France

À lire les sondages, tous les candidats de la primaire de gauche ont encore leur chance

Alexandre Léchenet, mis à jour le 20.01.2017 à 15 h 26

Les médias et les instituts sont plus prudents sur les sondages, mais ils ne peuvent pas s’arrêter d’en publier. Deux sondages récents permettent de prouver que n’importe quel candidat peut l’emporter, au vu des résultats.

bertrand GUAY / AFP

bertrand GUAY / AFP

Plus que deux jours avant le premier tour de la primaire de la Belle alliance populaire. Médias comme journalistes ont décidé de se faire plus prudents, éreintés par la victoire de François Fillon non prévue. Le Parisien a annoncé qu’il ne commanderait plus de sondages d’intentions de vote sur la durée complète de la campagne de l’élection présidentielle. Le Monde annonce ne pas en faire sur la primaire à gauche. Ce qui n’empêche pas leur interprétation.

Avec un électorat incertain et si réduit, la fiabilité de ces sondages est réduite. D’une part, la petite taille des échantillons a pour conséquence des marges d’erreurs assez importantes. D’autre part, les électeurs ne sont pas encore décidés. Mais cela n’annonce pas pour autant la fin des sondages. Le médiateur du Monde prenait la plume jeudi pour défendre la parution de la nouvelle enquête mensuelle que le quotidien mène avec le Cevipof et Ipsos. Elle est «ce qui se fait de mieux actuellement» en matière de sondages, explique M. Nouchi.

Pour la primaire de gauche, Le Monde a tout de même trouvé de quoi faire dans son enquête mensuelle. Il s’agit après tout d'un «ressort fondamental de la dramaturgie d’une campagne», pour reprendre les mots du directeur éditorial du quotidien, interrogé par le médiateur. Les sondés ont, en effet, été interrogés sur l’image des candidats. «Étoffe d’un président», «prouvé son efficacité», «idées proches des nôtres»… Voilà de quoi ajouter un peu de carburant dans la dramaturgie.

La veille, BVA a publié un sondage d’intentions de vote pour la primaire, en partenariat avec Orange et la PQR. Dans la présentation, l’institut prend plus de pincettes qu'avant. Les marges d’erreur, très élevées sur des échantillons si restreint sont bien mises en avant. Et le nombre d’indécis est indiqué. Ce n’est pas le cas chez tous les instituts.

«Force est de constater, à l’aune de ces résultats, que rien n’est encore joué pour dimanche», explique Adélaïde Zulfikarpasic, directrice Opinion chez BVA. «Un sondage n’est pas un outil magique, il ne peut que refléter ce qu’est l’électeur, rappelle-t-elle. Quelqu’un de plus en plus indécis et soumis à des éléments pas forcément rationnels.» D’ailleurs, les candidats assurent ne pas prêter attention aux sondages: ce qui compte c’est le terrain, et les propositions. Comme Manuel Valls ne cesse de le répéter: «Rien n’est écrit!»

Mais rien n’empêche chaque candidat, ou leur équipe, d’utiliser les chiffres de ces deux sondages. Et d’en faire son beurre pour montrer qu’il est le meilleur candidat, qu’il va l’emporter et que les sondages le prouvent.

1.Pourquoi Manuel Valls peut gagner selon ces sondages

Manuel Valls est en tête des intentions de vote au premier tour parmi les sondés de BVA. Ils recueilleraient entre 30 et 38% des suffrages. Il est suivi par Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, qui feraient chacun un score entre 23 et 30%. Si les sondages de second tour lui sont moins favorables, c’est oublier que le candidat qui arrive en tête au premier tour bénéficie d’une fameuse «dynamique de premier tour». Aucune raison donc de s’inquiéter de sa victoire.

La primaire vise à désigner le candidat qui représentera le parti à l’élection présidentielle. Quoi de mieux donc que de désigner celui qui rassemblerait le plus de voix autour de son nom. Selon l’enquête d’Ipsos publiée par Le Monde, Manuel Valls recueillerait au premier tour de la présidentielle un score supérieur –autour de 10%– à Arnaud Montebourg et Benoît Hamon –tous deux autour de 7%. Les électeurs voteront pour celui qui a le plus de chance de gagner. À quatre mois du premier tour, il apparaît que c’est Manuel Valls.

