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Le ministre de l'environnement de Trump pense qu'il y a débat sur les causes du réchauffement climatique

Claire Levenson, mis à jour le 19.01.2017 à 12 h 49

Lors d'une audience au Sénat, les démocrates ont vivement critiqué le nominé Scott Pruitt, qui a passé sa carrière à lutter contre les régulations environnementales en acceptant des financement de l'industrie du charbon et du pétrole.

Scott Pruitt lors de son audience de confirmation au Sénat le 18 janvier 2017 à Washington. AARON P. BERNSTEIN/AFP.

Scott Pruitt lors de son audience de confirmation au Sénat le 18 janvier 2017 à Washington. AARON P. BERNSTEIN/AFP.

Le 18 janvier, trois agences gouvernementales américaines et britanniques, dont la NASA, ont publié des données indiquant que 2016 était l'année la plus chaude de l'histoire moderne, et qu'il s'agissait de la troisième année consécutive pour laquelle des températures moyennes record avaient été atteintes.

Le même jour, le nominé de Donald Trump pour diriger l'Agence de protection de l'environnement, Scott Pruitt, était interrogé par des sénateurs lors de son audience de confirmation. Pruitt, un procureur général de l'Oklahoma connu pour son climatosceptisme, a rapidement pris ses distances par rapport à la position ultra- radicale de Trump (qui a qualifié le réchauffement climatique d'invention chinoise), mais a tenu à souligner que plus de «débats» étaient nécessaires sur le sujet.

«La science nous dit que le climat est en train de changer et l'activité humaine a un certain impact sur ce changement. La capacité à mesurer et à identifier le degré et l'étendue de cet impact et la manière dont il faut y répondre sont l'objet d'un débat et d'un dialogue actuellement en cours».

Ce point de vue est typique des républicains qui ne veulent pas complètement nier l'existence du réchauffement climatique, mais souhaitent faire disparaître les réglementations environnementales. En effet, en tant que procureur général de l'Oklahoma, Pruitt s'est constamment opposé aux règles mises en place par l'Agence de protection de l'environnement, que ce soit pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, ou encore d'arsenic et de mercure.

De nombreux manifestants, dont certains ont été expulsés par la police, étaient venus crier leur colère.

Les questions-réponses avec les démocrates étaient particulièrement tendues, comme pendant un échange avec le sénateur du Vermont Bernie Sanders, qui a demandé à Pruitt pourquoi, à son avis, le climat était en train de changer.

«Mon opinion personnelle n'a pas d'importance», a rétorqué Pruitt.

«Vraiment? Vous allez être à la tête de l'agence qui protège l'environnement et votre opinion de savoir si le réchauffement climatique est causé par l'activité humaine et les émissions de CO2 n'a pas d'importance?»

A plusieurs reprises, Pruitt a tenté de rassurer les démocrates, mais ses déclarations rassurantes ne correspondaient absolument pas à son bilan politique. Lorsqu'un sénateur lui a posé des questions sur la pollution au mercure, Pruitt a répondu que le mercure était «très dangereux», mais en 2012, il avait fait un procès contre les réglementations de l'Agence de protection de l'environnement en matière de mercure. 

De même, à propos de la pollution au méthane, Pruitt a dit en audience qu'il était inquiet à ce sujet, mais en tant que procureur général, il avait fait des procès contre la régulation des émissions de méthane par le gouvernement. 

Les démocrates ont souligné un autre problème de taille: les rapports financiers entre Pruitt et les industries polluantes. Un sénateur du Rhode Island est même venu avec une grosse pancarte montrant tout l'argent que Pruitt avait reçu de diverses compagnies énergétiques, dont ExxonMobil, pour financer ses campagnes politiques. Ces liens sont problématiques dans la mesure où Pruitt est très proche de l'industrie qu'il sera censé réguler. Par exemple, Pruitt a reçu 40.000 dollars de la part d'entreprises de volailles en 2003, et il a ensuite décidé de ne pas renouveler un accord forçant les usines de volailles à réduire leurs émissions de polluants dans l'eau.

En règle générale, les démocrates ont accusé Pruitt de défendre les entreprises polluantes au lieu de l'environnement. Le sénateur Cory Booker a rappelé que Pruitt avait fait des procès contre les réglementations de réduction de la pollution de l'air, et que son Etat d'Oklahoma avait un taux particulièrement élevé d'asthme chez les enfants. 

«Vous avez fait ces procès, tout comme les entreprises polluantes qui faisaient aussi des procès à l'Agence de protection de l'environnement. Il est clair que vous avez beaucoup travaillé pour défendre ces industries.»

En tant que chef de l'Agence de protection de l'environnement, Pruitt sera responsable de la mise en place du Clean Power Plan de Barack Obama, une initiative qui forcerait les Etats à réduire leurs émissions venant de centrales à charbon . Or Pruitt est à l'intiative d'un procès contre cette législation.

Malgré tout, étant donné la majorité républicaine au Sénat, Pruitt devrait être confirmé facilement, et il ne sera pas le seul membre de l'administration Trump à être opposé à une politique de limitation des émissions polluantes. Loin de là.

Claire Levenson
Claire Levenson (133 articles)
Journaliste
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