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La Chine drague l'Europe

Richard Arzt, mis à jour le 25.11.2009 à 10 h 47

Pékin ne veut pas d'une diplomatie à sens unique tournée vers les seuls Etats-Unis.

Depuis plusieurs semaines, les dirigeants chinois faisaient savoir qu'ils tenaient beaucoup à ce que le colloque de Pékin sur le partenariat stratégique Europe -Chine avec Jean-Pierre Raffarin comme invité d'honneur ait lieu les 19 et 20 novembre. Juste après la visite en Chine de Barack Obama. L'ancien Premier-ministre répétait que ces dates ne lui convenaient guère: le 18 novembre, il devait présider un dîner au Sénat dans le cadre du Congrès des Maires de France. Mais début octobre, devant l'insistance chinoise, le dîner est repoussé. Geste exceptionnel: Jean-Pierre Raffarin est aussitôt informé en détail des rendez-vous qu'il aura avec des dirigeants chinois. D'habitude, Pékin n'annonce que des rencontres avec de hautes personnalités et ne précise lesquelles qu'au dernier moment.

Le 19 novembre donc, dans la salle de conférence d'un grand hôtel, Jean-Pierre Raffarin, Peter Medgyessy, ancien Premier ministre hongrois et John Leslie Prescott, ancien vice-Premier ministre de Tony Blair ouvrent le colloque. Devant eux, une trentaine de chercheurs et diplomates venus de plusieurs pays d'Europe et plus de deux cent chinois, universitaires et représentants de ministères. Pendant deux jours, points de vue et débats portent sur les rapprochements possibles entre l'Europe et la Chine, notamment face à la crise économique mondiale.

A la tribune, Li Keqiang, vice Premier ministre qui appartient à l'équipe des neuf plus hauts dirigeants du Parti communiste, déclare que «Chinois et Européens doivent approfondir leur conscience du principe gagnant-gagnant». Il parle d'élargir la coopération dans les hautes technologies ou la protection de l'environnement. Puis Li Keqiang s'isole un instant avec trois de ses conseillers. Les journalistes peuvent entendre qu'il révise les principaux chiffres des échanges sino-européens. Il les mets en avant au cours du rendez-vous qu'il a ensuite avec Jean-Pierre Raffarin et les trente membres de la délégation européenne.

Le lendemain, le Premier ministre Wen Jiabao exprime carrément sa foi en l'Europe en recevant cette même délégation dans un pavillon traditionnel de Zhongnanhai, le quartier général du Comité Central. «Chaleureuses félicitations», dit-il, «pour les désignations du premier Président de l'Union et de la haute représentante pour la diplomatie: c'est une étape importante pour l'intégration européenne!» Dans la conversation qui suit, le chef du gouvernement chinois demande aux Européens d'avoir confiance en eux et de ne pas être pessimistes: «Pour nous, l'union n'est pas une construction marginale», affirme-t-il avant de préciser: «les Etats-Unis ne sont pas notre seul horizon».

Wen Jiaobao explique à Jean-Pierre Raffarin, Peter Medgyessy et John Leslie Prescott son hostilité à l'idée d'un gouvernement sino-américain de la planète: «ce G2 est une erreur pour trois raisons. Un, nous ne sommes pas un pays riche, Deux, nous voulons avoir des relations équilibrées avec tous les pays. Trois, nous souhaitons que le monde soit multipolaire et non piloté par une poignée de nations».

Jean-Pierre Raffarin et ceux qui l'accompagnent sortent de cette rencontre convaincus que les dirigeants chinois ne veulent pas être entrainés trop loin dans leur dialogue avec l'Amérique de Barack Obama. Depuis longtemps, la République Populaire a tissé avec les pays en voie de développement des liens qu'elle ne tient pas à couper en apparaissant comme une grande puissance. Surtout quand ses besoins en matières premières l'amènent à se rapprocher de l'Afrique.

Un autre souci pourrait concerner le contrôle de l'opinion chinoise: lors de son récent voyage à Shanghai et Pékin, Barack Obama a remporté auprès de la jeunesse chinoise un succès qui a pu irriter et inquiéter la haute direction du pays. La réplique politique serait de minimiser l'impact de ce Président américain médiatique.

Le 21 novembre, le Président Hu Jintao confirme les encouragements de la Chine à l'Europe. Dans un message à Herman Van Rompuy, il indique qu'il apprécie «les efforts de l'Union Européenne pour jouer un rôle plus grand et plus constructif dans les affaires internationales». Le même jour, cependant, l'agence officielle «Chine nouvelle» écrit qu'en Europe les désignations du nouveau Président du Conseil européen et de Catherine Asthon à la tête de la diplomatie sont accueillies comme des «décisions timorées prises sans transparence». Conclusion de l'agence, citant les journaux européens: les grands Etats d'Europe ne veulent pas abandonner les rênes de l'Union.

En décembre, le sommet de Copenhague sur la lutte contre le réchauffement climatique pourrait être un premier test de la volonté chinoise de se rapprocher des orientations européennes plutôt que de celles des Etats-Unis.

Richard Arzt

Image de une: préparatifs pour l'inauguration d'une autoroute dans la province du Henan, le 15 novembre 2009. REUTERS/Carlf Zhang

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