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Mélenchon est emblématique d’un nouveau socio-type émergent: le «franchouillard augmenté»

Nicolas Santolaria, mis à jour le 24.01.2017 à 11 h 40

De Jean-Luc Mélenchon au Consumer Electronic Show de Las Vegas, la France rattrape son retard dans le secteur des nouvelles technologies. Mais à quoi ressemble le Français qui innove?

Une démonstration du gant Specktr qui permet de créer, mixer et contrôler la musique, lors du CES à Las Vegas, le 6 janvier 2017 | Frederic J. BROWN / AFP

Une démonstration du gant Specktr qui permet de créer, mixer et contrôler la musique, lors du CES à Las Vegas, le 6 janvier 2017 | Frederic J. BROWN / AFP

Avec la France, on a parfois l'impression d'avoir affaire à un pays qui aurait lamentablement calé au tournant du nouveau siècle, comme une Citroën Ami 6 qui serait restée en rade au bord de la route, du côté de Nogent-le-Rotrou, en tentant de rallier péniblement la Silicon Valley. D'ailleurs, on n'arrête pas de nous répéter que nous sommes un peuple arriéré et séditieux, attaché à des acquis sociaux préhistoriques et à une tradition fromagère encore insuffisamment pasteurisée. Bref, une nation-boulet, si obstinément tournée vers le passé qu'il lui est impossible d'envisager la marche en avant vers un avenir meilleur. Mais, comme dit la pub, ça, c’était avant.

Car ces dernières semaines, une actualité providentielle et totalement futuriste est soudain venue infirmer cette vision assombrie de nous-mêmes. C’est Jean-Luc Mélenchon qui ouvert le bal lors de sa conférence de presse du 12 janvier. Tout juste commençait-on à digérer la dinde aux marrons que le candidat de la France Insoumise nous annonça qu’il allait réaliser le «premier meeting holographique en direct du monde».

C'est avec ce message publié sur Twitter que le projet fût annoncé par le politicien, plutôt connu pour ses coups de gueule sous influence Audiard que pour ses tours de magie technologiques.

Un nouveau socio-type émergent

La gauche française, à qui l’on reproche parfois un folklore ringard à base de saucisses grillées et de tubes de Zebda («Motivés, motivés, il faut rester mooooootivés !»), a soudain adopté une stratégie à la Matrix, démultipliant son homme fort tel l’agent Smith du film des sœurs Wachowski. L’extrême droite n’a qu’à bien se tenir car, prévient Mélenchon, «je peux me dupliquer en plusieurs exemplaires, si bien que l’embêtement permanent que je représente pour eux est quasiment inextinguible». Mélenchon aurait-il potassé le manifeste accélérationniste de Nick Srnicek et Alex Williams (lisez l’excellent Accélération! aux Presses universitaires de France, sous la direction de Laurent de Sutter) qui propose non pas de réveiller la gauche, mais de la catapulter littéralement dans le futur en l’invitant à reprendre à son compte les avancées du capitalisme tardif? Une chose est sûre, Mélenchon est emblématique d’un nouveau socio-type émergent: le franchouillard augmenté. Soit une sorte de Monsieur Hulot parachuté au temps de Mark Zuckerberg.

Le franchouillard augmenté vit ainsi dans une forme de permanente schizophrénie temporelle où les époques et les problématiques se télescopent violemment. Le TER n’a beau ne plus jamais arriver à l’heure et le RER B être toujours en rade, le franchouillard augmenté apprend en ouvrant son journal du matin que des taxis volants vont bientôt être testés à Paris. Ces «Sea Bubble» navigueront au dessus de la Seine et se rechargeront en temps réel grâce à un système complexe d’hydrolienne auquel même la Nasa n’aurait pas pensée. Avec leur allure de navettes futuristes, ces cocons volants pourraient parfaitement figurer au casting d’un film d’anticipation de Luc Besson. Tout comme la tour Triangle annoncée du côté de la porte de Versailles, décor parfait pour un deuxième volet du Cinquième Elément, le célèbre space opéra imaginé par le Georges Lucas du XVe arrondissement.

La gueule de bois 3.0

Si notre pays est en pleine mutation, notre peuple ne l’est pas moins. Le franchouillard augmenté est ce type qui, après des années de reculade, a décidé de prendre la modernité à bras le corps, en lui imprimant cette démesure cocardière qui fait le charme séditieux de l’hexagone. A l’heure des débats sur l’intelligence artificielle, quelle autre nation sinon la nôtre aurait pu inventer la pompe à bière connectée (développée par NDMAC Systems) et, par voie de conséquence, la gueule de bois 3.0? Ou encore se lancer tête baissée dans un projet de start-up de livraison d’apéro (Le P’tit Pinard)? Cette année, la France était d’ailleurs le deuxième pays étranger le plus représenté après la Chine au CES de Las Vegas, grand rendez-vous annuel des nouvelles technologies. Dans cette république hyper connectée et désormais sans complexe où Emmanuel Macron est devenu «le french Obama» (Laurence Haïm), le franchouillard augmenté avance d’un pas conquérant avec, sur le visage, un casque de réalité virtuelle surmonté d’un bob Ricard. Là où la modernité semble prendre un tour trop exagérément algorithmique, siliconien, et charnellement désinvesti, où certains sont même tentés par le mythe ô combien ennuyeux de la prétendue perfection transhumaniste, le franchouillard augmenté réintroduit une vibration à la Jean Yanne dans cette surenchère de promesses aseptisées et sans âme.

La technologie, oui, mais pour démultiplier l’écho de la vraie vie, donner encore plus de panache au french way of life où l’important est d’avoir à toute heure une bouteille de rouge à portée de main, une enceinte bluetooth pour passer à fond du Michel Delpech et des amis avec qui hurler sous la lune. L’espace, justement! Avec ses tweets de touriste des confins («J’ai toujours rêvé d’aller aux îles Galapagos») et son art du selfie en apesanteur (un «passage obligé»), notre astronaute national Thomas Pesquet est, en moins de temps qu’il n’en faut pour déclencher une dépressurisation, devenu une sorte de Nabilla en orbite. «Quoi, t’es dans l’espace et t’as pas de soupe au choux?! Nân mais allô quoi!», pourrait facilement s’alarmer notre conquérant des étoiles, en voyant ses collègues avaler de la purée lyophilisée, infâme mixture sans aucun pouvoir flatulent. Faut-il alors s’inquiéter de ce que ce mouvement général de franchouillardise augmentée se soit désormais propagé au-delà de la stratosphère? Certainement pas. Car si le futur ne ressemble pas, au moins un peu, à un dialogue pétomane entre Le Glaude et La Denrée, il risque de se révéler désespérément ennuyeux.

Nicolas Santolaria
Nicolas Santolaria (15 articles)
Journaliste
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