Culture

Oublier Trump et relire Don Quichotte...

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 21.01.2017 à 8 h 02

Quand ce monde tourne au cauchemar, je file dans ma bibliothèque et je m'empare de mon exemplaire de Don Quichotte. Beaucoup plus efficace que de vider une bouteille de bourbon.

Emmanuel Huybrechts-Don Quichotte  via flickr

Emmanuel Huybrechts-Don Quichotte via flickr

L'hiver, le froid, la pluie, l'autre con à la Maison-Blanche, la Coupe du Monde à 48 équipes, les primaires sanguinolentes d'ennui, le loyer qui augmente, la chasse d'eau à l'agonie, le prix du citron de plus en plus haut, ma concierge tonjours insensible à mes avances répétées... l'année débute à peine et déjà je suis épuisé.

A tous ces maux, un seul remède: la lecture encore et toujours.

C'est bien moins cher qu'une bouteille de bourbon, moins radical qu'une noyade dans l'évier de la cuisine, moins traumatisant que de revoir l'intégrale de Melrose Place et plus exaltant que d'attendre la venue du Messie en jouant au rami.

Aussi dans pareille occasion, quand ce monde tourne au cauchemar et me heurte de trop, lorsque mon esprit commence à se perdre en scénari d'une noirceur terrifiante, que je suffoque d'une angoisse et d'une rage à grand-peine contrôlées, je cours à ma bibliothèque, je m'empare de mon exemplaire de Don Quichotte et pars me réfugier dans ma chambre.

Je ne connais pas de meilleur remède à la mélancolie du monde.

Je vais avec lui sur les routes d'Espagne; comme lui, je m'évade de la réalité, j'échange la grisaille de l'univers contre le récit de ses mille et une aventures où j'assiste ravi à des scènes grand-guignolesques qui me mettent à chaque fois en joie: je ris, je ris vraiment, je ris parfois même à gorge déployée, je ris de bon cœur, je ris de ses étourderies métaphysiques, je ris de ses méprises et de sa folie, je ris de ses acrobaties et de ses pitreries involontaires. Je ris à ses dépends et je ris avec lui.

Et je m'émerveille de la parfaite mais sublime naïveté de Sancho.

Chaque chapitre est une fête de l'esprit, une invitation à célébrer le comique de toute vie, à considérer l'existence sous un jour volontairement trompeur où tout ne serait que farces, illusions, fantaisies, où pour échapper à la folie des hommes, à leur cruauté et à leurs égoïsmes, à leurs petitesses et à leurs calculs d'apothicaires, il faut devenir encore plus fou que ces brigands-là, larguer les amarres de la raison et sentir alors le vent du récit palpiter tout entier dans son cœur.

Quelle intelligence de cœur dans ces pages-là, quelle inventivité, quelle truculence, quelle ode à la puissance de l'imagination qui permet de détricoter les fils du réel, d'ensorceler les paysages et de rendre à l'homme la candeur, l’innocence et la générosité de son enfance.

Si Don Quichotte revenait de nos jours, il rosserait sans tarder ce gougnafier de Trump, installerait Sancho à la Maison-Blanche et prêcherait pour un monde ouvert, sans frontières, libre de toute contrainte où les hommes prendraient soin les uns des autres, établiraient la paix sur terre et passeraient leurs journées à composer des épitres à leurs dulcinées chéries.

Qu'on se le dise, la vie est une affaire bien trop sérieuse pour la prendre au sérieux.

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Laurent Sagalovitsch
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