De plus, le sondage publié par Le Monde montre que Manuel Valls est celui qui est le plus «l’étoffe d’un président», selon les sondés certains d’aller voter à la primaire. Il est celui qui a le plus «prouvé son efficacité», selon les mêmes. Manuel Valls le rappelle régulièrement: il a dirigé la pays. Ce sont des arguments de poids pour l’emporter.
 

2.Pourquoi Benoît Hamon peut gagner selon ces sondages

Benoît Hamon est deuxième du premier tour, selon le sondage BVA, ex-aequo avec Arnaud Montebourg. Il est au coude-à-coude avec Manuel Valls au second tour. Il a avec lui une «dynamique très claire», note l'institut. Ses scores ne cessent d’augmenter et c’est ce qui compte dans les sondages. «Dans la dynamique que nous avons, nous sommes au second tour», s’enthousiasme d'ailleurs Pascal Cherki, soutien de Hamon.

D’ailleurs, Benoît Hamon l’emportera aussi à la présidentielle. Pascal Cherki a sa petite théorie:

«Vu qu'on va au moins tripler nos voix par rapport au premier sondage de la primaire, si on triple nos voix par rapport au premier sondage de la présidentielle c'est qu'on est au moins à 20% en projection avant que la campagne ne commence donc ça nous pose pas de problème. 7%, c'est bien.»

En plus, selon le sondage du Monde, Benoît Hamon est le plus «sympathique» et celui qui «veut vraiment changer les choses». Est-ce que ce seront ces critères qui feront se déplacer les électeurs vers les urnes pour l’ancien ministre de l’Éducation nationale ? Sans aucun doute.

3.Pourquoi Arnaud Montebourg peut gagner selon ces sondages

Arnaud Montebourg est deuxième au premier tour, selon le sondage BVA, ex-aequo avec Benoît Hamon. Il est à égalité avec Manuel Valls au second tour. Pour Montebourg, on ne note pas de dynamique particulière d’un sondage à l’autre. François Kalfon, directeur de campagne du candidat, souligne en revanche la dynamique inverse dont bénéficie Manuel Valls. «Manuel Valls est en chute libre», prophétise-t-il sur RFI jeudi matin, assurant à son candidat la première place au second tour. Et Kalfon de s’emparer d’un troisième sondage, publié par Paris Match, faisant de Montebourg est «le candidat le plus populaire auprès des Français» pour assurer la victoire de l’ancien ministre.

En plus, selon le sondage du Monde, Arnaud Montebourg est parmi les candidats les plus «sympathiques» et qui veulent «vraiment changer les choses». Est-ce que ce seront ces critères qui feront se déplacer les électeurs vers les urnes pour l’ancien ministre du Redressement productif ? Sans aucun doute.
 

4.Pourquoi Peillon, Pinel, de Rugy ou Bennahmias peuvent l’emporter selon ces sondages

Pour Vincent Peillon, précisons d’office, sa candidature surprise jette un flou sur les sondages. En effet, n’ayant pas pu être testé en décembre, les sondages qui le testent ce mois-ci empêchent la comparaison. Ils ne permettent pas de mesurer la fameuse «dynamique». «Ce sondage, comme tous les autres, et nul et non avenu», explique un soutien du candidat sur Twitter.

Par ailleurs, beaucoup d’électeurs sont encore indécis. Rien n’est joué ! Des surprises peuvent apparaître le soirs, à la sortie des urnes. En plus, la méthodologie des sondages sur la primaire de la gauche n’est pas parfaite. «Certains instituts font preuve de légèreté méthodologique», déclare même Brice Teinturier au Monde à leur propos. Ce qui compte, c’est le résultat de dimanche soir, et il en fait aucun doute: Vincent Peillon, Sylvia Pinel, François de Rugy ou Jean-Luc Bennahmias peuvent l’emporter.

Alexandre Léchenet
Alexandre Léchenet (12 articles)
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