Monde

Huée, scrutée par les caméras, Hillary Clinton regarde Trump devenir président

Claire Levenson, mis à jour le 21.01.2017 à 8 h 50

L'ancienne candidate démocrate est venue à l'investiture «pour honorer notre démocratie», mais la haine anti-Clinton continuait d'animer les électeurs de Trump.

Hillary et Bill Clinton au Capitole pour l'investiture de Donald Trump le 20 janvier 2017 à Washington. WIN MCNAMEE/AFP.

Hillary et Bill Clinton au Capitole pour l'investiture de Donald Trump le 20 janvier 2017 à Washington. WIN MCNAMEE/AFP.

Plus de cinquante représentants démocrates au Congrès ont boycotté l'investiture de Donald Trump, désormais 45e président de Etats-Unis, mais Hillary Clinton, pourtant régulièrement insultée par Trump et ses supporters, était au rendez-vous. Comme le veut la coutume, elle avait accompagné son mari, l'ancien président Bill Clinton. Tous les anciens présidents vivants étaient là, sauf George Bush père, hospitalisé au Texas.

Lorsque l'ancienne candidate démocrate est arrivée sur le podium pour s'asseoir, des supporters de Trump dans la foule plus bas ont commencé à huer et à scander «lock her up», soit «mettez la en prison», un chant populaire pendant les meetings de campagne. Les huées revenaient à chaque fois que Clinton apparaissait sur le grand écran.

Quand Trump est arrivé sur scène, il a serré plusieurs mains, mais pas celle d'Hillary Clinton, qui était assise un peu plus loin. Il ne l'a pas non plus remerciée de sa présence, et certains y ont vu un manque d'égards. Ce n'est que plus tard, lors du déjeuner d'investiture au Capitole que les deux anciens rivaux ont finalement dû se serrer la main. Lors d'un bref discours, Trump a dit qu'il avait été «honoré» de la présence des Clinton, et a même demandé aux invités de se lever pour les applaudir. Après avoir répété pendant la campagne que Clinton était une menteuse corrompue qu'il allait mettre en prison, Trump a déclaré qu'il avait «beaucoup de respect» pour elle et son mari.

Dès son arrivée à Washington, Clinton a été scrutée par les caméras, qui tentaient de déceler ses émotions dès qu'elle cessait de sourire. Quand elle sort de sa voiture avec son mari, des journalistes lui demandent «ce que ça fait d'être là». Elle répond par un salut de la main et un sourire. Depuis sa défaite surprise à l'élection du 8 novembre, l'ancienne candidate démocrate était peu apparue en public. 

Malgré ses efforts pour rester très souriante, le New York Daily News l'a qualifiée de «sombre» et des petits moments de frustration ont pu être détectés, comme ici:

Avant son arrivée, elle avait expliqué sa décision de venir dans un tweet qui ne mentionne pas Trump:

«Je suis ici aujourd'hui pour honorer notre démocratie et ses valeurs imprescriptibles. Je ne cesserai jamais de croire en notre pays et en son avenir. #Investiture.»

Chez les supporters pro-Trump interviewés par la presse à Washington, la haine d'Hillary Clinton continuait d'être vivace. La journaliste de Slate.com Christina Cauterucci a rencontré des jeunes portant des t-shirts avec la phrase «tu serais en prison», un hommage à une menace prononcée par Trump pendant un débat lors duquel il avait dit à Clinton que s'il était élu, elle serait en prison

Dans une file d'attente, une journaliste de Buzzfeed a entendu d'autres commentaires haineux:

«Les gens derrière moi détestent vraiment Hillary. Ils espèrent qu'elle regarde à la maison. Ils espèrent qu'elle va pleurer. "Ce sont des gens mauvais" disent-ils des Clinton».

Comme pendant la campagne, les badges «Crooked Hillary», ou Hillary la menteuse, se sont très bien vendus ce jour-là.

La veille de l'investiture, un millier de membres de l'alt-right, l'extrême-droite pro-Trump, s'étaient rassemblés pour un «bal des déplorables» ou «deploraball», en référence à la citation de Clinton, qui avait qualifié une partie des électeurs de Trump de «déplorables». Ils avaient profité de la soirée pour hurler encore une fois en coeur: «mettez la en prison!».

On retrouvait une animosité similaire chez certains élus républicains. Par exemple, le représentant d'Utah Jason Chaffetz a chaleureusement serré la main de Clinton puis est allé poster la photo de leur rencontre sur Instagram avec une légende mesquine faisant référence à l'enquête du FBI sur le serveur privé de Clinton:

«Tellement content qu'elle ne soit pas présidente. Je l'ai remerciée pour son service et lui ai souhaité bonne chance. L'enquête continue».

Au début de son discours d'investiture sombre et populiste, Trump a déclaré qu'il allait transférer le pouvoir de Washington pour le donner «à vous, le peuple», mais sur les réseaux sociaux, beaucoup ont réagi en décrétant que «le peuple» avait en fait élu Hillary Clinton, qui a récolté presque trois millions de voix de plus que son opposant.

L'autre controverse qui a chagriné les fans d'Hillary Clinton est que la Women's March, la grande manifestation anti-Trump prévue à Washington (et ailleurs) le samedi 21 janvier, n'a pas inclu Clinton dans la liste des 27 femmes à honorer. On y trouve le prix Nobel de la paix Malala Yousafzai, l'écrivain féministe Gloria Steinem et l'abolitionniste Harriet Tubman, mais pas Clinton. Une pétition a été créée pour que son nom soit ajouté, et sur Twitter, les défenseurs de l'ancienne Secrétaire d'Etat expriment leur colère aevec le hashtag #AddHerName (Ajoutez son Nom).

Claire Levenson
Claire Levenson (135 articles)
Journaliste
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