France

Cette victoire en demi-teinte est le premier acte fondateur d’une prise de pouvoir au Parti socialiste

Jérémy Collado, mis à jour le 22.01.2017 à 23 h 00

Et si la gauche avait d’abord tenté de sauver l’honneur dans cette primaire? Le député des Yvelines est un apparatchik complet dont le rêve était de diriger le PS: c’est d’ailleurs le chemin qui semble s’ouvrir à lui désormais.

Benoit Hamon, à l'issue du premier tour de la primaire, le 22 janvier 2017 bertrand GUAY / AFP

Benoit Hamon, à l'issue du premier tour de la primaire, le 22 janvier 2017 bertrand GUAY / AFP

Une campagne éclair pour un défi à long terme. En quelques semaines, les électeurs de la Belle Alliance Populaire –qui n’a jamais aussi mal porté son nom avec moins de deux millions de participants– ont voté comme un seul homme, ou presque, pour Benoît Hamon.

Il y a cinq ans François Hollande prononçait le fameux discours du Bourget, dont les deux piliers –volontarisme en politique et patriotisme économique– étaient largement inspirés de son futur ministre du Redressement productif, alors arbitre de la primaire de 2011: Arnaud Montebourg. Cinq ans après ce discours, la gauche est en ruine, le PS est divisé sur l’héritage d'un quinquennat rejeté par de nombreux ministres et, parmi eux, un frondeur va occuper la place de challenger à gauche face à Manuel Valls, arrivé en deuxième position.

Cette place, beaucoup y voyaient Arnaud Montebourg, qui a d’ors et déjà annoncé son soutien au représentant éternel de l’aile gauche du PS. Celui qui mima son départ de la vie politique est atteint du syndrome Nicolas Sarkozy: il a ciblé un électorat populaire, fait une campagne pour le retour de l’Etat en défendant une société du travail. Sauf que ces électeurs ne se déplacent pas pour les primaires, encore moins celles du PS, qui a vu depuis longtemps lui échapper les ouvriers ou classes moyennes prolétarisées.

Vieil apparatchik zélé des Congrès socialistes et longtemps second rôle de l'aile gauche du PS, Benoît Hamon n’a jamais eu qu’un seul rêve: occuper le fauteuil de Premier secrétaire. En cela, il est le double inversé de Jean-Christophe Cambadélis, côté aile droite du parti. Dans cette primaire, il a été porté par les jeunes qui font la fête sur sa péniche comme si ce 22 janvier était le 10 mai 1981. En réalité, cette victoire en demi-teinte est le premier acte fondateur d’une prise de pouvoir au Parti socialiste. 

Lui même le sait et le répète depuis des mois, même avant le renoncement de François Hollande. Les électeurs ne l’ont pas propulsé, avec près de 36% des voix à cette primaire, vers les sommets de la présidentielle. Ils savent trop bien qu’entre Emmanuel Macron, représentant de la gauche libérale et bourgeoise, et Jean-Luc Mélenchon, héraut d’une gauche ouvriériste et, selon ses termes, «indépendantiste», le représentant officiel du PS est coincé dans un étau difficile à desserrer. Mais les électeurs de gauche sont plus malins. Eux aussi sont stratèges, la primaire les y oblige. Ils savent que la gauche est à terre mais ils veulent quand même sauver le PS. Ils savent que Benoît Hamon, de part sa stature et son programme, n'a aucune chance de remporter l'élection présidentielle. Mais c'est pour autre chose qu'ils ont voté.

Fracture béante

Dimanche prochain, ce sont bien deux lignes du PS qui vont s’affronter pour espérer reconstruire le PS. Que disent les électeurs de Benoît Hamon? Qu’ils voteront Jean-Luc Mélenchon et pour son programme «éco-socialiste» si c’est Manuel Valls qui remporte la primaire. Que répondent les soutiens de Manuel Valls? Qu’ils iront chez Emmanuel Macron pour défendre le bilan du quinquennat si c’est Benoît Hamon qui devient le candidat du PS en 2017.

Jamais la fracture n’a été aussi béante au PS. Jusqu’ici, elle se réglait par les Congrès. Cette primaire est un Congrès anticipé. Entre, d’un côté, celui qui veut refonder le logiciel socialiste en prônant un revenu universel à rebours de la tradition ouvriériste de la gauche, une transition écologique et une taxe sur les robots. Et, de l’autre, un social-démocrate qui défendra l’idée d’une gauche de gouvernement, à la fois réaliste économiquement et autoritaire sur le régalien. Quel que soit le résultat dimanche prochain, le PS en sortira en lambeaux. Charge à celui qui gagnera de porter le flambeau de ce parti qui ressemble, aujourd’hui, à un astre mort qui brille encore aux yeux de ceux qui en ont encore besoin.

Jérémy Collado
Jérémy Collado (133 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte