France

Manuel Valls a-t-il encore une raison d'espérer?

Eric Dupin, mis à jour le 22.01.2017 à 23 h 07

Manuel Valls est en ballottage défavorable au soir du premier tour de la primaire. Conforté par le soutien de d'Arnaud Montebourg, Benoît Hamon a pour lui la dynamique politique des contestataires du quinquennat Hollande. Mais ses faiblesses laissent une chance à l'ancien premier ministre.

Manuel Valls le 22 janvier 2017 / ERIC FEFERBERG / AFP

Manuel Valls le 22 janvier 2017 / ERIC FEFERBERG / AFP

Sortez les sortants. Cet inusable slogan, aussi vieux que la politique, n'en finit pas de motiver les électeurs français. La primaire de droite a vu l'élimination, dés le premier tour, de l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy. Dans la foulée, François Hollande a dû renoncer à se représenter à l'élection présidentielle, de peur d'être battu dès l'épreuve de la primaire organisée par le PS. 

Le moins qu'on puisse dire est que cette crainte était justifiée, tant l'électorat de gauche, même proche du Parti socialiste, est mécontent du bilan du quinquennat finissant. C'est finalement Manuel Valls, le candidat incarnant le mieux le pouvoir sortant, qui en a subi les conséquences. Donné en tête par les fragiles enquêtes d'intentions de vote, comme Alain Juppé avant lui, l'ancien Premier ministre a finalement été devancé par le candidat le plus marqué à gauche de cette compétition, Benoît Hamon.

Ballottage défavorable

Ne recueillant que 31% des suffrages, Valls se retrouve en ballottage défavorable au soir de ce premier tour. En totalisant toutes les voix qui se sont portées sur les quatre candidats a priori plus proche de lui que de son adversaire du 29 janvier, on n'obtient que 46% des suffrages. Or Vincent Peillon, l'autre candidat socialiste favorable aux grandes orientations du quinquennat, s'est bien gardé d'appeler à voter pour lui.

L'équation est plus aisée à résoudre pour Hamon, arrivé en tête avec 36% des voix. Il lui suffirait d'obtenir un bon reports de voix d'Arnaud Montebourg, qui a recueilli 18% des suffrages et qui l'a clairement soutenu dés dimanche soir, pour l'emporter. Les deux candidats qui se partagaient les faveurs de la gauche du PS totalisent ainsi 54% des voix.

La position délicate de Valls à l'horizon du second tour de la primaire organisée par le PS ne se lit cependant pas seulement dans les chiffres. C'est la dynamique politique révélée par ce scrutin, qui a tout de même attiré les deux-tiers des votants de la primaire précédente de 2011 en dépit d'un contexte bien plus défavorable, qui lui est défavorable.

De vifs débats sur les orientations de la politique économique et sociale menée, qu'il s'agisse du CICE ou de la loi El Khomri, avaient déchiré le PS tout au long du quiquennat. Les électeurs de gauche qui se sont prononcés le 22 janvier ont arbitré ces débats en faveur des "frondeurs". L'orientation impulsée par François Hollande, et mise en oeuvre par Jean-Marc Ayrault puis Manuel Valls, a été clairement désavouée au premier tour de cette primaire.

Ligne minoritaire

Il est d'autant plus douteux que l'électorat se contredise dimanche prochain que Valls restera aux prises avec la contradiction majeure qui a miné sa campagne du premier tour. L'ancien leader de la petite aile droite du PS –qui avait recueilli 5,6% lors de la primaire de 2011– avait commencé en cherchant à se poser en rassembleur de la gauche. Cette posture, très nouvelle pour lui, n'ayant pas semblé convaincante, il a ensuite brutalement changé de pied en défendant à nouveau ses positions propres, faisant applaudir Myriam El Khomri dans son dernier meeting.

