Posez-vous la question de ce qui vous importe vraiment. Parce que là, en ne respectant aucun de vos partenaires uniquement pour votre bon plaisir, en fuyant l’avenir que vous avez pourtant contribué à construire, vous ne vous comportez pas comme une adulte. Cherchez votre équilibre, quel qu’il soit, mais ne vous attelez plus à le, et vous, détruire.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (153 articles)
Journaliste
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