Science & santé

Des chercheurs ont surpris des virus en train de se parler

Repéré par Charlotte Pudlowski, mis à jour le 22.01.2017 à 19 h 19

Repéré sur Quartz, Nature

Et cela pourrait signifier l'entrée dans une nouvelle ère d'antiviraux

Bactériophage

Bactériophage

Les virus sont capables de se laisser des messages les uns aux autres: c'est la découverte étonnante faite par des chercheurs israéliens.

Au Weizmann Institute of Science, Rotem Sorek et ses collègues étaient à la recherche d'un «papotage bactérien». Ils étudiaient, explique Quartz, la manière dont les virus (phages) attaquent une espèce bactérienne nommée Bacillus subtilis et ils savaient que dans certaines situations ces bactéries communiquaient. Le phénomène, appelé détection du quorum, est connu: il aide les bactéries à contrôler leur comportement en fonction du nombre d'autres bactéries autour. C'est crucial pour qu'elles puissent décider quand lancer une attaque sur un organisme hôte par exemple. Mais les chercheurs se sont rendus compte que les virus eux-mêmes bavardaient.

La plupart du temps, les virus qui attaquent des bactéries s'emparent du système de la cellule hôte et se multiplient jusqu'à ce que la cellule explose et meure. Mais il arrive parfois que des phages insèrent leur propre génome dans celui d'un hôte, et se mettent en sommeil jusqu'à ce qu'un déclencheur provoque leur réveil et leur multiplication plus tard.

Expérience

L'hypothèse de Sorek était qu'étant donnée la fréquence à laquelle les virus attaquent les bactéries B. subtilis, celles-ci avaient peut-être développé une manière de prévenir les autres avant que l'attaque ne commence. Il a donc pris un virus nommé phi3T et l'a ajouté à une fiole pleine de B. subtilis. Comme prévu, les virus tuèrent alors les bactéries en larges nombres.

Afin de voir si des signaux chimiques étaient émis, Sorek a filtré le mélange et enlevé les bactéries et les virus pour ne laisser que les protéines. Il a ensuite mis le mélange de protéines dans une nouvelle fiole contenant des B. subtilis. A sa surprise cette fois, quand il a ajouté les virus phi3T, les virus ont changé de comportement: au lieu de tuer les hôtes, ils ont glissé une partie de leur génome dans les bactéries. Quelque chose dans le mélange de protéines avait incité les virus à changer leur modalité d'attaque. Sorek allait découvrir que les virus avaient senti des signaux chimiques laissé derrière par leurs prédécesseurs, signaux destinés à leur permettre de décider de tuer ou juste d'infecter les hôtes.

L'avenir de l'arbitrium

Les virus utilisent pour communiquer une protéine que l'équipe de chercheurs a appelée arbitrium, qui sort de la bactérie après la mort. Quand les niveaux d'arbitrium augmentent —quand donc un grand nombre de cellules sont mortes— les virus arrêtent de tuer les bactéries qui restent et se mettent en sommeil dans le génome bactérien. 

C'est, comme le note le magazine Nature «la toute première fois que toute forme de communication est découverte entre des virus». Et il se pourrait que de nombreux autres virus puissent communiquer entre eux, dans leur propre langage moléculaire, y compris peut-être des virus responsables de maladies humaines. «Si c'est effectivement le cas, les scientifiques pourraient bien avoir découvert une nouvelle voie pour empêcher les attaques virales», continue la revue.

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