La ligne social-libérale est minoritaire à gauche, même dans l'électorat qui n'est pas devenu allergique au PS

Tout son problème vient de ce que cette ligne, dite social-libérale, est minoritaire à gauche, même dans l'électorat qui n'est pas devenu allergique au PS. Le style cassant de Valls lui a, qui plus est, créé de vives inimitiés qui ne demandaient qu'à se manifester au fond des urnes. Il lui faudra miser sur les faiblesse, au demeurant réelles, de son adversaire du second tour pour espérer inverser ces tendances lourdes qui lui promettent la défaite.

Le succès de Hamon tient, pour beaucoup, à la nouveauté qu'il incarnait dans ce scrutin. Ce dirigeant socialiste, qui fut ministre de l'Education nationale pendant moins de cinq mois, était le moins connu des principaux candidats à cette primaire à l'aube de la compétition. Il n'avait pas participé à la précédente primaire socialiste de 2011, contrairement à Valls et à Montebourg.

Sa ligne politique était également marquée du sceau de la nouveauté. Alors qu'Arnaud Montebourg reprenait le vieux drapeau de la relance économique avec des accents keynésiens, Hamon a défendu l'orientation d'une gauche de crise, refusant les «vieilles recettes» au point de proposer un nouveau rapport au travail avec le revenu universel d'existence.

Faiblesses de Hamon

L'enthousiasme suscité par un discours social-écologique cherchant à renouveler le message de la gauche ne saurait masquer les faiblesses d'un bon candidat à la primaire qui n'offre pas la garantie d'être aussi efficace dans la bataille présidentielle. Le «présidentialité» de Hamon –même si cette notion est sujette à critique– n'est déjà pas son point fort. Son programme de primaire risquerait, par ailleurs, d'être encore plus un boulet pour la présidentielle que ce n'est le cas aujourd'hui pour François Fillon.

Mais c'est surtout une contradiction proprement politique qui handicaperait gravement une candidature socialiste Hamon. Le PS se trouverait représenté par quelqu'un qui récuse la politique menée par son propre parti pendant cinq ans. Il défendrait un projet éminemment contradictoire avec ce qui a été fait par ses dirigeants au pouvoir. Comment l'électeur pourrait-il comprendre pareil tête à queue?

L'électorat de gauche hostile aux orientations portées par Hollande serait fondé à préférer Jean-Luc Mélenchon, au moins constant de son opposition à cette ligne. Après tout, Hamon a été ministre du président sortant, et solidaire de la politique menée, pendant un peu plus de deux ans après 2012. Une candidature Hamon risquerait ainsi de ressusciter le noir scénario de 1969 pour les socialistes. Cette année-là, Gaston Defferre avait dû se contenter de 5% des suffrages exprimés.

Gauche écartelée

L'électorat socialiste modéré pourrait alors plus aisément fuir du côté d'Emmanuel Macron, même si le récent soutien d'Alain Minc au candidat «en marche» assombrit subitement son horizon. La gauche française, déjà fort mal en point après cinq ans de hollandisme hasardeux, risquerait d'être dramatiquement écartelée entre une composante libérale, incarnée par Macron, et une force radicale, emmenée par Mélenchon. Entre les deux, le PS serait voué à une forme de disparition, et la gauche à une longue minorité.

Valls tentera vraisembablement de mobiliser autour de ce risque pour reconquérir le terrain perdu. Il n'est toutefois pas le mieux placé pour prétendre défendre l'idée socialiste, lui qui voulait, il n'y a pas si longtemps, abandonner cette historique étiquette. La participation moyenne au premier tour de cette primaire - autour de 1,7 millions d'électeurs - laisse une large place à de potentiels nouveaux électeurs le 29 janvier. L'issue du second tour n'est ainsi nullement écrit d'avance. Mais Valls aura fort à faire pour inverser le cours d'une dynamique qui le semble devoir le condamner.

Eric Dupin
Eric Dupin (207 articles)
Journaliste
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