Culture

Zombieland: Une comédie d'horreur jubilatoire

Josh Levin, mis à jour le 29.11.2009 à 16 h 50

Où les femmes zombies nues, courent au ralenti

Image du film, Zombieland DR.

Image du film, Zombieland DR.

Les films de zombies ont déjà été débités en tellement de micro-genres - les zombies gogo dancers, les zombies nazis, etc. - qu'il serait peut-être temps de ne plus rechercher l'originalité à tout prix. Pourtant, Bienvenue à Zombieland (Columbia) parvient à revisiter le genre, peut-être parce qu'il emprunte à un autre support; car si le film n'a pas été enfanté par une PlayStation, il révèle toutefois pourquoi les œuvres cinématographiques dérivées d'un jeu vidéo sont toujours un désastre. Les jeux, notamment ceux préemptés par Hollywood, sont censés être divertissants. Or, les films tirés d'un jeu vidéo ont une fâcheuse tendance à se prendre au sérieux, en ce qu'ils adoptent le point de vue des personnages maussades et pixelisés de l'histoire plutôt qu'ils n'épousent le plaisir sanguinaire et frénétique des joueurs. Avec ses morts-vivants tout en éructations et suintements, Bienvenue à Zombieland nous offre enfin un véritable terrain de jeu depuis la perspective du fan survolté. Du reste, quel serait l'intérêt de se balader dans une zone infestée de zombies si l'on ne pouvait pas les zigouiller en masse?

Comme dans la plupart des films du genre, peu importe comment la terre s'est retrouvée envahie par des créatures à la mâchoire vorace. Dans Bienvenue à Zombieland, le narrateur et personnage de Columbus interprété par Jesse Eisenberg nous explique que tout a commencé avec un hamburger avarié: «La vache folle muta en humain fou qui muta en zombie fou.» Ce qui compte en revanche, ce sont les règles de survie, qui apparaissent à l'écran au fur et à mesure qu'elles sont énoncées: endurance («Les premières victimes furent les gros»); méfiance aux toilettes; vérification des sièges arrière des voitures, etc. Quand une règle vient à s'appliquer dans la pratique, aux toilettes par exemple, le texte correspondant surgit, à l'occasion éclaboussé de sang.

Ce rappel des règles évoque bien l'univers du jeu vidéo, dont le but serait ici de survivre à un bataillon de zombies avec pour seules armes un fusil, un 4X4 et une grande gueule. Pour son premier long métrage, Ruben Fleischer a par ailleurs opté pour une esthétique qui va au plus simple et au plus direct: sang, viscères, sécrétions diverses et chair déchiquetée qui s'écrasent sur la caméra, verre qui se brise au ralenti, femmes zombies dénudées qui courent au ralenti, méchants en feu (et au ralenti)... Issu de l'univers des clips musicaux, Fleischer semble bien parti pour suivre les traces de Zack Snyder qui, en trois étapes, est passé de la division "zombies" à celle du succès imprévu, puis à celle de l'adaptation de comic-book. (Avec L'Armée des morts, 300 et Watchmen.)

Les points noirs de Zombieland résident dans un comique qui vire parfois à la débilité crasse, comme ce «zombicide de la semaine» aux relents de bulletin sportif ou la répétition monocorde de cette expression pour ados attardés "Prouve que t'en as ou boucle-la". Mais ces faiblesses sont vite oubliées grâce aux joyeux massacres de zombies et à des références de genre plutôt subtiles, où l'on voit par exemple Woody Harrelson, dans le rôle du roi de la gâchette Tallahassee, peindre un "3" sur les divers véhicules qu'il réquisitionne de force, dans un probable hommage au légendaire pilote automobile Dale Earnhardt. Une délicieuse apparition surprise est également au programme, que je n'éventerai pas ici mais que je me suis fait un plaisir de commenter dans un billet du blog culturel de Slate.com. (C'est ici mais attention, spoiler !)

En à peine une heure et demie, Bienvenue à Zombieland, qui démarre comme un jeu de tir objectif (TPS, ou third-person shooter) post-apocalyptique, se transfigure en road movie de potaches puis en slash movie accompli. Le film n'est pas sans rappeler un Adventureland de morts-vivants ou un Orgueil et préjugés et zombies pour génération Facebook. Dans Adventureland comme dans Zombieland, Jesse Eisenberg en pince pour une jeune fille de rêve (Kristen Stewart/Emma Stone) endurcie par la vie moderne (liaison avec un homme marié/apocalypse zombiesque). Et à la fin de Zombieland, nos héros se retrouvent même dans un parc d'attractions. Sauf que dans ce parc-ci se cache un clown mort-vivant cracheur de sang et avide de chair fraîche.

Josh Levin

Traduit par Chloé Leleu

Image de une: Image du film, Zombieland DR.

Josh Levin
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Rédacteur en chef de Slate.com
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